2020/Vol.3-N°5: Système alimentaire urbain et santé en Afrique
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Les facteurs associsés à la sexualité précoce chez les adolescentes du premier cycle du secondaire dans la ville de Sokodé au Togo
Factors associated with early sexuality in lower secondary adolescent girls in the city of Sokodé in Togo

KANATI Lardja
Docteur en sociologie
Enseignant-Chercheur
Université de Kara, Togo
kanlardja@yahoo.fr

TCHAGBELE Abasse
Docteur en sociologie
Enseignant-Chercheur
Université de Kara, Togo
abasse.aboubakr@yahoo.com

GAFO Séibatou
Docteur en sociologie
Enseignant-Chercheur
Université de Kara, Togo
Seibatougafo@gmail.com


Résumés



Entrée d'Index


Mots clés: Sexualité précoce | adolescentes | premier cycle du secondaire | ménarche | Sokodé |

Keys words: Early sexuality | adolescent girls | middle School | menarche | Sokode |


Texte intégral




Introduction

La sexualité des adolescents est devenue un sujet de préoccupation de santé publique avec la propagation du SIDA au cours de ces dernières années surtout en milieu urbain. En effet, le SIDA est l’élément déclencheur de la nouvelle dynamique dans la recherche sur la sexualité en Afrique après l’ère des études sur l’infécondité (OMS, cité par Gafo, 2014, p. 16). La description de la situation des adolescents et jeunes en matière de santé sexuelle et de reproduction se résume en ces points : jeune célibataire, vivant une sexualité relativement précoce, informé ou non de l’existence du SIDA et des autres IST mais ayant une perception très limitée de son propre risque d’exposition aux grossesses non désirées et précoces. En dépit du sentiment de gêne que les adultes africains peuvent éprouver à cette idée, leurs enfants adolescents sont sexuellement actifs ou ont eu des rapports sexuels avant l’âge adulte (T. Yakam, 2009, p. 20)
Rappelons que l’adolescence se trouve être une période marquée par de profonds changements dans le corps, les émotions, les valeurs et les relations avec les autres et où le jeune commence à sentir qu’il est un individu unique, à avoir ses propres opinions et cherche à s’affirmer au sein d’un groupe autonome, possédant ses valeurs, ses principes et ses modes d’expression propres. Quant à l’adolescente, elle assiste au développement physiologique et morphologique de sa poitrine et de sa hanche ; elle réalise que ses désirs sexuels deviennent importants et cherche à les assouvir. Dès lors, et en l’absence de toute éducation sexuelle et d’autres conditions nécessaires à son meilleur épanouissement, elle est exposée à faire la première expérience sexuelle (Gafo, 2014, p. 16).
En Afrique, le phénomène de la sexualité précoce est très récurrent. Calvès et  Meekers (1996, p. 17), soulignent qu’avec le recul de la nuptialité et l’affaiblissement des contrôles traditionnels de la sexualité, les adolescents (et plus particulièrement les adolescentes) sont apparus comme une « population à risque », dont les comportements en matière de sexualité et de fécondité devaient être analysés.  Le phénomène de sexualité précoce se pose avec d’autant plus d’acuité que la structure de la population est encore jeune.
Selon le quatrième Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH, 2011), quarante sept virgule neuf pour cent (47,9 % ) de la population togolaise est âgée de moins de 18 ans, dont 24,6% de sexe masculin et 23,3% de sexe féminin. Ce contexte démographique est surtout caractérisé par une prépondérance de jeunes : ceux de 10-19 ans représentent 23% de la population totale. Sur ce pourcentage, 40,8% a en dessous de 15 ans. Grosso modo 60% des togolais ont donc moins de 25 ans (Billy, 2014, p. 22).
Billy (2014, p. 23) en reprenant le diagnostic fait par la Politique Nationale de Santé de la Reproduction (PNSR) montre que les adolescents qui constituent une frange importante de la population sont exposés aux comportements à risques. La maternité précoce constitue un des problèmes majeurs. Le taux brut de fécondité des adolescentes est estimé à 89%; 19% d’entre elles ont déjà commencé leur vie de fécondité et 16% ont déjà eu au moins un enfant. Le phénomène a plus d’ampleur chez les adolescentes rurales avec 25% contre 12% chez les urbaines. Le comportement sexuel des adolescents se caractérise par la précocité et l'irrésistibilité à l'acte sexuel avec comme corollaire des rapports sexuels non protégés.
Selon l’Enquête par grappes à Indicateurs Multiples (MICS) réalisée en 2012 au Togo, le taux de grossesse précoce des filles de 15 à 24 ans est de 17,3%. Les taux sont encore plus élevés en milieu scolaire. Entre 65 et 71% des cas de grossesses sont survenus au premier cycle du secondaire. Dans la région centrale, on dénombrait 994 grossesses précoces en 2012. De même, selon les études menées par l’ONG Plan-Togo (2012, p. 15), sur les 480 jeunes et adolescents enquêtés dans ses zones d’intervention (Sotouboua, Est-Mono, Blitta, Tchaoudjo, Tchamba), 200 soit 41,6% dont 123 filles soit 61,5% ont déjà eu des rapports sexuels. Et parmi celles-ci, 25,9% l’ont eu avant l’âge de 15 ans. De façon globale, 25,9% des jeunes et adolescents ont eu leur premier rapport avant l’âge de 15 ans, 64,2% l’ont eu entre 15 et 19 ans.
Il convient de souligner que devant cet état de choses, nombreuses sont les jeunes filles qui abandonnent les classes sans avoir obtenu le diplôme sanctionnant le premier cycle d’étude. Ainsi, sur les 994 filles enceintes en 2012, sept cent quatre-vingt deux (782) d’entre elles ont été contraintes d’abandonner les classes. Ce chiffre pour une seule région est important à l’ère où le monde en général et le Togo en particulier ont besoin des femmes instruites et intellectuelles pour relever le défi en matière de développement. Que ce soit en 2010 ou 2011, c’est le premier cycle du secondaire qui a été plus victime du phénomène des grossesses. De 262 cas en 2010, le nombre de grossesses dans la région centrale est passé à 388 en 2011 soit un total de 650 cas sur les deux années scolaires. L’ampleur des grossesses précoces varie selon les classes. Ainsi, ce sont les élèves filles des classes de 6e et 5e qui ont été les malheureuses victimes de convoitise sexuelle des hommes.
Suite à une enquête en milieu scolaire conduite par la Direction Régionale de l’Education (DRE, 2012), on a enregistré dans cette région, 117 cas de grossesses en classe de 6e contre 195 cas en classe de 5e. Les deux autres niveaux de ce cycle ne sont pas moins lotis. En classe de 3e, on note 122 cas de grossesses contre 156 en classe de 4e. Presque tous les établissements du deuxième degré ont été touchés par le phénomène. Sur 68 Collèges d’Enseignement Général enquêtés, 66 ont été touchés par le phénomène de grossesses précoces.
Pour le compte de l'année scolaire 2016-2017, cinq cents cinquante-neuf (559) cas de grossesses ont été enregistrés en milieu scolaire dans cette même région centrale, dont soixante (60) au Cours Primaire avec quatre (04) pertes en vies humaines pour cause d'interruption de grossesse (Barka, 2017)[1]. C’est à juste titre que Katchadourian (1990, p. 5) montrait que l’entrée précoce dans la vie sexuelle et la non utilisation systématique des préservatifs accroissent davantage les risques de grossesses non désirées et d’infections sexuellement transmissibles chez les adolescents, alors que le niveau de leur développement physique, pour en supporter les effets, leur est préjudiciable. Devant ces grossesses non désirées, certaines filles par peur d’interrompre leurs études, apprentissages, d’être rejetées par leurs parents ou par manque de moyens financiers, sont contraintes de recourir à l’avortement provoqué exposant ainsi leur vie à de grands risques.
En vue d’aider les jeunes à avoir une vie sexuelle épanouie, l’Etat togolais a développé des politiques en faveur des jeunes. En effet, la loi du 10 mars 1981 prévoit une peine d’emprisonnement et d’amende contre tout auteur de grossesse qui surviendrait au cours de la scolarisation de la jeune fille. Mais cette loi n’est plus en vigueur de nos jours.
Chez les jeunes scolaires, l’enseignement sur le VIH/SIDA est institué par arrêté N°107/MEPSA/CAB/SG du 13 août 2009 pour les établissements primaires et secondaires de l’enseignement général et par arrêté N°2010/METFP/CAB/SG du 10 mai 2010 pour les établissements de l’Enseignement Technique et de la Formation Professionnelle. Cet enseignement est dispensé dans trois cents quarante-trois (343) établissements des enseignements général et technique, soit une couverture nationale de 22,51%.
De même, des centres de jeunes ont été créés afin d’accompagner les jeunes dans leur vie sexuelle. Dans l’exercice de cette tâche, ces centres bénéficient de l’aide des organisations de la société civile œuvrant dans le domaine de la sexualité comme l’Assoiation Togolaise du Ben-être Familial (ATBEF), Population Service International (PSI), ONG Plan-Togo etc. Qu’est-ce qui explique la sexualité précoce chez les adolescentes du premier cycle du secondaire dans la ville de sokodé au Togo malgré la mise en place des structures d’accompagnement? Quels sont les facteurs qui sous-tendent le phénomène ? Cet article a pour objectif d’identifier les facteurs associés à la précocité sexuelle dans la ville de Sokodé au Togo.
 
[1]Cette révélation a été faite dans le cadre de la célébration de la Semaine mondiale d'action pour l'éducation à Sokodé à 338 km au nord de Lomé. Cette célébration est observée depuis 2001 avec le soutien de l'UNESCO".

1. Méthodologie de la recherche

1.1. Présentationde la  zone de’étude

La ville de Sokodé est localisée au centre du Togo (carte n°1). La ville de Sokodé est à la fois le chef-lieu de la préfecture de Tchaoudjo et de la région centrale. Elle est localisée à 338 Km de la capitale Lomé. Sokodé est l'une des plus grandes villes du Togo, la deuxième en termes de population, et est située au centre du pays à une altitude moyenne de 340 m, à mi-chemin entre l’Océan atlantique et la bande sahélienne. La commune de Sokodé est limitée au Sud par le pont de Kasséna, au Nord par le village de Tchalanidè, à l’Ouest par celui de Sagbadaï, et à l’Est par la rivière Na (Pont Kparatao).
Notre étude a été realisée aux Lycées Tchawanda et Kpangalam. Ces deux lycées sont localisésdans la ville de Sokodé, chef-lieu de la région centrale. Ce sont des établissements d’enseignement secondaire général du premier cycle du secondaire comptaient respectivement 738 filles et 330 filles.
carte1

1.2. Données

L’étude que nous menons est une étude transversale à visée descriptive à passage unique qui s’est deroulée sur trois semaines en avril 2017 à l’aide d’un questionnaire auto-administré. Ont été inclus dans notre etude, les élèves de 14 ans à 19 ans, au nombre de 107 filles âgées de 12 à 18 ans au cours de l’annee 2017. Suite à un échantillonnage simple aléatoire, 107 élèves adolescentes ont été interrogées à raison de 74 adolescentes à Tchawanda et 33 à Kpangalam soit 10% de la population cible. Un questionnaire semi-structuré a été utilisé.Ce questionnaire est composé de rubriques suivantes : l’identification des enquêtées, les facteurs associés à la sexualité précoce chez les adolescentes et les conséquences de la sexualité précoce chez les adolescentes. Un guide d’entretien a été utilisé pour les entretiens individuels et pour les focus groupes. Des groupes de 8 à 10 adolecentes ont été formés. Les entretiens ont porté respectivement sur : l’éducation sexuelle, l’influence des médias sur la sexualité des adoklescentes, les conditions économiques et la sexualité et enfin les conséquences de la seualité précoce.

1.3. Traitement des données

Les données quantitatives ont été dépouillées à partir du logiciel SPSS version 22. Nous avons ensuite  fait  des analyses corrélationnelles. Les résultats de l’analyse statistique ont joué un rôle important pour le choix des sujets abordés dans chaque domaine. Ainsi, les items pour lesquels les modalités de réponse n’avaient pas une distribution suffisante ont été éliminés, de même que ceux pour lesquels les réponses, bien qu’assez dispersées, n’étaient pas corrélées avec les dimensions retenues. L’analyse du contenua été appliquée aux données qualitatives. Ce travail a consisté essentiellement à regrouper par thématique les discours qui se recoupent. Puis nous avons passé à l’analyse et à l’interprétation de ces discours.

2. Résultats

2.1. Les profils des adolescentes du premier cycle du secondaire à Sokodé

Les tableaux ci-dessous présentent l’âge des enquêtées, leur répartition par classe, la répartition des enquêtées selon l’âge aux premières menstruations, l’âge au premier rapport sexuel et la répartition des parents ou tuteurs des adolescentes en fonction de leur profession.
Selon les données consignées dans le tableau n°1, sur 107 élèves enquêtées, 14 ont entre 12 et 14 ans soit 13,1%. 34 ont un âge compris entre 14 et 16 ans soit 31,8%. Par contre, la majorité des enquêtées soit un total de 59 élèves ont un âge compris entre 16 et 18 ans soit 55,1% des enquêtées. Après cette répartition en fonction de l’âge des enquêtées, il est intéressant de connaître leur répartition par classe.
tableau1
Il ressort des données du tableau n°2 que 16 élèves soit 15,0% des enquêtées sont en classe de 6e contre 32,7%  en classe de 5e. En revanche, 25,2% des élèves sont en classe de 4e. Seul 27,1% des enquêtées ont atteint le niveau 3e. Ces résultats attestent que les élèves en classe de 5e sont plus nombreux dans l’échantillon par rapport aux élèves des autres classes. A ce niveau du cursus scolaire, nombreuses sont des filles qui ont eu leurs premières mentruations.  
tableau2
Le tableau n°3 indique que sur 107 enquêtées, 6 soit 5,6% des adolescentes n’ont pas encore leur menstruation, 45,8%  l’ont eu entre 11 et 13 ans et 48,6% l’ont eu entre 14 à 16 ans. La majorité des adolescentes ont déjà eu leurs règles.
Soixante-un virgule sept pour cent (61,7%) des enquêtées reconnaissent avoir un petit ami. 38,3% estiment ne pas en avoir. Il découle alors de ces résultats que plus de la moitié des enquêtées sortent avec un partenaire.
tableau3
Si la majorité des adolescentes ont déjà un petit ami, à quel âge ont-elles eu leur premier rapporrt sexuel?
Le cumul des pourcentages des adolescentes de 12 à 18 ans qui ont déjà eu leur premier rapport sexuel  est de 59,8% contre 40,2% qui n’ont pas encore eu de rapport sexuel (Tableau n°4). Ce qui confirme la sexualité précoce chez la plus grande partie des enquêtées. L’entrée dans la vie sexuelle précoce semble être corrélée avec les conditions économiques des parents.
tableau4

2.2. Les facteurs associés à la sexualité précoce chez les adolescentes

Il est question dans cette rubrique de tenter de mettre en lien le phénomène étudié et les dimensions socio-culturelles et les dimentions institutionnelles et économiques.   
2.2.1. Education et sexualité des adolescentes
L’entrée dans la vie sexuelle dépend en grande partie de l’éducation reçue en famille sur la sexuelle (Tableau n°5). Mais les parents en Afrique ont-ils l’habitude de discuter de la sexualité avec leurs filles ?
tableau5
Il ressort des résultats que 62,6% des adolescentes ne discutent pas de la sexualité avec leurs parents ; par contre 37,4% seulement échangent sur la sexualité avec les leurs. Ce qui explique que, bien que l’on cherche à lever l’équivoque qui fait du sexe un tabou, la majorité des adolescentes n’ont pas toujours eu l’occasion d’échanger avec leurs parents sur la sexualité. Celles qui ont eu l’occasion de parler de la sexualité avec leurs parents sont-elles satisfaites l’éducation sexuelle reçue en famille ?
L’analyse du graphique n°1 indique que sur les 107 enquêtées, 44,9% affirment qu’elles sont satisfaites de l’éducation sexuelle reçue en famille, contre 55,1% qui ne le font pas. Ce qui revient à dire que l’éducation sexuelle en famille doit être davantage encouragée pour que les adolescentes sachent mener leur vie sexuelle future. Ce qui revient à dire que l’éducation sexuelle en famille doit être davantage encouragée pour que les adolescentes sachent mener leur vie sexuelle future. Qu’est-ce qui pousserait les adolescentes rencontrées à avoir leur premier rapports sexuel ?
graphique1
L’analyse du tableau n°6 indique que sur les 64 qui ont déjà eu leurs premiers rapports sexuels, 32,8% ont été poussées par la curiosité, 39,1% par la proposition du partenaire et 28,1% affirment ignorer les raisons qui les auraient amenées à leurs premiers actes sexuels.
tableau6
Suivant le tableau n°7, 10,3% des enquêtées trouvent que la sexualité précoce est liée à  l’influence des amis et les média, 26,2% à l’influence des amies et de la pauvreté, 9,3% à l’influence des amies et l’absence d'éducation sexuelle, 12,1% aux Médias et à la pauvreté, 11,2% aux Médias et à l’absence d'éducation sexuelle. Et enfin, 30,8% pensent qu’elle est causée par la pauvreté et l’absence d'éducation sexuelle.
tableau7
En évaluant leur connaissance sur les dangers de la sexualité précoce, il ressort que 32,7% des enquêtées pensent que les grossesses non désirées et les abandons scolaires constituent les dangers d’une sexualité précoce (Graphique n°2). De même, 5,6% trouvent que les dangers d’une sexualité précoce sont plutôt les grossesses non désirées et les décès. Si 43% pensent aux grossesses non désirées et les IST, 0,9% parlent des abandons scolaires et des décès. À l’opposé de ces dernières, 12,1% évoquent les abandons scolaires et les IST; les 4,7% restants mentionnent les IST et décès. Par ailleurs, zéro virgule neuf pour cent (0,9%) ignorent les risques liés à la précocité sexuelle. Il ressort alors clairement que les adolescentes connaissent les dangers liés aux activités sexuelles précoces. La connnaissance de ces risques est due au fait que ces la majorité des adolescentes ont non seulement accès aux médias mais elles sont aussi dans des clubs scolaires . 
graphique2
Sur les 52 membres des clubs scolaires, 38,5% ont pour domaine d’intervention, l’éducation sexuelle, 17,3% des clubs parlent de l’éducation sur la santé en général, 38,5% interviennent dans l’éducation de la jeune fille, 1,9% dans la promotion des droits humains, et 3,8% dans la religion (Tableau n°8). Il apparaît alors que moins de la moitié des filles qui font partie des clubs scolaires traite de l’éducation sexuelle. Et puis, 84,1%  des enquêtées n’ont pas la liberté de sortir et de rentrer quand elles veulent contre 15,9% qui ont cette liberté. Ces clubs scolaires reçoivent l’appui de l’ATBEF, du PSI et Plan-Togo qui dispensent des formations sur la santé sexuelle. Quels sont les domaines d’intervention des clubs scolaires ? 
tableau8
2.2.2. Médias et sexualité des adolescentes
Les données consignées dans le tableau n°9 montrent que 73,8% disposent d’une télévision à la maison contre 26,2% qui n’en possèdent pas. Combien sont les filles qui disposent d’un poste téléviseur à la maison ?
tableau9
Selon les données affichées par ce tableau n°10, 42,1% des adolescentes reconnaissent avoir déjà suivi un film pornographique alors que 57,9% estiment ne pas en avoir suivi. Sur les 45 adolescentes ayant déclaré avoir suivi les films pornographiques, 75,6% les ont suivi sur DVD, 8,9% sur Internet, 6,7% à la Télévision et 8,9% sur portable. Même si certaines filles ne disposent pas de poste téléviseur à la maison, cela ne les empêchent pas de suivre les films pornographiques.
tableau10
Soixante-douze virgule neuf pour cent (72,9%) des enquêtées pensent que le fait de suivre les feuilletons ou films pornographiques poussent les adolescentes aux activités sexuelles précoces contre 27,1% qui ne sont pas de cet avis (Tableau n°11). Ces résultats attestent donc que la majorité des enquêtées reconnaissent que la projection des films pornographiques et feuilletons est un déterminant très important dans l’entrée précoce dans la vie sexuelle des adolescentes. Les feuilletons et les films pornographiques inciteraient les adolescentes à passer à l’acte sexuel comme le montre le tabkeau ci-dessous.
tableau11
2.2.3. Conditions économiques des parents des adolescentes
Cinquante sept (57) adolescentes affirment que leurs parents arrivent à satisfaire leurs besoins alors que les 50 autres adolescentes disent que leurs parents ne parviennent pas à satisfaire leurs besoins pour cause de moyens limités (Tableau n°12). D’après l’analyse, (Khi2=16,393; ddl=1) au seuil p=0,000 ; la différence est très significative. L’absence de moyens économiques peut expliquer la précocité des rapports sexuels. La satisfaction des besoins peut être assurée soit par un petit ami soit par des parents. 
tableau12
L’analyse du tableau n°13 révèle que sur les 50 enquêtées dont les parents n’arrivent pas à satisfaire leurs besoins, 50% demandent de l’aide à leur partenaire (petit ami). Les 50% restants sollicitent l’aide d’un membre de la famille. Ce qui peut aussi expliquer que la jeune fille pourra céder à des avances d’une tierce personne. Ceci nous amène à interroger les jeunes filles sur le statut des personnes qui leur viennent en aide en cas de besoin.
tableau13
2.2.4. Les conséquences de la sexualité précoce chez les adolescentes du premier cycle et du secondaire
Ce sont les feuilletons qui intéressent plus nos enquêtées par rapport aux autres émissions (57%) (Tableau n°14). Si, 27,1% préfèrent le journal télévisé ; 8,4% suivent plus les séries, 4,7% les documentaires et seulement 2,8% aiment les magazines. Les feuilletons et les séries qui véhiculent les messages et les images d’amour et dont le cumul de pourcentage est élevé (65,4%) retiennent plus l’attention de nos enquêtées. Ces émissions ne sont pas sans effet sur l’habillement des adolescentes qui parfois chercheraient à s’identifier aux acteurs des feuilletons. Quelles sont donc les émissions préférées des adolescentes rencontrées ?
tableau14
L’interprètation du tableau n°15 montre que 44,9% des enquêtées préfèrent un habillement décent, 24,3% amples et 30,8% préfèrent les sexy, ce qui n’est pas sans conséquences car plus les habillements ne sont pas décents et amples, plus ces adolescentes sont exposées aux activités sexuelles précoces. Sokodé étant un milieu fortement islamisé, un mauvais habillement n’est-il pas considéré comme une dépravation des  mœurs? Ceci nous amène à interroger les adolescentes sur le type d’habillement qu’elles préfèrent.
tableau15
Le tableau n°16 indique que 39,3% des adolescentes trouvent dépassées les lois coutumières et religieuses qui interdisent les rapports sexuels avant le mariage. Pour 9,3%, elles sont trop dures. Aussi, 9,3% les estiment dures alors que 42,1% considèrent ces lois comme étant une bonne chose. Il reste évident que le cumul des pourcentages des adolescentes qui n’apprécient pas cette règle est important, soit 57,9%. La perception des adolescentes vis-à-vis de l’interdiction des rapports sexuels avant le mariage et le type d’habillement préféré des adolescentes n’influencent-ils pas le jugement que celles-ci ont des lois coutunières et religieuses de leur milieu ?
tableau16
Statistiquement les résultats donnent : (Khi2=37,788 ; ddl=12) au seuil p=0,000 (Tableau n°17). La différence est très significative. Il existe donc une relation entre les premiers rapports sexuels et la confidence des adolescentes sur les sujets de la sexualité. L’absence d’une éducation sexuelle entre parents et adolescentes explique donc l’entrée précoce dans la vie sexuelle de ces dernières. Etant donné qu’on discute peu ou pas du tout de la sexualité en famille, les confidents sur le premier rapport sexuel se comptent plus parmi les amies des adolescentes et très peu parmi les parents.
tableau17
Après analyse, le résultat est le suivant : (Khi2=17,643 ; ddl=3) au seuil p=0,001 ; la différence est significative (Tableau n°18). Il existe donc une relation entre les rapports sexuels et la satisfaction des besoins par les parents. La sexualité précoce s’explique également par le niveau économique précaire des parents. Cet âge au premier rapport sexuel semble avoir un lien avec la satisfaction besoins des adolescentes par leurs des parents.tableau18
Statistiquement le calcule donne : (Khi2=25,781 ; ddl=3) au seuil p=0,000 (Tableau n°19). La différence est très significative. La sexualité précoce des adolescentes a donc un lien avec le fait qu’elles suivent des films pornographiques.
tableau19

3. Discussion

3.1. Les profils des adolescentes du premier cycle et du secondaire

Les caractéristiques sociodémographiques des filles interrogées montrent que la majorité de celles-ci a l’âge compris entre 16 et 18 ans que le plus grand nombre de ces élèves sont en classe de cinquième (cf. Tableaux n°1 et n°2). La maturité sexuelle intervient aujourd’hui très tôt, surtout chez les filles. Le tableau nº3 laisse entrevoir qu’un nombre non négligeable des filles ont eu leurs premières menstruations entre 11 et 13 ans. Or selon certains spécialistes de la sexualité, dans le temps il fallait avoir au-delà de 12 ans pour avoir ces premières menstrues. Ce qui n’est pas sans répercussion sur leur vie sexuelle. Ce rajeunissement de l’âge pubertaire prédispose l’adolescente aux rapports sexuels précoces. L’envie d’avoir un petit ami est un signe incontournable. Il est alors évident que bon nombre d’entre elles ont eu leurs premiers rapports sexuels avant l’âge de 18 ans (cf. Tableau nº4). Ces résultats rejoignent ceux de Billy (2014, p. 23). Selon lui, le taux brut de fécondité des adolescentes au Togo est estimé à 89%; 19% d’entre elles ont déjà commencé leur vie de fécondité et 16% ont déjà eu au moins un enfant. Le phénomène a plus d’ampleur chez les adolescentes rurales avec 25% contre 12% chez les urbaines. Le comportement sexuel des adolescents se caractérise par la précocité et l'irrésistibilité à l'acte sexuel avec comme corollaire des rapports sexuels non protégés.
La sexualité précoce se retrouve également dans la curiosité de certaines adolescentes à goûter au plaisir sexuel, par le comportement attrayant et séducteur de leurs partenaires (cf. Tableaux nº6 et n°7). La maturité sexuelle précoce n’explique pas à elle seule la précocité chez les adolescentes en milieu scolaire à Sokodé car, on peut être précocement mûre sexuellement sans passer à l’acte sexuel. Il serait donc important de questionner les filles sur l’éducation sexuelle.

3.2. Les facteurs associés à la sexualité précoce chez les adolescentes  

3.2.1. Education sexuelle et précocité sexuelle 
L’éducation constitue un élément de socialisation. Elle commence depuis la cellule familiale et se poursuit dans la société et à l’école. Elle est donc appelée à toucher tous les éléments de la vie pour un bon équilibre des jeunes. Mais l’éducation sexuelle n’a pas encore trouvé de succès dans les familles comme cela se doit. La collecte des informations sur le terrain nous le prouve car un grand nombre des adolescentes n’échange pas dans le domaine de la sexualité avec leurs parents en vue d’une vie sexuelle responsable (Tableaux n°5 ). Celles qui échangent avec leurs parents sur la sexualité disent ne pas être satisfaites de l’éducation sexuelle donnée en famille (cf. Graphique n°1). Nos résultats se rapprochent de ceux de Tano-Ve et al. (2003) cité par Gafo, (2014). A ce propos, il se pose la question de savoir si les adolescents seraient pas le miroir d’une société d’adultes n’ayant pas reçu de culture sexuelle. Ainsi, cette difficulté de communication va amener les enfants à une recherche d’informations sur la sexualite en dehors du cercle familial. C’est ainsi que l’éducation sexuelle va se faire avec le concours de la rue ou des amis qui fournissent des informations plus ou moins erronées et vicieuses sur la sexualite.
Un nombre faible d’adolescentes discute de la sexualité avec leurs parents. Et face à ce déficit de communication entre parents et enfants, ces derniers préfèrent se confier à leurs amies. Ces amies, mauvaises conseillères, sont parfois à l’origine de la déroute de leurs confidentes (cf. Tableau n°19). A la question de savoir quelles sont les raisons qui poussent les adolescentes à la sexualité précoce, un enseignant laissait entendre ce qui suit : « la mauvaise compagnie ; le désir de s’identifier à autrui surtout chez les jeunes adolescentes qui ne reçoivent aucun enseignement sur le comportement sexuel à adopter afin d’éviter toute surprise désagréable ». Il faut signaler que les adolescentes interrogées ont connaissance des dangers liés aux activités sexuelles précoces (cf. Graphique n°2). Toutefois, ces adolescentes n’échappent pas à la précocité sexuelle à cause de la précarité matérielle dans laquelle elles vivent.
La ville de Sokodé, espace social de l’étude, est majoritairement musulmane avec des pesanteurs socioculturelles qui ne favorisent pas les discussions entre parents et enfants sur la sexualité. Ce qui ne permet pas un développement harmonieux des jeunes sur le plan sexuel. Même si aujourd’hui de nombreux efforts sont en train d’être faits pour lever le tabou sur la sexualité, le fait reste persistant. Et les propos d’une adolescente ne font que renchérir cette thèse : « je n’ai pas été avertie qu’à un certain âge j’aurai un écoulement sanguin, que cela s’appelle règle et que c’est périodique et surviendrait une fois par mois ». Le point de vue d’A. Ilinigumugabo et al. (1996 cités par S. Gafo, 2014, p. 29), vient appuyer ces résultats quand il conclut qu’en Afrique, beaucoup de jeunes filles parviennent à la maturité sexuelle sans une bonne connaissance sur le fonctionnement de leur appareil reproducteur, sans aucune connaissance sur la sexualité. Ainsi, l’éducation sexuelle constitue un facteur important pour l’épanouissement des jeunes dans leur vie sexuelle.
Par ailleurs, le cadre institutionnel a sa part deresponsabilité dans le phénomène de précocité sexuelle des adolescentes (Tableau n°8). En effet, concernant l’éducation sexuelle, les clubs scolaires reçoivent l’appui de l’ATBEF, du PSI et Plan-Togo. Ces structures lors des campagnes de sensibilisation distribuent parfois des condoms,  utilisent des mannequins sexuels, objets sexuels ou des projections de films sur la sexualité. Or l’éducation traditionnelle n’est pas en adéquation avec cette manière d’éduquer qui est qualifiée d’occidentale.
3.2.2. Influence des TIC sur le comportement sexuel des adolescentes
L’avènement et la diffusion des TIC en Afrique ne se sont pas fait sans effet sur le comportement des adolescentes surtout dans le domaine de la sexualité. En effet, avec la liberté d’accès aux médias (télévision, Internet etc.) les adolescentes s’exposent plus aux images indécentes de la pornographie. La disponibilité de la télévision et le choix des émissions peuvent également accentuer ce phénomène d’autant plus que de nombreuses adolescentes adorent les émissions aux scènes amoureuses (cf. Tableaux n°9, n°10, n°11). Elles vont jusqu’aux films pornographiques (cf. Tableau n°12). Cette large diffusion des films d’amour et de la pornographie disponible sur vidéo, internet, voire portable, influencent énormément la vie sexuelle des adolescentes. Ces élèves reconnaissent en la diffusion des films de type amoureux (feuilletons, films pornographiques, séries), le pouvoir d’inciter les jeunes aux activités sexuelles précoces et celui de les amener à l’imitation naïve (cf. Tableaux n°13, n°19).
Il est à souligner que l’influence des média s’en suit parce que les adolescentes se fient beaucoup à eux. Ainsi, la majorité d’entre elles pensent comprendre la sexualité à travers les médias. Ces adolescentes considèrent les feuilletons et séries comme une diffusion de la réalité. A la question de savoir quel est l’impact des TIC sur la sexualité des adolescentes, les propos d’un enseignant déplorant la large diffusion de la pornographie restent significatifs :
« Nombreuses sont les revues pornographiques qui circulent dans les mains des jeunes collégiennes. Il est choquant de se rendre compte que lorsque les jeunes filles ou garçons vont sur Internet, la majorité ne s’intéresse pas aux recherches utiles à leur vie scolaire mais plutôt chatter avec les copains, suivre des films pornographiques et les télécharger sur téléphone portable au moyen des cartes mémoires ou jouer ».
Le paysage audiovisuel de son côté foisonne de nombreuses chaines de télévisions. Au Togo, on peut enregistrer plus de quatre (04) chaînes nationales de télévision qui diffusent magazines, journaux, feuilletons et bien d’autres émissions. Si les médias peuvent permettre aux jeunes d’accroître leur connaissance, ils peuvent en même temps être à l’origine de dérives comportementales sur le plan sexuel. En effet, certains médias audiovisuels en raison de la mondialisation inondent la masse d’images indécentes qui n’ont aucun respect des mœurs africaines. La diffusion des films pornographiques et des feuilletons disponibles sur internet et dans les vidéoclubs qui font l’apologie de l’activité sexuelle pré maritale pousse les jeunes à s’engager dans l’activité sexuelle aussi bien précoce qu’à risque.
L’avènement de la téléphonie mobile n’a fait qu’accentuer ce phénomène. Un des parents d’élève soulignait que les téléphones portables facilitent la communication entre les filles et leurs petits amis sans que les parents ne se rendent compte même à des heures tardives. C’est par ceux-ci que les filles échangent avec leurs partenaires des messages d’amour, se fixent des rendez-vous. Il apparaît alors clairement que le développement des TIC influence le comportement sexuel des adolescentes.
Les résultats ici sont corroborés par les études de V. Strasburger (2008, p. 117). Celui-ci montre qu’en raison de l’absence d’une éducation sexuelle efficace à la maison ou à l’école, les médias jouent un rôle de premier plan au Canada. D’après cette étude, l’enfant moyen au Canada regarde près de 22 h de télévision par semaine et sur 2400 adolescents, près de la moitié sont déjà sexuellement actifs. La culture véhiculée par les médias étant une culture importée, on assiste à un phénomène de dépration des mœurs.
3.2.3. Pauvreté et précocité sexuelle des adolescentes
D’un autre côté, la pauvreté est une cause déterminante de la sexualité précoce chez les jeunes filles. C’est alors que le pouvoir économique des parents joue un rôle dans le comportement sexuel des adolescentes. Un nombre non négligeable de nos enquêtées ont témoigné que les parents ne parviennent pas à satisfaire leurs besoins entre autres : petit déjeuné, habillement, crédit de communication, … (cf. Tableau n°12). Face à ce manque, les adolescentes sont obligées de demander de l’aide à une tierce personne notamment à un membre de la famille ou à un partenaire sexuel (cf. Tableau n°13). Ainsi donc il y a un lien entre pauvreté et sexualité précoce car il est difficile de refuser les avances d’une personne qui te vienne en aide en cas de besoin surtout financier (cf. Tableau n°18). L’activité sexuelle devient alors une stratégie de survie, un moyen de se mettre à l’abri du besoin matériel et financier. L’un des parents d’élève nous a fait savoir que « lorsque les filles atteignent l’âge de l’adolescence, elles veulent aussi se faire voir par leur habillement qui, non seulement, n’est pas à leur pouvoir d’achat  mais aussi  les expose au regard des jeunes garçons ». Pour cette adolescente, la pauvreté est une cause tangible qui précipite les filles à connaitre très tôt leur vie sexuelle et les  amène à vagabonder. En définitive, l’incapacité des parents à subvenir aux besoins financiers de leurs filles exposent ces dernières à la sexualité précoce. Même si la pauvreté en est pour beaucoup dans l’explication du phénomène, la modernité dans laquelle vivent les jeunes filles les prédispose à la précocité sexuelle.

3.3. Les conséquences de la sexualité précoce chez les adolescentes du premier cycle et du secondaire

3.3.1. Dépravation des mœurs
Avec l’affaiblissement des contrôles traditionnels de la sexualité, les adolescents et plus particulièrement les adolescentes sont apparus comme une « population à risque », dont les comportements en matière de sexualité et de fécondité devaient être analysés.
En effet, au lendemain des indépendances, le brusque effondrement des mœurs traditionnelles, le processus d’urbanisation et de modernisation accéléré ont profondément perturbé l’environnement des adolescents dans les sociétés africaines. Ce qui a conduit à une certaine “liberté’’ sexuelle qui a créé beaucoup plus de problèmes qu’elle n’en résolvait. L’on assiste alors à une baisse d’âge des jeunes au premier rapport sexuel (cf. Tableaux n°17, n°18 et n°19).
Comme le montre bien ERNY P. (1987), les sociétés africaines étaient régies par des lois coutumières et traditionnelles parmi lesquelles figurent des rites initiatiques à la vie sexuelle. Ainsi, toute personne quelle qu’elle soit doit nécessairement suivre une série de rituels avant de commencer sa vie sexuelle. La réalité qui prévaut aujourd’hui montre que ces lois ne sont plus observées ou du moins à la lettre à telle enseigne que les jeunes générations les ignorent. L’harmonie traditionnelle est ébranlée par l’introduction et la diffusion des cultures importées.
L’habillement sexy prend le devant sur l’habillement décent et les feuilletons télévisés sont objet de prédilection pour les jeunes adolescentes (cf. Tableaux n°14, n°15 et n°16). Les valeurs traditionnelles s’effritent de jour en jour. La virginité, valeur symbolique et traditionnelle qui donne un certain reflet à la femme vis-à-vis de son conjoint et de la société est en perte de vitesse aujourd’hui (cf. Tableaux n°17,n°18 et n°19). L’un des parents d’élève témoigne :
« De nos jours les valeurs culturelles sont bafouées surtout avec les effets de la modernisation ; un écart s’est creusé entre le système éducatif et les valeurs culturelles. La jeune fille s’exhibe dans la rue avec son amant sans toutefois avoir honte. Or, de par le passé celle-ci garderait sa virginité jusqu’au mariage, signe d’honneur devant la belle famille et surtout dans la société.
De même, vous retrouvez des institutions comme l’ATBEF, PSI, ONG Plan-Togo qui utilisent des moyens inadaptés à notre système éducatif pour parler du sexe aux jeunes dans les clubs scolaires. Ces institutions distribuent des condoms et brandissent des jouets sexuels ou des sexes artificiels taillés dans le bois. Ceci les incite à essayer les condoms reçus ».
A.Gage et D. Meekers (1992, p. 8) illustre cette situation en présentant les résultats d’une étude réalisée au Kenya où 60% de jeunes interrogés ne pensent pas que les normes traditionnelles restrictives pour les relations sexuelles pré-maritales puissent encore être applicables dans la société contemporaine. La virginité avant le mariage n’est plus d’une grande importance. Ainsi A.E. Calvès (1989 citée par S. Gafo, 2014, p. 29) relève que les filles à Yaoundé en sont une illustration : « les filles ne peuvent pas se permettre d’arriver la nuit de noce toute bête, ne sachant rien». Il est clair que, beaucoup d’adolescentes ignorent l’existence des rites initiatiques conduisant à la vie sexuelle, elles y entrent de façon précoce avec tous les risques que cela entraîne.

Conclusion

La problématique de la sexualité précoce chez les adolescentes ne date pas d’aujourd’hui. En vogue hier, le phénomène est toujours d’actualité. Il touche aussi bien les pays industrialisés que les pays en développement. Il nous a été donné de constater qu’à Sokodé, la maturité sexuelle intervient  très tôt chez les filles. Un nombre non négligeable des filles ont eu leurs premières menstruations entre 11 et 13 ans et l’ âge aux premiers rapports sexuels se situe entre 14 et 16 ans. Les résultats montrent que le phénomène de précocité sexuelle à Sokodé est associé à plusieurs facteurs.
D’abord, la situation économique précaire des parents prédispose les jeunes filles à avoir des rapports sexuels de façon précoce parce que n’ayant pas des moyens pour se prendre en charge.) En effet, 57 adolescentes soulignent l’incapacité de leurs parents de satisfaire leurs besoins des adolescentes et 50 d’entre elles ne satisfont leurs besoins que grâce à l’aide de leur petit ami.
Ensuite, le déficit de communication sur la sexualité estimé à 62,6% entre parents et enfants prédispose l’adolescente à l’activité sexuelle précoce. Enfin, les effets de la mondialisation ont considérablement bouleversé l’ordre social préétabli en Afrique. La diffusion des TIC (suivi des films pornorpique=75,6%), le désir des jeunes de s’affirmer, d’être à la mode à l’image de l’occident, bref  le conformisme, sont des facteurs qui favorisent l’accès précoce des adolescentes à la sexualité. L’influence des pairs qui conditionne le comportement sexuel des adolescentes. Les amies de près de 72,9% des adolescentes rencontrées ont le super pouvoir de manipuler leurs confidentes et de les conduire à la sexualité.

Références bibliographiques

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ERNY Pierre, 1987, L’enfant et son milieu en Afrique noire, Paris, l’Harmattan.
GAFO Souwébatou, 2014, « Facteurs explicatifs de la sexualité précoce chez les adolescentes du premier cycle du secondaire dans la ville de sokodé (prefecture de tchaoudjo) », Mémoire de Maîtrise Es-Lettres et Sciences Humaines, Université de Kara, 119p.
GAGE Averill et Meekers Dominique, 1992, «Sexual Activity before marriage in subsaharan Africa», Pennsylvania State University, Population Issues Research Center.
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KATCHADOURIAN Herant, 1990, « Sexuality », dans S. S. Feldman et G. R. Elliott, éd. At the Threshold : The Developing Adolescent. Cambridge, Harvard University Press.
PLAN TOGO, 2012, Rapport de l’évaluation finale du projet « renforcement des capacités des clubs de jeunes au Togo en vue de la prise en charge de leurs besoins et droits en matière de santé sexuelle et de la reproduction».
RWENGE Mburano, 1999, Facteurs contextuels des comportements sexuels : le cas des jeunes de la ville de Bamenda, (Cameroun), Yaoundé, IFORD, UEPA
STRASBURGER Victor (2008), Chronique d’un chaos annoncé : La sexualité des adolescents et les médias, University of NewMexico School of Medicine, Albuquerque.
TANO-VE  A. et GOHOU K.V., pratiques sexuelles des adolescentes en milieu scolaire en 2003 à Abidjan. Cah.Santé publique, vol.5, n°2-EDUCCI, 2006.
TANTCHOU YAKAM Josiane Carine, 2009, « Santé reproductive des adolescents en afrique : pour une approche globale, Natures Sciences Sociétés », 2009/1 Vol. 17 | pages 18 à 28, https://www.cairn.info/revue-natures-sciences-societes-2009-1-page-18.htm
Togo/grossesse en milieu scolaire : la région centrale enregistre déjà 559 cas pour l'année scolaire en cours, http://.china.org.cn/foreign/txt/2017-06/10/content_41000522


Pour citer cet article


Référence électronique
KANATI Lardja, TCHAGBELE Abasse et GAFO Séibatou, Les facteurs associsés à la sexualité précoce chez les adolescentes du premier cycle du secondaire dans la ville de Sokodé au Togo , Revue Espace, Territoires, Sociétés et Santé ,[En ligne] 2020, mis en ligne le 30 Juin 2020, consulté le 2020-12-03 17:52:04, URL: https://www.retssa-ci.com/index.php?page=detail&k=110