2019/Vol.2-N°4: Éducation, santé et bien-être en Afrique
6
Pratique de la discipline positive comme alternative à la punition dans l’éducation parentale pour le bien-être et l’équilibre psychologique de l’enfant à Cotonou (Bénin)
Positive discipline practice as an alternative to punishment in parental education for the welfare and psychological equality of the child in Cotonou (Bénin)

KOUGBEAGBEDE Thierry
Maître-assistant en Psychologie de l’Éducation et du Développement
Laboratoire de Psychologie Appliquée
Université d’Abomey-Calavi (UAC),Bénin
thierrykoug@yahoo.fr

MEHINTO Michel Mètonou
Assistant en Psychopathologie et Psychologie Clinique
Laboratoire de Psychologie Appliquée
Université d’Abomey-Calavi,Bénin
mipapaito01@yahoo.fr

OGNIN Modeste
Assistant en Psychologie de l’Éducation et du Développement
Laboratoire de Psychologie Appliquée
Université d’Abomey-Calavi (UAC),Bénin
ogninmodeste@yahoo.fr


Résumés



Entrée d'Index


Mots clés: Punition | discipline positive | équilibre psychologique | Cotonou |

Keys words: Punishment | Positive discipline | psychological balance | Cotonou |


Texte intégral




Introduction

L'existence d'un être humain passe par l’appartenance à un groupe social ici, la famille nucléaire au point de vue de la psychologie du développement. La famille nucléaire pour J. Lacan (2001, p. 70) est le lieu le plus propice à l’évolution psychologique de l’enfant. Elle est pour l’auteur la garante du bien-être psychologique et social de tout individu, puisque concentrant les conditions du conflit fonctionnel de l'Œdipe et produit des effets psychologiques sur l'individu qui font progresser les idéaux et l'inspiration créatrice dans la société. C’est dire que « le complexe de la famille conjugale crée les réussites supérieures du caractère, du bonheur et de la création » (Lacan, 2001, p. 71). La famille apparaît donc comme le lieu privilégié où se forme la personnalité de l'être humain. Cellule de base et lieu où la personne humaine trace le sillon de son humanisation à travers une éducation qui assure sa sociabilité, sa croissance, son affectivité, sa culture et son épanouissement (Ministère de l'Éducation, de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche, 2015, p. 19), la famille constitue un rouage essentiel de la vie affective et un vecteur essentiel de la transmission des valeurs de la société. Malheureusement, cette institution qui est le premier milieu de vie de l’enfant et la cellule de base de la société est de plus en plus exposée à des mutations variées. Lesquelles mutations affectent ses composantes, surtout les plus vulnérables que sont les enfants. Il peut être avancé que les nombreux problèmes comportementaux, psychoaffectifs et socio-éducatifs qui s’observent au niveau de la couche juvénile au quotidien à travers la société sont sans doute les manifestations des crises de la famille. Or, pour que l’enfant devienne dans l’avenir un adulte équilibré, épanoui et responsable, il est nécessaire qu’il bénéficie de la part de ses parents de bonnes conditions de vie et d’un climat affectif serein (A. Guedeney et R. Dugravier, 2006, p. 230). Ceci est d’autant plus possible grâce à la présence des deux géniteurs, compte tenu de l’importance de leurs fonctions dans le développement de l’enfant. D’ailleurs, les auteurs suscités ont montré que le père assure souvent les besoins matériels, financiers et est le garant de la sécurité et de la discipline tandis que la mère, quant à elle, a pour rôle d’apporter les soins, l’affection et de pourvoir à l’alimentation de l’enfant. De toute évidence, la qualité des rapports dans les relations de couple et l’environnement familial ont des influences considérables sur les développements psychomoteur, psychoaffectif et sur l’épanouissement de la personnalité des enfants.
Les réalités dans la vie quotidienne des familles en générales et celles des familles africaines en particulier en matière d’éducation, dans la majorité des cas prennent le contrepied de cette posture qui oriente et participe positivement au développement de la personnalité des enfants. Le cas retenant notre attention est celui constaté dans les ménages de la ville de Cotonou où les données de terrain font état de ce que, les punitions imposées le plus souvent par les parents aux enfants sont décidées souvent, sous le coup de la colère ou parfois représentent une menace pour l’équilibre psychologique de ces derniers. De plus, ces sévices ne sont pas en lien avec les comportements acceptables, n’enseignent pas à l’enfant à bien se comporter et ne sont pas en adéquation avec la conduite inappropriée que le parent cherche à prohiber chez lui. Cela ne se faire pas dans le respect et l’amour de l’enfant. C’est souvent un moyen de décharger la mauvaise humeur sur l’enfant. Cependant, l’éducation courante faite de punitions aux dires des parents est nécessaire, car elle permet de faire respecter les règles et de faire obéir. Le but de son utilisation est aussi pour faire respecter l’autorité par la peur. Si les punitions sont efficaces dans ce sens à court terme, à long terme elles n’ont pas d’intérêt (C. Dubois, 2018, p. 6). Elles sont même contreproductives, car elles génèrent des sentiments négatifs et même de rejet de l’autorité parentale. Une position justifiée dans les travaux des neurosciences qui affirment que les punitions ont des effets négatifs à long terme sur les plans affectif, émotionnel, moteur et psychologique (J. Nelsen, 2014, p. 32, p. 159-160).
De ces constats empiriques, perçus sous l’angle des difficultés familiales, comportementales et psychopathologiques, les punitions infligées aux enfants par les parents constituent un problème de société qui renvoie à une situation clinique compliquée. D’ailleurs, en restant fidèle à la conception de J. Nelsen (2014, p. 33) selon laquelle, l’enfant puni, peut estimer que d’une part la punition n’est pas juste et d’autre part qu’il ne peut pas faire confiance aux parents et aura envie de gagner à la prochaine confrontation pour rééquilibrer le jeu de pouvoir, on peut comprendre que la plupart des enfants punis refusent la soumission. Ils ont alors à cœur de prouver aux adultes que ces derniers ne peuvent pas les obliger à faire ce qu’ils veulent. Le fait d’humilier, de culpabiliser, de frapper ou de dévaloriser l’enfant ne lui donne pas envie de coopérer et encore moins de faire mieux (B. Robbes et M-F. Schrèque, 2010, p. 13). C’est dans cet élan que C. Freinet (1964, p. 237) a avancé que les punitions sont toujours une erreur. Elles sont humiliantes pour tous et n'aboutissent jamais à l'objectif poursuivi. À partir de cette position de l’auteur, l’intérêt de cette recherche s’inscrit dans la psychologie positive dont le but selon S. Gable et J. Haidt (2005, p. 105) est d’étudier les conditions et processus qui contribuent à l’épanouissement ou au fonctionnement optimal des individus, des groupes et des institutions. Cette approche favorise le bien-être, mais aussi la valorisation des rôles sociaux. Il devient évident de privilégier la pratique de la psychologie positive dans le processus d’apprentissage des enfants par la famille nucléaire en éliminant les punitions ou les menaces imminentes de privations qui entravent ultérieurement leur développement psychologique, affectif et émotionnel au profit de la discipline positive. La discipline positive enseigne des compétences sociales, favorise une personnalité agissante avec respect et intérêt pour les autres, confère la responsabilité et la coopération, mais, aussi invite les enfants à avoir confiance en leurs propres capacités (J. Durrant, 2011, p. 8) leurs propres. Elle apprend aux enfants à développer et à utiliser de façon adéquate leur potentiel intrinsèque et à renforcer leur autodiscipline de même que leur sens de devoir. La discipline positive est un courant d’éducation tant pour les parents que pour les enseignants, qui se base sur l’idée qu’il n’y a pas de mauvais enfants, mais de mauvais comportements (J. Nelsen, 2012, p. 22). Le principe de ce procédé est de renforcer les bons comportements en espérant que cela va contrebalancer ceux qui seraient inadaptés par rapport à la société dans laquelle il s’exprime. Se faisant, la discipline positive cherche à créer une relation horizontale dans laquelle les besoins de l’enfant sont aussi importants que ceux du parent. L’objectif de l’éducation positive n’est pas d’obtenir l’obéissance de l’enfant. On va chercher à l’élever dans une démarche coopérative et respectueuse. La discipline positive qui trouve son ancrage dans la psychologie positive, se concentre sur la recherche de solutions et la valorisation et l’encouragement des comportements positifs plutôt que de se focaliser sur les comportements inappropriés de l’enfant (J. Nelsen, 2014, p. 159 à 209). De même, elle est fondée sur les droits des enfants à un développement sain, à la protection contre la violence et à la participation à leur apprentissage (J. Durrant, 2011, p. 183).
Au regard des différents points évoqués ci-dessus et partant des biens fondés de la psychologie positive comme une nouvelle façon de concevoir l’apprentissage des enfants, nous nous interrogeons sur les avantages de l’adoption de la discipline positive en lieu et place de la punition dans les relations éducatives à Cotonou. En d’autres termes, nous nous demandons ce que peut devenir au point de vue psychologique un enfant soumis à la discipline positive au détriment d’une relation éducative faite d’autoritarisme et du laxisme dans l’éducation parentale à Cotonou ? L'objectif du travail étant de comprendre les biens fondés de l’éducation parentale basée sur la discipline positive au détriment des pratiques endogènes de l’éducation basée sur la punition pour un développement psychologique harmonieux des enfants. Pour atteindre cet objectif et apporter un éclairage sur la problématique, nous avons mené les recherches dans la ville de Cotonou précisément dans les ménages de cette commune.

1. Brève présentation de la commune de Cotonou comme cadre de la recherche

La présente recherche a pris comme espace d’investigation la commune de Cotonou dont la carte est présentée ci-dessous. Cette commune demeure toujours la première ville du  Bénin avec 679 012 habitants en 2013  soit  une  légère  hausse de 2,09 % sur la période 2002-2013, après un accroissement de 2,17 % sur la décennie 1992-2002 (INSAE, 2016). Elle est le plus petit des douze (12) départements du Bénin en termes de superficie (M. M. Mehinto, 2014, p. 103) et s’étend sur 10 km à l’Ouest où elle est limitée par la commune d’Abomey-Calavi et sur 6 km à l’Est en côtoyant la commune de Sème-kpodji (INSAE, 2004). Selon la même source, l’Océan Atlantique forme sa limite Sud et le lac Nokoué sa limite Nord. La commune de Cotonou est la capitale économique du Bénin et concentre à elle seule presque toutes les fonctions administratives et politiques du pays. Elle est composée de 13 arrondissements, 143 quartiers de villes et de 166 433 ménages (INSAE, 2016). Cotonou a été choisi à cause de son caractère de ville cosmopolite et de l’intérêt que recouvrent les questions d’apprentissage ou d’éducation parentale en milieu urbain. De même, dans cette ville, on retrouve en grande majorité les instances qui s’occupent et qui régulent les questions d’éducation. C’est aussi le lieu où on rencontre beaucoup de comportements déviants dans le rang des enfants et des jeunes adolescents dus à un relâchement des parents du processus éducationnel. Cotonou est un espace pertinent, qui offre les avantages possibles à l’étude de la présente thématique.
Carte n°1 : Situation de la ville de Cotonou

2. Matériels et méthodes

La présente recherche dont la démarche d’analyse cherche à mettre un éclairage sur la discipline positive comme nouvelle approche de conception de l’éducation des enfants pour leur équilibre psychologique à long terme, privilégie les méthodes qualitative et quantitative comme nature de l’étude. Elle a identifié deux principaux groupes cibles. Il s’agit premièrement des parents éducateurs et de leurs enfants, ils sont les premiers acteurs concernés par la recherche. Le deuxième groupe cible est constitué des personnes ressources intervenant sur la problématique du développement psychologique et sur la protection de l’enfance. Il s’agit des psychologues, des assistants sociaux, des éducateurs spécialisés, des juges des mineurs, des responsables de centres de promotion sociale, etc. Différents acteurs de ces groupes cibles ont fait partie de notre échantillon.
Pour déterminer la taille de l’échantillon de la recherche, trois techniques d’échantillonnage ont été utilisées. Il s’agit des techniques d’échantillonnage par grappe, par choix raisonné et de l’utilisation de la formule des enquêtes ménages. L’échantillonnage par grappe a permis de définir certains quartiers de Cotonou comme cadre d’étude. En effet, cette ville a été considérée suivant tous ses arrondissements. Au niveau de chaque arrondissement, il a été question de définir des quartiers comme des zones de recherche. Ensuite, il a été procédé au sein de chaque quartier à l’identification d’un ménage dans lequel les parents et leurs enfants ont été entretenus. Mais, la formule pour les enquêtes ménages a permis au préalable de retenir la taille des ménages à enquêter. Cette formule se présente ainsi qu’il suit :
nh = (z2) (r) (1− r) (f) (k)/(p) (n) (e2) ;
nh = taille de l’échantillon des ménages à sélectionner
 z = statistique qui définit le niveau de confiance requis
 r = une estimation de l’un des indicateurs clés à mesurer lors de l’enquête
 f = effet imputable à la conception de l’échantillon, supposé comme étant de 2,0 (valeur par défaut)
 k = le multiplicateur visant à tenir compte du taux prévu de non-réponse
 p = la proportion de la population totale représentée par la population cible sur laquelle est fondée le paramètre r
 n= la taille moyenne (nombre de personnes par ménage)
e =  la marge d’erreur à ne pas dépasser.
Les valeurs recommandées pour certains de ces paramètres sont : la  statistique z =1,96 pour un degré de confiance de 95 %. La première valeur est  généralement  considérée  comme la norme  pour  déterminer le niveau de confiance à atteindre pour évaluer la marge d’erreur dans une enquête sur les ménages. La valeur par défaut de l’effet imputable à la  conception de l’échantillon est habituellement considérée comme étant de 2,0. Le multiplicateur de non-réponse, k, doit être choisi à la lumière de l’expérience acquise à cet égard et il est habituellement inférieur à 10 % dans les pays en développement. Ici, k = 5 %. Le paramètre p peut habituellement être calculé sur la base des résultats du dernier recensement de la population et de l’habitation ou des enquêtes récentes d’estimation de l’effectif de la population ; il est de ce fait de 6,8 %. Le paramètre ? est de 4,3 dans la ville de Cotonou. Pour la marge d’erreur, e, le niveau de précision est fixé à 15 % de r ; par conséquent, e =  0,15r.  La  proportion de géniteurs  r = 53 %. En remplaçant les valeurs sélectionnées dans la formule nh = (z2) (r) (1− r) (f) (k)/(p) (n) (e2), nous avons : nh =  (1.96*1.96) (0,83) (1− 0,53) (2) (0,05)/(0,068) (4,1) (0,0795*0,0795) = 85,046715 ;  nh =  85,046715 ménages. Pour que l’échantillon soit représentatif de l’ensemble, la taille minimale de ménages à enquêter est de 85. La répartition des 85 ménages s’est faite proportionnellement aux nombres de ménages par arrondissement. Le tableau n°1 procède à la répartition des ménages à enquêter par arrondissement.
Tableau n°1 : Répartition des ménages à enquêter par arrondissement de la ville de Cotonou
Source : Données de terrain, 2019
Dans chaque ménage, la famille nucléaire (père, mère et enfants) a été interviewée avec la particularité que pour être enquêté, les enfants doivent avoir un âge compris entre 5 et 15 ans, être de même père et même mère et vivant avec les deux parents. Avec ces critères de la technique du choix raisonné, l’échantillon des enfants à enquêter est fixé à 62. La tranche d’âge des enfants se justifie par le fait qu’il nous serait facile de communiquer avec eux et surtout parce que ces enfants se situent à des étapes critiques de leur développement où ils apprennent progressivement à s’adapter à leur environnement, etc. Les deux parents ayant été systématiquement interviewés dans chaque ménage, leur taille est fixée à 170 unités sur l’ensemble des 85 ménages retenus. En qui concerne les personnes ressources, pour faire partir de cet échantillon, il faut être un spécialiste des questions de développement et de protection de l’enfant et avoir une expérience de 7 ans dans le domaine de l’accompagnement des enfants en situation de vulnérabilité. Ces critères appliqués à cette catégorie de cible nous ont permis de retenir 9 personnes. Au total, 241 personnes ont été interviewées, soient 170 acteurs à l’aide d’un questionnaire et 71 personnes par le biais d’un guide d’entretien. Nous avons aussi fait usage d’une grille d’observation qui est restée transversale à la recherche. Le traitement des données collectées par ces outils s’est fait en fonction de leur nature. Les données des entretiens individuels ont été enregistrées et transcrites. Elles ont fait objet d’une analyse de contenu thématique. Pour ce qui est des données issues de l’administration du questionnaire, elles ont fait objet d’une codification puis d’un dépouillement et traitement avec les programmes Word et Excel.

3. Résultats

3.1. Pratiques endogènes de l’éducation basée sur la punition et conséquence sur le développement de l’enfant

Les générations adultes, dans la perspective d’éduquer, d’instruire et de transmettre aux plus jeunes générations les valeurs inhérentes à la vie en société et à la suivie de l’espèce humaine, mettent en place plusieurs mécanismes et stratégies. Pour réussir cette entreprise qui constitue aux yeux des anciens une nécessité vitale, l’usage est parfois fait des pratiques sur la punition.
3.1.1. Pratiques endogènes de l’éducation basée sur la punition
Les personnes interviewées ont toutes un niveau de connaissance considérable sur la pratique de la punition comme moyen pour réduire la probabilité d’apparition d’un comportement inapproprié dans le processus d’apprentissage des enfants. D’ailleurs, la grande majorité des parents estime avoir été punie eux-mêmes à plusieurs occasions au cours de leur enfance. Pour ces derniers, cela arrive souvent lorsqu’il y a transgression des règles et des valeurs établies par la société pour son bon fonctionnement. Les données collectées sur cet aspect de la recherche montrent bien que les parents ont au moins une fois puni leurs enfants (91,18 %) pour des comportements inadéquats. Mais à l’opposé, 8,82 % d’entre eux ne font pas usage des pratiques punitives dans l’éducation de leurs enfants. De l’avis général, on s’aperçoit que la punition est nécessaire pour faire passer un message d’éducation. Cependant, en matière de fréquence de punitions, les avis divergent. C’est ce que traduit le tableau n°2.
Tableau n°2 : Fréquence dans la pratique des punitions
Source : Données de terrain, 2019
La lecture du tableau permet de retenir essentiellement qu’environ 7 % des parents punissent systématiquement leurs enfants à chaque fois qu’ils transgressent les règles et codes de conduites. La majorité des parents enquêtés punissent de façon sporadique leurs enfants. Les parents qui adoptent un comportement aversif dans l’éducation des enfants estiment que l’usage des punitions en l’occurrence corporelles est efficace en matière d’apprentissage puisque la peur de la punition et surtout la menace de la chicotte auraient un effet dissuasif ou persuasif sur les enfants. L’avis de cette catégorie de parents se trouve résumé à travers les propos de dame F. J.
[…][Les enfants doivent de temps en temps être punis. Ce qui est prohibé, c’est la violence et la maltraitance des enfants. Une éducation sans punitions est peu efficace ou vouée à l’échec, car, lorsque l’enfant sait qu’en faisant telle ou telle chose il va être systématiquement puni, il se retient ou se ressaisit et c’est le but ultime de la punition. Un éducateur qui ne punit jamais ou procède toujours à la négociation est considéré comme faible et ces ordres ne sont généralement pas respectés à la lettre. Les enfants le banalisent. La punition est importante dans l’éducation. La simple vue de l’instrument de la punition a des effets sur le comportement des enfants]. [Extrait d’entretien avec F. J, père de famille, 54 ans].
De cet extrait d’entretien, il convient de retenir que les parents punissent les enfants dans l’optique que leurs consignes ne sont pas banalisées ou que les enfants les traitent de faibles. Punir serait un devoir, une obligation et non une alternative. Cette position de ce chef de famille confirme le fait que tous les enfants interrogés estiment avoir été punis une fois au moins même si ce n’est pas nécessairement par un parent. Ils se souviennent avoir été punis par un parent. Il convient de spécifier que parmi les enfants qui ont estimé avoir subi de punition venant de leurs parents, seulement 15 % l’ont subi les six derniers mois qui ont précédé l’enquête. Cela va sans dire que les pratiques basées sur la punition ne sont pas systématiques dans tous les cas. Mais, lorsqu’ils doivent être punis, les parents utilisent plusieurs stratagèmes. Certains parmi eux combinent plusieurs techniques ou changent de stratégies lorsqu’ils constatent que l’enfant a développé une résistance ou une indifférence vis-à-vis de cette technique de punition. Un inventaire des différentes techniques utilisées par les parents est présenté dans le tableau n°3.
Tableau n°3 : Typologie des techniques de punitions utilisées par les parents
Source : Données de terrain, 2019
L’examen du tableau révèle que l’usage de pratiques aversives dans le processus d’apprentissage des enfants est une réalité et plusieurs techniques en sont utilisées. Ainsi, la flagellation à coup de lanière ou de bâton, les gifles, les fessées, la privation de tout genre, la taloche, les oreilles tirées, la position chaise ou téléphone, etc. sont autant de moyens utilisés pour punir son enfant. Ces pratiques de punitions ne sont pas sans conséquence à court et à long terme sur les enfants.
3.1.2. Conséquences de la punition sur le développement de l’enfant : le point de vue des enquêtés
Les punitions sont utilisées sous toutes les formes par certains parents qui s’inscrivent dans la logique de bien éduquer leurs enfants. Ces pratiques présentent plusieurs conséquences sur le bien-être et l’équilibre psychoaffectif des enfants. Les conséquences s’observent sur plusieurs aspects de la vie des enfants. Pour les parents interviewés, la punition aurait des effets positifs sur le développement des enfants. C’est ce que met en exergue le tableau n°4.
Tableau n°4 : Nature des effets de la punition sur les enfants
Source : Données de terrain, 2019
De la lecture de ce tableau, trois positions apparaissent. Il s’agit de la position de ceux (48 %) qui estiment que la punition à des effets positifs sur l’enfant, ceux (26 %) qui soutiennent qu’elles sont sans effet et ceux (25,30 %) qui trouvent que la punition présente des effets négatifs sur le développement des enfants. S’intéressant à la catégorie de ceux qui pensent que la punition à des effets positifs sur le développement de l’enfant, on remarque que cette position est soutenue simplement par référence à leur propre éducation ou par référence à celle d’une tierce personne qu’on estime avoir réussi sa vie à cause de son éducation fait de punitions. Ce point de vue se trouve dans les propos de l’enquêté suivant.
[…] [Mes parents m’ont toujours tapé (flagellation). Cela ne m’a pas empêché de devenir ce que je suis aujourd’hui. Ça m’a permis de devenir très responsable de moi-même surtout quand j’ai quitté mes parents. De plus, les comportements violents de mon tuteur m’ont conduit à travailler davantage pour vite quitter son toit et devenir autonome. Il y a même des formes de punition qui obligent à prendre des initiatives en absence des parents]. [Extrait d’entretien avec O. T. 63 ans parent]
Dans cette même logique, l’enquêté R. C. déclare :
[…] [Si ce n’est pas le comportement rigide de mon oncle qui éprouve du plaisir à frapper à la moindre erreur, moi, je serai un délinquant. Je passais ma journée à jouer au ballon de Von en Von. Je voulais devenir footballeur, cette façon de faire de mon oncle m’a obligé à me ranger et à me consacrer plus à mes études. Quand je vois la vie de certains camarades avec qui je jouais, je rends grâce à Dieu pour m’être donné un oncle pareil. C’était dur en ce temps, mais c’est ce qu’il fallait pour que je réussisse]. [Extrait d’entretien avec R. C. 52 ans, parents].
Ces extraits d’entretiens montrent que certains parents qui s’adonnent à la punition le font pour des raisons purement subjectives. Ils éduquent donc leur enfant à référence à leur propre éducation. En fait, ils prennent simplement la position de l’agresseur. De plus, dans les propos de l’enquêté O. T, on note plus la révolte et l’envie de se soustraire des violences d’un tuteur plutôt que de la motivation. Au demeurant, il ne s’agit pas d’une prise de conscience qui aurait émané de la punition.
Pour ceux dont la punition a des effets négatifs sur le développement des enfants, ils estiment que ces derniers deviennent souvent des enfants têtus, indifférents, violents, nonchalants dans les prises de décision. Ce sont des enfants qui ont souvent peur et qui ont le désir de révolte. Ces parents affirment que la punition produit généralement des résultats contraires aux attentes du parent éducateur. Les propos de l’enquêté suivant en constituent une illustration.
[…] [Il ne sert à rien de punir les enfants, quand on punit trop un enfant, il développe de la résistance. C’est naturel, tous les animaux font pareil. La fuite de la punition a conduit beaucoup d’enfants dans la rue. Certains deviennent délinquants et adoptent des comportements à risque]. [Extrait d’entretien avec I. H., 48 ans, parent].
De l’analyse de cet extraire, il convient de retenir que la punition peut produire l’effet contraire à celui prévu par l’éducateur. La triangulation des discours nous fait retenir que les parents qui punissent leurs enfants le font simplement pour des considérations d’ordres subjectives ignorant que cela crée de l’insécurité chez ces derniers et a des retentissements postérieurs qui se font remarquer à l’âge adulte. Cette façon d’éduquer les enfants influence leurs comportements futurs qui se traduisent par un désir de révolte, d’indépendance, un comportement agressif envers les autres, une faible estime de soi, une adoption de comportements de délinquance.

3.2. Les dimensions et manifestations du développement de l’enfant

Le développement des enfants issus des ménages pris en compte par la présente recherche s’observe sur plusieurs dimensions et se manifeste de diverses façons. Cette rubrique des résultats prend donc en compte ces dimensions et manifestations observables de ces êtres en devenir.
3.2.1. Les dimensions du développement de l’enfant
Les dimensions du développement des enfants représentent les sphères, les pans, ou encore les aspects de leur fonctionnement psychomoteur et social. Des multiples entretiens réalisés auprès des parents et des professionnels de l’enfance, les avis et propos recueillis font état de ce que les dimensions qui sont les plus illustratifs du développement des enfants, sont celles intellectuelles, affectives et sociales ; les dimensions physique et morphologique semblent être unanimes au sein des répondants. Le tableau n°5 renseigne sur les modalités de lecture du développement des enfants par les parents interrogés sur la question relative aux éléments par lesquels ils constatent et apprécient le développement de leur enfant.
Tableau n°5 : Répartition des répondants selon les dimensions du développement de leurs enfants
Source : Données de terrain, 2019
Au regard des chiffres de ce tableau, il est à remarquer que 93,53 % des parents répondants à la  question ont mentionné le développement physique et morphologique. L’ampleur de ce choix au sein des parents est à mettre sur le compte du caractère directement visible et palpable du développement physique des enfants en l’absence duquel l’inquiétude s’installe au sein de la famille et du foyer conjugal. C’est donc dire que l’habitude des parents à apprécier le développement de leurs enfants par leur apparence physique rend spontané le choix de cette modalité. Il n’en demeure pas moins vrai par rapport à la réalité observée sur le terrain notamment en ce qui concerne les enfants pris en compte par cette étude. Les faits relatifs au développement à caractère cognitif et intellectuel ont été mentionnés par 74,70 % des parents. Ces faits concernent entre autres la capacité des enfants à effectuer certaines tâches, leurs prestations scolaires et leur aptitude à comprendre et résoudre des problèmes mettant ainsi en œuvre un niveau de fonctionnement cérébral conviant leurs parents et leurs proches sans omettre pour la plupart leurs enseignants aussi. Une autre dimension mentionnée par 51,18 % des parents est celle qui est sociale. Le développement social des enfants est moins connu par les parents, néanmoins certains parmi eux l’illustrent par des conduites observées chez les enfants qui leur semblent être un signe de maturité. Cette dimension du développement se révèle à travers le rapport qu’entretiennent les enfants avec leurs pairs et surtout leur attitude envers autrui et en public. En dehors de ces trois dimensions, la dimension affective est également indexée par 36,47 % des répondants. Elle s’illustre par les réactions émotionnelles des enfants en situations diverses, l’expression dans leur propos de certains sentiments, la permanence et la polarité de leur humeur ainsi que leur capacité de gérer ces humeurs.
Il convient de mentionner que la pratique de l’éducation par discipline positive installe autour des enfants un environnement qui induit une certaine dynamique à leur développement selon plusieurs dimensions. Dans un contexte comme le nôtre, parlant bien entendu du contexte africain et précisément béninois dans le cas présent, les manifestations de ce développement multidimensionnel sont diversifiées et peuvent prendre des allures qui peuvent surprendre ou à la limite heurter les parents. Les manifestations du développement de l’enfant, enregistrées à travers les propos des parents et celui de certains professionnels de l’enfance sont présentées dans la séquence suivante.
3.2.2. Manifestations du développement de l’enfant
Les manifestations du développement des enfants entrant dans le cadre de cette recherche se perçoivent à travers leurs attitudes qui pour certains sont normales et pour d’autres anormales, quand bien même appréciables sortent de l’ordinaire, de l’habituel. Les manifestations relatives aux dimensions cognitives et intellectuelles, affectives et sociales se perçoivent dans un mélange apparaissant dans les narrations des faits à travers lesquels ils ont eu à faire des remarques dans une situation ou dans une autre, concernant leurs enfants. Les développements des enfants dans chaque dimension se perçoivent de façon entremêlée les unes aux autres, dans une dynamique d'interaction. Les parents expriment leur appréciation des manifestations du développement de leurs enfants en différents termes. Ainsi Mme Z. A. donne sa lecture des manifestations en ces termes :
« […] Nos enfants par exemple s’en sortent bien à l’école. Dans nos échanges avec leurs instituteurs respectifs, ces derniers nous disent qu’ils n’ont pas d’inquiétude par rapport à leur niveau à l’école. […] L’ainé a occupé la deuxième place au dernier classement après les évaluations. […] À la maison, il s’adonne volontiers à la lecture et à ses exercices. Il pose assez de questions auxquelles mon époux et moi essayons de répondre le plus simplement possible, mais ce n’est pas toujours évident. […] J’avoue que ça ne m’étonne pas de lui, car il m’impressionne aussi au moment des jeux d’intelligence auxquels ils s’intéressent beaucoup ». [Extrait d’entretien avec Mme Z. A., 36 ans, parent d’écoliers]
À travers les propos de cette mère, les conduites de son enfant face aux activités scolaires sont appréciables et influent positivement sur ses prestations scolaires. L’enfant en question est deuxième de sa classe et garde en permanence un attrait pour les activités intellectuelles. Ce qui dénote non seulement d’un confort avec ces types d’activités et a priori de l’existence d’un niveau dans le développement ou dans la procédure de développement intellectuel et cognitif. Aussi, les propos de la mère montrent-ils l’entretien d’une ambiance pacifique et équilibrée entre les parents et leurs enfants. Cette réalité se voit implicitement à travers la mention des « moments de jeux » qui sous-entendent un certain accord et une adhésion des parents à ces moments qui sont aussi d’une grande utilité dans le développement des enfants. La proximité entretenue par les parents avec leurs enfants n’est pas sans effet positif. Chez d’autres parents, la gestion de l’éducation des enfants par la discipline positive semble présenter des difficultés importantes pour plusieurs raisons. Parmi celles-ci figure la difficulté de substituer au châtiment corporel, l’investissement personnel du parent et la capacité de développer des stratégies adaptées à la bonne mobilisation de l’attention et de l’intérêt des enfants. Un des parents dans cette situation laisse entendre ce qui suit :
« […] Moi j’essaye de respecter ce que les médias disent sur l’éducation aujourd’hui, ce que les professionnels de la santé et autres disent, mais je ne crois pas que cette manière convienne à tous les enfants. […] Le mien par exemple, en classe de 6ème ne m’inspire pas confiance pour l’avenir. Il est vrai que je vois de l’intelligence en lui sur certains plans. Mais il ne produit pas de bons résultats en classe surtout en mathématiques. La seule chose qu’il aime faire et de suivre les dessins animés à la télévision quand on n’est pas présent et de passer le temps des exercices à dessiner. […]Si je dis que c’est le bâton qui lui manque maintenant on va dire que le bâton n’éduque pas les enfants». [Extrait d’entretien avec Mr G. C., 48 ans, parent d’élève]
Des propos de cet enquêté, on peut percevoir en dehors de ses difficultés dans l’éducation de son enfant, le fait que cet enfant exprime plutôt un intérêt pour l’art et les productions artistiques qui sont aussi des activités intellectuelles. Mais les efforts qu’il fait dans la dynamique du respect des principes de la discipline positive permettent à son enfant de développer cette aptitude. Ce processus de développement cognitif et intellectuel s’améliorerait si le parent était plus apte et plus ouvert dans sa relation avec son enfant. De nombreuses autres illustrations des manifestations de développement des enfants ont été enregistrées. Parmi celles-ci, les propos qui suivent mettent en évidence une particularité positive dans le sens d’un développement psychosocial d’une écolière. Sa mère exprime son étonnement en ces termes :
« […] Ce qui m’étonne chez ma fille, c’est la façon dont elle s’intéresse à ses amis. Elle montre une certaine attention et une sensibilité envers ses amis qui m’impressionne. À un moment, je me suis inquiétée, car je pensais qu’elle serait turbulente et distraite en classe. […]À mon grand étonnement, son maître m’a dit qu’il y a de loin plus turbulente qu’elle dans la classe. […]Elle connaissait pratiquement tous les noms de sa classe en quelques mois de cours seulement. Je me souviens qu’en mon temps ce n’était comme ça. Chaque élève restait dans son coin pendant des mois. Et ceux qui s’accrochaient à tout le monde étaient vus d’un mauvais œil, un peu comme les plus agités de la classe». [Extrait d’entretien avec Mme A. J., 32 ans, parent d’écolière]
À travers le discours de cette mère, on comprend que sa fille développe un sens d’investissement social et relationnel. Et ses conduites et attitudes ne perturbent pas ces performances à l’école ce qui permet d’admettre que cette attention et cet intérêt pour les autres constituent les manifestations d’une forme de développement social chez cette écolière qui est en plein processus de socialisation. Abordant la question du développement des enfants selon les différentes dimensions, Mme E. K. affirme :
« […] Le développement des enfants est une question à prendre avec tact et une grande flexibilité et d’ouverture. En effet les enfants se développent de plus en plus vite aujourd’hui et d’une manière assez différente de ce que la plupart des parents ont connu. […]L’environnement matériel et social n’est pas le même, et celui dans lequel ils grandissent facilite l’accès de multiples expériences qui peuvent faciliter le développement de leur intelligence, mais en même temps être source de grandes distractions si les pratiques éducatives des enseignants et des parents ne les préparent pas à une implication dans les activités scolaires. […]Même si c’est choquant de l’entendre, il faut aussi admettre que le développement de certaines tendances et de certains talents peut conduire l’enfant vers d’autres passions qu’il faudra accepter et encadrer. […] C’est tout un ensemble qui fait son bon développement ». [Extrait d’entretien avec Mme E. K., 52 ans, Pédopsychiatre]
Les propos de cette professionnelle de l’enfance mettent en évidence le caractère délicat et sensible de la question du développement de l’enfant. Elle donne une explication des conditions qui justifient les changements observés dans le développement des enfants à notre époque. L’accent est particulièrement mis sur le caractère pluridimensionnel du développement psychologique des enfants.

3.3. Pratiques de la discipline positive

3.3.1. Connaissances de la discipline positive
Lorsqu’on s’intéresse à la compréhension des parents, enquêtés sur la notion de la discipline positive, on s’aperçoit que la plupart méconnaissent cette approche dans l’éducation des enfants. C’est du moins ce qui transparait de la lecture du tableau n°6.
Tableau n°6 : Connaissance ou non de la discipline positive par les parents
Source : Données de terrain, 2019
La lecture du tableau révèle que 33,53 % des parents enquêtés estiment avoir connaissance de la discipline positive contre 66,47 % qui n’en ont pas. Pour ceux qui en ont connaissance, ils affirment ne pas maîtriser les spécificités de cette approche. En majorité, les parents interviewés n’ont pas connaissance de la discipline positive. Par contre, pendant les entretiens avec les spécialistes des questions de développement et de protection de l’enfant, nous avons pu noter avec eux que la discipline positive oriente le parent dans une forme d’éducation non violente où l’enfant est respecté et considéré. Pour la majorité des spécialistes, cette forme d’éducation favoriserait la réussite et le développement de l’enfant. À titre illustratif, voici l’extrait des propos d’un Assistant Social interviewé.
« […] moi je pense inh ! […] la discipline positive permet d’établir une relation de respect mutuel avec votre enfant. C’est une forme d’éducation qui permet aux enfants d’avoir des aptitudes qui leur serviront toute leur vie […] ». [Extrait d’entretien avec O. M. 39 ans, Assistant Social].
De l’analyse de cet extrait, on peut noter que la discipline positive œuvre pour le développement psychologique, mais aussi du bien-être de l’enfant en se basant sur le respect des principes des droits de ce dernier.
3.3.2. Discipline positive : de sa pratique dans l’éducation parentale
Dans une atmosphère parentale affectueuse, les enfants ont souvent tendance à faire plaisir à leurs parents. On peut donc dire que l’affection parentale favorise la collaboration à court terme et permet d’enseigner des valeurs à long terme aux enfants. Ainsi, s’intéressant à comment les parents témoignent leur affection aux enfants dans un contexte de discipline positive, les enquêtés nous ont révélé des pratiques que nous avons essayé de résumer dans le tableau n°7.
Tableau n°7 : Répartition des parents enquêtés selon les pratiques de la discipline positive
Source : Données de terrain, 2019
L’analyse du tableau révèle que 100 % des parents ont souligné qu’on peut utiliser le "je t’aime" comme pratique de la discipline positive pour procurer de la chaleur aux enfants. Les parents à 96,47 % ont estimé qu’il faut aimer les enfants même s’ils font quelque chose de mal. 90,89 % de ces derniers souhaitent qu’il faille dire des histoires aux enfants. De plus, les parents enquêtés ont souligné respectivement à 100 % ; 93,53 % et 84,12 % qu’il faut réconforter les enfants lorsqu’ils ont peur, les écouter et voir la situation de leur point de vue. Par ailleurs, certains ont estimé qu’il faut également les féliciter (96,47 %) ; jouer avec eux (95,88 %) ; rire avec eux (91,76 %) et même s’amuser avec eux (90,89 %). De cette lecture, on peut retenir que la discipline positive tient compte surtout de l’affection parentale pour favoriser le développement de l’enfant. Ce qui permettra aux parents d’atteindre leurs objectifs à court et à long terme dans leur rôle d’éducation. C’est dire que les enfants apprennent mieux lorsqu’on leur donne du soutien et de l’information. Il peut être avancé que la pratique de la discipline positive tient compte de l’encouragement de l’enfant et le rend poli en se basant sur le respect de ses besoins. Sa pratique vise donc un objectif à long terme.  
3.3.3. Avantages de la discipline positive sur le développement de l’enfant
Les avantages de la discipline positive sont non seulement importants à la petite enfance, mais aussi essentiels pendant le développement du jeune enfant. C’est dire que même si l’enfant grandit, il peut utiliser les principes de cette approche éducative pour prendre des décisions, résoudre des problèmes et trouver des moyens pour sa vie en société. Voici ce qu’en dit un de nos enquêtés :
« […] je vous donne un exemple. Vous savez ? Votre enfant se prépare pour aller à l’école. Il est tard et il doit faire les travaux domestiques et quitter la maison à temps. Toute votre préoccupation, c’est que votre enfant arrive à l’école à l’heure. L’enfant ne bouge pas vite. C’est normal que vous criiez sur lui n’est-ce pas ? Ou même que vous le frappiez pour qu’il se dépêche ? En ce moment, le parent se concentre sur un objectif à court terme. Dans ce cas, le parent oublie l’objectif à long terme de son rôle d’éducateur. C’est dire que l’éducation d’un enfant n’a pas qu’un objectif à court terme […] ». [Extrait d’entretien avec M. V. 60 ans, Psychologue de l’Éducation].
Il découle de la lecture de cet extrait que l’un des aspects les plus difficiles de l’éducation des enfants est l’atteinte des objectifs à long terme tout en réalisant les objectifs à court terme. Car les deux entrent souvent en conflit. En d’autres termes, la façon dont nous agissons dans des situations à court terme servira de modèle à nos enfants. Ainsi, les parents réagissent souvent à la frustration à court terme d’une manière qui nuit à leurs objectifs à long terme. Les cris et les coups ne feront qu’apprendre à l’enfant le contraire de ce qu’on veut qu’il apprenne à long terme. Cependant pour que la discipline soit efficace, il est important de considérer les difficultés à court terme comme des occasions de travailler à l’atteinte des objectifs à long terme. Sur cet aspect, les propos de G. T. nous renseignent davantage :
« […] Chaque fois que vous vous énervez, vous avez l’opportunité de donner le bon exemple à votre enfant. En maîtrisant bien la situation, vous lui montrez comment gérer ses frustrations […] ». [Extrait d’entretien avec G. T. 38 ans, Psychologue].
Il convient de retenir de cet extrait qu’on peut bien éradiquer un comportement chez son enfant sans frapper, en tenant compte des sentiments de ce dernier pour atteindre son objectif sans causer de tort physique ou émotionnel à l’enfant dans un contexte de discipline positive. Plus loin, le spécialiste nous fait savoir ce qui suit :
« […] il y a des enfants qui s’adaptent vite à de nouvelles situations. D’autres enfants s’adaptent lentement. Il leur faut parfois des mois pour se faire des amis dans un nouveau quartier, se sentir à l’aise dans une nouvelle école ou suivre un nouvel indicateur. Cela dépend fortement du type d’éducation reçu […] ». [Extrait d’entretien avec G. T. 38 ans, Psychologue].
De cet extrait, on peut retenir que les enfants qui ont observé leurs parents gérer des conflits sans violence sont plus susceptibles d’en faire pareil. Les enfants à qui les parents ont appris à écouter, à communiquer et à traiter les autres avec respect sont plus susceptibles de faire la même chose dans leur vie active. Ainsi, tout ce que le parent fera avec l’enfant pour installer une relation fondée sur les aspects de la discipline positive depuis la petite enfance lui donnera la force de gérer les situations difficiles à l’âge adulte. Ainsi voulant donner son point de vue sur les biens faits de la discipline positive, M. Y. nous dit ceci :
« […] La discipline positive favorise une clarté constante des attentes du parent et encourage l’affirmation de soi chez l’enfant. C’est une approche où les droits et besoins de chacun sont respectés avec une communication parent-enfant très ouverte et active. Dans la discipline positive, l’enfant apprend à réfléchir par lui-même et à trouver des solutions lui-même. Elle forme l’enfant au respect et au courage. La discipline positive aide les enfants à se sentir appartenir à une société. Moi je pense que c’est une approche qui est efficace à long terme […]». [Extrait d’entretien avec M. Y. 52 ans, Psychologue de l’éducation].
L’analyse de cet extrait montre que les avantages de la discipline positive sont nombreux. C’est une approche qui permet de transformer la relation parent/enfant par de la communication non violente et la coopération. C’est dire que la discipline positive a de réels bénéfices sur le comportement de l’enfant. Elle permet d’éviter les situations de crise et d’apaiser les relations de manière durable.
3.3.3.1. Respect des stades de développement de l’enfant versus atteinte des objectifs à long terme
L’objectif de la discipline positive est de répondre aux attitudes de l’enfant par des moyens qui permettent d’atteindre des objectifs à long terme. Ainsi, pour que la discipline positive soit efficace, les objectifs à long terme doivent toujours être la priorité des éducateurs. C’est ce qu’on peut comprendre de cet extrait de A. S. Psychologue :
[…] souvent, lorsque les enfants font des choses avec lesquelles nous sommes en désaccord, c’est parce qu’ils ne comprennent pas tout à fait et veulent faire leurs propres choix. En respectant leur stade de développement, nous pouvons les aider à accroître leur compréhension et à prendre de bonnes décisions. [Extrait d’entretien avec A. S. 39 ans, Psychologue].
L’analyse de cet extrait nous révèle que lorsqu’on considère le comportement de l’enfant de notre seul point de vue, on a tendance à ressentir de la frustration et de la colère lorsqu’il fait des choses auxquelles nous sommes en désaccord. C’est normal que certains enfants refusent de faire les choses qu’on leur demande. Ils n’agissent pas ainsi pour peut-­être mettre le parent en colère ou pour le défier. Cela peut être dû au fait qu’ils ont découvert qu’ils sont des personnes et exercent leur capacité à prendre des décisions. Parfois, ils veulent faire leurs propres choix. Dans ces cas, il peut être utile d’offrir aux enfants des choix leur permettant de s’exercer à prendre des décisions. Ainsi, les parents doivent reconnaitre les droits de l’enfant à la protection contre les châtiments corporels et à une approche qui respecte leur dignité : la discipline positive. La reconnaissance de cette dignité est inhérente à tous les membres de la famille.

4. Discussion

Le désir d’avoir son enfant devenu un adulte épanoui et équilibré dans la société pousse les parents à s’investir dans son éducation. L’éducation est pour eux un moyen par lequel ils passent pour transmettre aux enfants les normes, valeurs et principes inhérents à la vie en société. Dans ce processus de socialisation, les résultats de la recherche ont montré que les parents font usage de la punition pour inhiber les comportements inadéquats que présentent les enfants. Cette manière de conduire l’apprentissage des enfants a reçu d’une part un écho favorable auprès d’une partie considérable de l’échantillon interviewé. C’est d’ailleurs ce qui retient l’attention de J. Nelsen  (2012, p. 74) qui estime que la  punition est  utilisée par un parent ou un enseignant en pensant pouvoir changer le comportement des enfants. Pour les parents de cette catégorie d’interviewés, la punition est une méthode efficace pour façonner le comportement des enfants. Une autre catégorie de parents interviewés démontre que l’utilisation de la punition dans l’éducation des enfants n’est pas une bonne chose dans la mesure où cela n’apporte pas une réelle solution à la faute commise. Ceci fait dire à P. Bar (2011, p. 4) que la punition n’apparaît plus comme la conséquence logique de la faute, mais comme un simple coup de malchance. Elle repose sur la peur et a de sérieuses répercussions sur le développement et le devenir des enfants. Ce résultat de la recherche a été corroboré par ceux de J. Archambault et R. Chouinard (1996, p. 14 ; 58) qui affirment que le problème des punitions est qu'elles n'apprennent que la peur, l'évitement, la honte et la soumission aux enfants. Ces sentiments ressentis par l'enfant puni ou humilié ne laissent aucune place à l’autodiscipline. Ces auteurs attestent donc que les punitions déresponsabilisent les apprenants. Allant dans le même sens, J. Nelsen (2012, p. 22 ; 2014, p. 32, p. 159-160) admet que la punition peut mettre fin à un comportement inapproprié de l'enfant, mais sur le long terme, les  enfants ne développent pas des compétences constructives sur le savoir-vivre. Ainsi, nous pouvons avancer que la punition entrave le développement affectif, intellectuel, psychologique et social de l’enfant. De ces résultats, nous pouvons conclure avec N. Peter et al.  (2004, p. 45) que les parents se montrent souvent perplexes face aux moyens efficaces d’imposer des limites et de favoriser l’autocontrôle de leur enfant vu que les modes de discipline pertinents auprès des enfants demeurent très controversés. Or, il existe plusieurs façons d'envisager le développement de l'enfant en tenant compte de ses spécificités et besoins. D’ailleurs, M. Rosenberg (2003, p. 47) n’a-t-il pas avancé sur les termes de J. Nelsen (2014) que les refus, les colères et conflits surviennent de besoins insatisfaits des enfants. Nous nous accordons avec P. Perret et A. Congard (2017, p. 119) que l'organisation de la personnalité de l'enfant est influencée par la réponse du milieu de vie. Ce milieu représenté essentiellement par les parents doit être un cadre bienveillant pour favoriser la santé et le bien-être des enfants. C’est dans cet élan que les données issues de la recherche privilégient au détriment de la punition l’adoption de la discipline positive. Cette approche selon J. Durrant (2011, p. 2 et 3) est un nouveau courant d’éducation, tant pour les parents que pour les enseignants. Elle est basée sur les principes Adlériens que sont le respect, la dignité et l’appartenance (C. Dubois (2018, p. 35). Elle prône la non-violence dans l’apprentissage de l’enfant et est basée sur le respect et la considération. La discipline positive doit s’exercer sans soumission tout en conciliant fermeté et bienveillance pour le bien-être des enfants. D’ailleurs, pour J. Nelsen (2014, p. 21), lorsque l’apprentissage des enfants se déroule dans un environnement fait de fermeté et de bienveillance, les enfants développent la dignité et le respect mutuel tout en acquérant progressivement le sens des responsabilités. Au vu des résultats obtenus, la pratique de cette méthode doit tenir compte de l’encouragement de l’enfant en se basant sur le respect de ses spécificités et de ses besoins. Elle doit viser un objectif à long terme pour le bonheur de l’enfant. Ces résultats sont en phase avec l’analyse de J. Nelsen (2014, p. 34 ; 124 ; 203 ; 216) pour qui la pratique de la discipline positive doit reposer sur cinq critères essentiels à savoir : l’encouragement, le respect, le respect des besoins de chacun, l’aide apportée aux enfants pour se sentir connecter et l’efficacité à long terme.

Conclusion

Le but de la discipline positive est d’établir des faits qui enrichissent les interventions éducatives et sociales. Elle favorise le développement harmonieux des enfants. Dans cet élan, la présente recherche déconseille vivement la punition au profit de la discipline positive dans l’éducation parentale. Les réalités mises en évidence ici mettent la lumière sur les pratiques endogènes de l’éducation basée sur la punition et les conséquences de ces pratiques sur le développement des enfants. Les techniques de punitions utilisées par les parents consistent en des flagellations, des gifles, des privations, des taloches, la position chaise à adopter pendant de longues minutes ou des heures parfois. Ces pratiques punitives ont des conséquences sur le développement de la personnalité des enfants. Les dimensions et manifestations du développement de l’enfant ont été abordées notamment selon les connaissances et expériences qu’en ont les parents et les professionnels de l’enfance. Les notions de développement physique et morphologique, de développement cognitif et intellectuel, de développement affectif, de développement social ont été abordées. Diverses pratiques de la discipline positive sont entre autres le fait de procurer de la chaleur à l’enfant, d’aimer l’enfant même quand il fait quelque chose de mal, de raconter des histoires à l’enfant, de réconforter l’enfant en situation de peur, de l’écouter, de voir la situation du point de vue de l’enfant. Sur la base de ces résultats, il peut être retenu qu’il vaut mieux renforcer les bons comportements des enfants, que de punir ceux qui sont inacceptables. Les punitions doivent être imposées avec calme et respect, tout en prenant en considération le point de vue de l’enfant. La discipline positive poursuit un objectif à long terme qui enseigne des compétences sociales et favorise une personnalité agissant avec respect, intérêt pour les autres, responsabilité et coopération. Elle conduit les enfants à avoir confiance en leurs propres capacités, leurs propres aptitudes, leur apprend à se servir des potentiels personnels dont ils disposent de manière constructive, aidante et utile. La discipline positive développe l’autodiscipline et le sens de la responsabilité individuelle. Ce qui permettra à l’enfant d’affronter la vie adulte sans grandes difficultés.

Références bibliographiques                                        

ARCHAMBAULT Jean et CHOUINARD Roch, 1996, Vers une gestion éducative de la classe, 1e édition, Montréal, Gaétan Morin, Itée.
BAR Pierre, 2011, La punition à l’école, Bruxelles, UFAPEC.
CLOUTIER Richard et RENAUD André, 1990, Psychologie de l'enfant, Boucherville, Québec, Gaëtan Morin.
GUEDENEY Antoine et DUGRAVIER Romain, 2006, « Les facteurs de risque familiaux et environnementaux des troubles du comportement chez le jeune enfant : une revue de la littérature scientifique anglo-saxonne », La psychiatrie de l'enfant, 1, 49, p. 227-278.
DUBOIS Christèle, 2018, La Discipline Positive: Analyse réflexive d'enjeux d'identité et de posture exprimés par huit enseignants, Maîtrise, Université, Genève.
 DURRANT Joan, 2011, La discipline positive: de quoi s'agit-il et comment s'y prendre, Save the Children Suède.
FREINET Célestin, 1964, Les invariants pédagogiques : Code pratique d'Ecole Moderne, éditions de l'école moderne française, cannes.
GABLE Shelly et HAIDT Jonathan, 2005, « What (and why) is positive psychology? », Review of General Psychology, 9, 2, p. 103-110.
INSTITUT NATIONAL DE LA STATISTIQUE ET DE L’ANALYSE ECONOMIQUE (INSAE), Direction des Etudes Démographiques, 2004, Cahier des villages et quartiers de ville Département du Littoral, Cotonou, Bénin.
INSTITUT NATIONAL DE LA STATISTIQUE ET DE L’ANALYSE ECONOMIQUE (INSAE), 2016, Cahier des villages et quartiers de ville  du département du littoral (RGPH-4, 2013), Cotonou, Bénin.
LACAN Jacques, 2001, Les complexes familiaux dans la formation de l’individu. Essai d’analyse d’une fonction en psychologie in Autres écrits, Paris, Seuil.
MAIER Henry, 1988, Three theories of child development, 3e edition, Lanham, University Press of America.
MEHINTO Michel Mètonou, 2014, « Déterminants socio-culturels de la non divulgation de la violence faite aux hommes à Cotonou », Annales de la Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines, Université d’Abomey-Calavi (Bénin), 1, 20, p. 164-180.
MINISTERE DE L'ÉDUCATION DE L'ENSEIGNEMENT SUPERIEUR ET DE LA RECHERCHE, 2015, L’intervention auprès des élèves ayant des difficultés de comportement, Québec, Gouvernement du Québec.
NELSEN Jane, 2014, Adaptation SABATE Béatrice, Quels résultats à long terme des punitions ? Les 4 « R » de la punition selon la discipline positive, édition Poche Marabout.
NELSEN Jane, 2012, Adaptation SABATE Béatrice, La discipline positive, Toucan, Paris
PERRET Patrick et CONGARD Arnaud, 2017, « L’organisation de la personnalité chez l’enfant : l’apport des recherches en psychologie développementale et différentielle »,  Neuropsychiatrie de l’enfance et de l’adolescence, 2, 65, p. 118-126.
PETER Nieman, CALGARY Alberta et SARAH Shea, 2004, « Une discipline efficace auprès des enfants », Paediatr Child Health, 9, 1,  p. 45–50.
ROBBES Bruno et SCHREQUE Marie-France, 2010, « Le conseil en pédagogie institutionnelle dans la classe. De l’intention didactique à la transformation de soi par la socialisation », Penser l’éducation, 28, p. 89-109.
ROSENBERG Marshall, 2003, Enseigner avec bienveillance, St-Julien-en-Genevois, Jouvence.


Pour citer cet article


Référence électronique
, Pratique de la discipline positive comme alternative à la punition dans l’éducation parentale pour le bien-être et l’équilibre psychologique de l’enfant à Cotonou (Bénin) , Revue Espace, Territoires, Sociétés et Santé ,[En ligne] 2019, mis en ligne le 30 Décembre 2019, consulté le 2020-05-29 20:04:35, URL: https://retssa-ci.com/index.php?page=detail&k=65







Système alimentaire urbain et santé en Afrique

Fermé

Education, santé et bien-être en Afrique

Fermé

Migration et santé en Afrique subsaharienne

Fermé

La santé dans le monde rural

Fermé

Dynamiques spatiales, sociales, territoriales et santé en milieu urbain

Fermé



5 ème  numéro Juin 2020


Si vous souhaitez proposer un dossier thématique, merci d'envoyer votre proposition à l'adresse e-mail suivante : rev.tssa@gmail.com.


Gretssa

IGT

Geotrope

Regards Sud

UFHB



Visiteurs

 Aujourd'hui 45
 Hier 52
 Semaine 338
 Mois 2258
 Tout 49088

  Actuellement 1 invités en ligne