Sant�� maternelle, n��onatale et infantile en Afrique: Analyse de la situation et perspectives
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Des hommes et le dépistage du VIH/SIDA dans le programme de prévention de la transmission mère-enfant dans la commune Kozah 1 au Togo les raisons de la réticence
Men and HIV / AIDS screening in the mother-to-child transmission prevention program in Kozah 1 commune in Togo the reasons for reluctance

KANATI Lardja
Docteur en sociologie
Enseignant-Chercheur
Université de Kara, Togo
kanlardja@yahoo.fr

TCHAGBELE Abasse
Docteur en sociologie
Enseignant-Chercheur
Université de Kara, Togo
abasse.aboubakr@yahoo.com

KABA Essodinamodom
Maître-Assistant
Université de Kara (Togo),
Sociologie de la famille
kabatho@yahoo.fr/ essodika@gmail.com


Résumés



Entrée d'Index


Mots clés: Dépistage | consultation prénatale | programme de prévention | ransmission Mère-enfant | Kozah 1 |

Keys words: Screening | prenatal consultation | mother-to-child | transmission prevention program | Kozah 1 |


Texte intégral




Introduction

Depuis le début de la pandémie du VIH/SIDA dans les années 1980 (75,7 millions personnes infectées dans le monde), la réduction significative du nombre de nouvelles infections par le VIH est un défi pour l’instant non résolu à l’échelle planétaire (J. Orne-Gliemann, 2009, p.113). D’après les statistiques mondiales sur le sida publiées par l’ONUSIDA, trente-huit (38) millions de personnes vivaient avec le VIH (PVVIH) dans le monde en 2019 dont 1,8 d’enfants de moins de 15 ans. Un virgule sept (1,7) million de personnes sont devenues nouvellement infectées et l’on déplorait 690000 décès liés au VIH (ONUSIDA, Statistiques mondiales sur le VIH 2020, pp.1 et 5).
L’Afrique reste la région du monde la plus touchée par le VIH, virus responsable du sida avec 25,9 millions de personnes infectées (ONUSIDA, Statistiques mondiales sur le VIH 2020, p.6). Dans cette partie de l’Afrique, les jeunes femmes âgées de 15 à 24 ans sont deux fois plus susceptibles de vivre avec le VIH que les hommes. Alors qu’à l’échelle mondiale, le pourcentage de femmes parmi les personnes vivant avec le VIH reste stable, environ 48 % de toutes les nouvelles infections à VIH en 2019, les femmes et les filles en Afrique subsaharienne représentaient 59% de toutes les nouvelles infections à VIH (ONUSIDA, Statistiques mondiales sur le VIH 2020, p.3).
De plus, ces femmes en âge de procréer constituent la principale source de l’infection pédiatrique par le VIH. Déjà en 2007, l’UNAIDS soulignait que sur les 420 000 enfants qui ont été infectés par le VIH, la plupart l’ont été à la suite de la transmission du VIH de la mère à l’enfant (TME) qui peut avoir lieu pendant la grossesse, l’accouchement, et l’allaitement maternel (UNAIDS, 2007 cité par J. Orne-Gliemann, 2009, p.2). Depuis 2010, les nouvelles infections à VIH chez les enfants ont diminué de 52%, passant ainsi de 310 000 cas en 2010 à 150 000 cas en 2019 (ONUSIDA, Statistiques mondiales sur le VIH 2020, p.2).
Au Togo, la prévalence du VIH dans la population générale est estimée à 2,27% en 2018 (JMS, 2019)[1] soit un total de 313 635 personnes adultes vivant avec le VIH. Parmi ces personnes vivant avec le VIH, 312 084 sont des femmes, 1551 des hommes (DHIS 2-Togo, 2018). La prédominance féminine avec une prévalence de 3,1% chez les femmes et 1,7% chez les hommes avec les mêmes tendances chez les jeunes âgés de 15-19 ans (CNLS-IST, 2016-2020, p.9). Le taux de transmission du VIH de la mère à l’enfant incluant la période d’allaitement est de 19,48% (PNLS-IST, 2017, p.3).
Face à une maladie transmissible, et sans solutions thérapeutiques ni vaccinales efficaces, la prévention reste la seule arme la plus efficace de combat, en agissant sur les pratiques et les relations entre les individus. La morbidité et la mortalité du VIH chez les enfants ont amené la plupart des pays d’Afrique (E. Dolou, 2013, p.7) à mettre en place depuis plus de deux décennies, un programme de prévention de la transmission du VIH de la mère à l’enfant (PTME). Ces programmes mis en œuvre dans le contexte des services de santé maternelle, néonatale et infantile représentent un point d’entrée important pour fournir des informations sur la prévention de l’infection à VIH aux femmes en âge de procréer et à leurs partenaires.
Aussi, le programme PTME offre-t-il aux femmes enceintes et à leurs partenaires une occasion unique de bénéficier d’un conseil et d’un dépistage du VIH. C’est une étape critique qui donne l’opportunité aux agents de santé de fournir les services PTME aux couples.
Selon la DHIS2-Togo (2019), dans la Kozah, les femmes participent massivement au dépistage. 11 608 femmes ont été dépistées en 2018 contre 12 928 femmes en 2019. Au même moment, seulement 928 partenaires ont été dépistés en 2018 contre 662 en 2019.
Selon la même source, la maternité du CHU-Kara a dépisté 616 femmes en 2018 contre 1078 femmes en 2109. Quant aux hommes, seulement 42 ont répondu au rendez-vous du dépistage en 2018 contre 33 en 2019.  Ces effectifs des partenaires des femmes enceintes dépistés montrent combien de fois malgré la gratuité du test et les avantages qu’il offre à l’individu et à la société entière (la connaissance de son statut sérologique, la prise en charge médicale en cas de séropositivité), les partenaires restent encore réticents.
Il est possible que le conseil de couple ne soit pas souhaitable dans tous les contextes conjugaux, et comporte en particulier des risques lorsque la femme est infectée par le VIH (M. Temmerman, J. Ndinya-Achola, J. Ambani et P. Piot, 1995, pp.969-970). Mais l’ensemble des données disponibles dans la littérature semble néanmoins suggérer qu’il y a plus d’avantages que d’inconvénients à encourager l’implication des hommes dans la PTME, que ce soit pour la femme ou pour l’homme lui-même (J. Orne-Gliemann, 2009, p.123) Quels sont donc les facteurs sociaux et psychologiques qui expliquent la réticence des hommes au dépistage du VIH/SIDA dans le programme PTME malgré ses multiples avantages ? C’est à cette question que cet article essaie d’apporter une réponse. Cette étude se propose d’améliorer notre connaissance sur les raisons qui incitent les maris des femmes enceintes au refus du test de dépistage au VIH/sida dans les programmes de Prévention de Transmission de la Mère à l’Enfant (PTME). Pour y parvenir, il est important de présenter la méthodologie adoptée.
[1] JMS 2019: Des avancées et défis en matière de la riposte au VIH dévoilés aux journalistes, https://cnlstogo.org/2019/11/29/jms-2019-des-avancees-et-defis-en-matiere-de-la-riposte-au-vih-devoiles-aux-journalistes/ 

1. Méthodologie

1.1. Présentation de la zone de l’étude

La ville de Kara, chef-lieu de la préfecture de la Kozah et de la région de la Kara est la deuxième grande ville du Togo sur le plan politique et administratif. Elle est située dans la partie septentrionale du pays, à 420 km de Lomé, la capitale et à 224 Km de Cinkassé à la frontière Nord avec le Burkina Faso. Elle est localisée sur la Route Nationale N°1, à 9°30 de latitude Nord et à 1°11 de Longitude Est et est traversée d’Est en Ouest par la rivière du même nom. La ville de Kara est située au carrefour des axes Lomé-Ouagadougou et Bénin-Ghana. La commune est composée actuellement de 29 quartiers avec une population estimée à 94 878 habitants (DGSCN, 2011). Elle est limitée au Nord et au Nord-Est par la rivière Pang et la chaîne de Lama, à l’Est par le canton de Lassa, au Sud par les cantons de Kpinzindè et d’Awandjélou et à l’Ouest par le canton de Bohou comme le montre la carte n°1 qui suit.
Carte n°1 : Commune Kozah 1 (Ex commune de Kara)
carte1
Source : TCHELEGUE Nadedjoh, 2018
Le Centre Hospitalier Universitaire de Kara occupe une aire de 8 hectares 09 ares et 89 centiares. Il est situé à 9°33 de latitude Nord et 1°10 de longitude Est. Ouvert avant 1960 comme centre de santé, l’établissement actuel a subi les transformations suivantes : Hôpital de Circonscription administrative en 1960, Centre Hospitalier Régional de Kara le 31 mars 1970 avec l'inauguration notamment du service de la chirurgie et de la médecine interne. Par décret N°2000 / 049 / PR du 16 juin 2000, il a été transformé en Centre Hospitalier Universitaire de Kara.

1.2. Données

Cet article propose quelques réflexions sur les facteurs explicatifs de la réticence des partenaires des femmes enceintes à se faire le test de dépistage du VIH. L’étude que nous menons est une étude transversale à visée descriptive à passage unique qui s’est déroulée du 21 novembre au 12 décembre 2019 à l’aide d’un questionnaire auto-administré. L’étude combine à la fois la méthode quantitative et la méthode qualitative. Les données ont été recueillies auprès des partenaires des femmes enceintes venues en consultation prénatale (CPN) au CHU-Kara. Dans ce centre, le test de dépistage du VIH est systématiquement proposé aux femmes enceintes venant consulter dans ce centre.
La population cible de cette étude est constituée de l’ensemble des partenaires des femmes qui font leur consultation prénatale à la maternité du CHU-Kara. Ne peut appartenir à l’échantillon que les conjoints dont les femmes qui ont déjà fait au moins une fois la consultation prénatale et qui ont été dépistées car celles-ci auraient eu le temps d’informer leurs conjoints du rendez-vous donné par la sage-femme.
Selon la DHIS2-Togo (2019), 1 078 femmes ont été reçues en CPN puis dépistés avec environ une moyenne de 90 femmes reçues en CPN par mois. L’enquête ayant couvert les mois de novembre et décembre 2019, la population cible était de 180 femmes. A travers les femmes venues en consultation, nous avons obtenu les numéros de téléphone des partenaires. Etant donné que ceux-ci sont disséminés dans la commune Kozah 1, nous avons négocié au téléphone des rendez-vous et nous nous sommes rendu au domicile des familles pour rencontrer les enquêtés.
Cinquante (50) partenaires des femmes enceintes (24 non dépistés et 26 dépistés) ont accepté répondre à nos questions soit 28% de la population cible. Un questionnaire semi-structuré a été adressé aux partenaires enquêtés. Ce questionnaire est composé de rubriques suivantes : les caractéristiques sociodémographiques des enquêtés ; la connaissance des enquêtés du PTME et de ses avantages ; l’accueil et ses effets sur la participation à la PTME ; Participation des conjoints des femmes à la PTME et l’impact psychologique d’un résultat positif au VIH/sida.
Un guide d’entretien a été utilisé pour les entretiens individuels avec 2 sages-femmes et 50 femmes enceintes qui ont été pour nous des personnes ressources. Les entretiens ont porté respectivement sur le comportement de stigmatisation des personnes vivant avec le VIH ; les lieux de conseil et de dépistage des couples ; le temps et l’accueil réservés aux hommes venus pour le dépistage et la représentation de la maladie.

1.3. Méthode de traitement des données

Les données quantitatives ont été dépouillées à partir du logiciel SPSS version 22. Nous avons ensuite fait des analyses corrélationnelles. Les résultats de l’analyse statistique ont joué un rôle important pour le choix des sujets abordés dans chaque domaine. Ainsi, les items pour lesquels les modalités de réponse n’avaient pas une distribution suffisante ont été éliminés, de même que ceux pour lesquels les réponses, bien qu’assez dispersées, n’étaient pas corrélées avec les dimensions retenues. L’analyse du contenu a été appliquée aux données qualitatives. Ce travail a consisté essentiellement à regrouper par thématique les discours qui se recoupent. Puis nous avons passé à l’analyse des résultats.

2. Résultats

2.1. Les profils des enquêtés

La collecte et le traitement des données de terrain nous ont permis de présenter sous forme de tableaux les données quantitatives. Les tableaux dressés dans la rubrique profils des enquêtés présentent non seulement l’âge des enquêtés, leur répartition en fonction de leur niveau d’instruction et en fonction de la profession exercée, mais les contenus de ces tableaux sont aussi analysés. Ainsi, les données consignées dans le tableau n°1 se rapportent à l’âge des enquêtés.
    Tableau n°1 : Répartition des enquêtés selon l’âge 

tableau1

Source : Données de l’enquête, 2019
Du tableau n°1, il ressort que 4% des enquêtés ont un âge compris entre 15 et 24 ans ; 64% entre 25 et 34 ans, tranche d’âge la plus représentée ; 16% entre 35 et 44 ans ; et 16% au-delà de 45 ans. On constate que la population enquêtée est majoritairement jeune. Après cette répartition en fonction de l’âge des enquêtés, il est intéressant de connaître leur distribution en fonction de leur niveau d’instruction. 
Tableau n°2 : Répartition des enquêtés selon leur niveau instruction

tablaeu2

Source : Données de l’enquête, 2019
Le tableau n°2 montre que 20% des enquêtés ne sont pas instruits ; 28% ont un niveau primaire ; 24% un niveau secondaire ; et 28% un niveau supérieur. On constate que la majorité des enquêtés ont atteint au moins le niveau secondaire (52%). Avec un taux d’instruction relativement moyen, quel est le secteur d’activités le plus occupé par les enquêtés ? Le tableau n°3 décrit cette réalité.
Tableau n°3 : Répartition des enquêtés selon le secteur d’activités

tableau3

Source : Données de l’enquête, 2019
Le tableau n°3 présente le secteur d’activités des enquêtés. Il ressort que 36% des conjoints (n=18) travaillent dans le secteur formel ; 48% conjoints (n=24) travaillent dans le secteur informel ; alors que 16% des enquêtés (n=8) sont sans profession. Il s’agit des élèves, étudiants (es), ménagères, et apprentis (es). Les variables sociodémographiques présentées ci-dessus ne suffisent pas pour cerner le phénomène observé d’où la nécessité de faire intervenir d’autres variables indépendantes telles que le niveau de participation à la PTME, la connaissance sur la PTME et ses avantages, la qualité de l’accueil réservé aux partenaires des femmes enceintes. Bref, le niveau de connaissances des enquêtés en matière du PTME.   

2.2. Connaissances des enquêtés sur la PTME et ses avantages

Dans cette rubrique, il est question d’évaluer le niveau de connaissance des enquêtés sur : la transmission mère-enfant ; l’existence et l’objectif de la PTME ; la sérodifférence et le risque encouru par les conjoints qui n’adhèrent pas au programme.
Il ressort que tous les enquêtés savent qu’une femme enceinte séropositive peut transmette le VIH à son enfant. Tous sont également informés de l’existence du programme PTME dont l’objectif est de permettre aux femmes enceintes séropositives de mettre au monde des enfants sains (Tableau n°4).
Tableau n°4 : Répartition des enquêtés selon leur connaissance de la sérodifférence

tableau4

Source : Données de l’enquête, 2019
Le tableau n°4 indique que seulement 24% des conjoints (n=12) ne savent pas que, dans un couple marié, l’un des partenaires peut être séropositif et l’autre séronégatif ; 76% des conjoints (n=38) ont connaissance de ce que c’est que la sérodifférence. Même si la population interrogée ne participe pas au test de dépistage lors de la PTME, cela ne signifie pas qu’elle ignore ce que c’est que la séroprévalence. Ici, nous pouvons déduire que les campagnes de sensibilisation sur les modes de transmission du VIH/sida ont fait leurs effets. Ceci nous amène à les interroger sur les risques encourus lorsque les hommes ne participent pas à la PTME.
 Le tableau n°5 indique que 66% des enquêtés savent qu’un homme qui refuse de participer à la PTME court le risque d’être contaminer si sa femme était séropositive ; 8% ne savent pas s’il y a un risque de contamination ou non ; par contre 26% affirment qu’il n’y a aucun risque. Majoritairement, les personnes interrogées ont connaissance des risques encourus lorsqu’on ne participe pas à la PTME. Ceci est dû au fait que la majorité des enquêtés sont lettrés puisqu’ils ont fait des études secondaires. Il est aussi important de recueillir le point de vue de la minorité qui ne s’est pas faite dépistée.
 Tableau n°5 : Répartition des enquêtés selon leur connaissance du risque encouru par les hommes qui ne participent pas à la PTME

tableau5

Source : Données de l’enquête, 2019
Tous les 24 hommes qui n’ont pas été dépistés sont unanimes sur le fait qu’ils ne voient pas l’utilité de leur dépistage dans un contexte de CPN. Aussi disent-ils que le résultat de leur femme indique le leur ou encore qu’ils ne voient pas l’intérêt d’un test de dépistage pour un couple qui attend la naissance de leur enfant. 66,6% des 24 hommes interrogés disent craindre le fait qu’il existe des possibilités d’erreurs lors des tests de dépistage. 25% de de ces 24 hommes n’ayant pas fait le dépistage ignorent l’existence de la PTME dans les maternités. Toutefois, un individu peut bien connaître l’importance de la PTME sans y participer. D’autres paramètres peuvent entrer en ligne de compte. C’est le cas par exemple de l’accueil réservé par le personnel soignant, du lieu d’attente et de la durée d’attente dans les structures de PTME. Bref, la qualité de l’accueil en général.  
Tableau n°6 : Répartition des conjoints non dépistés selon l’importance de faire le test de dépistage du VIH à la PTME

tableau6

Source : Données de l’enquête, 2019

2.3. Accueil et ses effets sur la participation à la PTME

Dans le souci d’apprécier la nature de l’accueil dans le site PTME du CHU Kara, nous avons interrogé les personnes rencontrées sur leur appréciation du temps d’attente, l’attitude des du personnel soignant et du lieu d’attente (Tableau n°7).
Tableau n°7 : Répartition des enquêtés dépistés selon leur appréciation du temps d’attente

tableau7

Source : Données de l’enquête, 2019
De ce tableau, il ressort que 77% des enquêtés déclarent que le temps d’attente est trop long. Ces enquêtés disent attendre plus de deux heures de temps avant d’être reçus en conseil et dépistage ; 8% pensent que le temps d’attente est moyen. Ils disent attendre une heure de temps alors que 15% disent que le temps d’attente est court puisqu’ils sont reçus en conseil et dépistage après trente minutes d’attente. Cette appréciation de temps est due au fait que la majorité de nos enquêtés travaillent dans le secteur informel. S’il est plus aisé d’obtenir une permission du côté des fonctionnaires du secteur public, la situation est plus difficile pour ceux qui travaillent dans l’informel. L’agent du secteur informel, pour demander une permission a non seulement peur des humeurs du patron mais aussi de la perte de son boulot. Cette réalité nous amène à questionner les enquêtés sur la qualité de l’accueil qui leur est réservé par le personnel soignant.  
Tableau n°8 : Répartition des conjoints dépistés selon leur appréciation de l’accueil du personnel soignant

tableau8

Source : Données de l’enquête, 2019
A la question de savoir si l’accueil que leur réserve le personnel est satisfaisant, 69% des enquêtés qualifient l’accueil de non satisfaisant puis qu’ils déclarent avoir été victimes de la maladresse de la part du personnel soignant alors que 31% des enquêtés sont satisfaits de l’accueil qui leur a été réservé.  La qualité d’accueil de partenaires des femmes enceintes ne dépend-elle pas du lieu d’attente ?
Tableau n°9 : Répartition des enquêtés dépistés selon leur appréciation sur le lieu d’attentetableau9
Source : Données de l’enquête, 2019
L’essentiel de l’information contenu dans ce tableau est que, 65% enquêtés disent qu’ils seront mieux à l’aise si le centre disposait de deux salles d’attente séparées dont l’une est destinée aux femmes enceintes et l’autre à leurs conjoints ; 12% des conjoints préfèrent être ensemble dans une même salle avec leurs femmes ; pour 23% des conjoints, peu importe qu’ils soient ensemble avec leurs femmes ou non.

2.4. Participation des conjoints des femmes à la PTME

Cette rubrique prend en compte la participation au dépistage, le lieu où le test est effectué et la présence des conjoints en CPN. A la lumière du tableau n°10, il ressort que 52% des enquêtés connaissent leur statut sérologique ; alors que 48% n’ont jamais fait leur test de dépistage. Nous pouvons déduire que les enquêtés dépistés n’ont pas attendu que leurs femmes aillent en CPN pour connaître leur statut sérologique.
Tableau n°10 : Répartition des enquêtés selon leur participation au dépistage

tableau10

Source : Données de l’enquête, 2019
Le tableau n°11 nous informe que, 10 conjoints soit (38,5%) ont fait leur test en PTME, 16 conjoints soit (61,5%) se sont fait dépister dans les centres de dépistage volontaire. L’on peut conclure à base de ces données que les hommes préfèrent se faire dépister dans des centres de dépistage volontaire que de se rendre dans un centre de consultation prénatale.
Tableau n°11 : Répartition des enquêtés dépistés selon le lieu où ils ont fait leur test

tableau11

Source : Données de l’enquête, 2019
De ce tableau, il ressort que sur les 26 conjoints dépistés, 16 conjoints (61.5%) n’ont jamais accompagné leurs femmes depuis qu’elles sont tombées enceintes ; 10 conjoints seulement (38%) ont au moins une fois accompagné leurs femmes en CPN.
Tableau n°12 : Répartition des enquêtés dépistés selon leur présence en CPN

tableau12

Source : Données de l’enquête, 2019

2.5. Impact psychosocial du dépistage

Ce tableau nous révèle que tous les partenaires de femmes enceintes interrogées pensent qu’ils seront étiquetés d’infidèle par leur conjointe si leur sérologie est positive ou qu’il y aura une baisse d’affection de la part de la conjointe. La séropositivité aux yeux des conjointes est révélatrice des activités sexuelles immorales du sujet. Ainsi, être séropositif est synonyme d’être suspecté d’infidélité, de vagabondage sexuel considérée par la société comme des conduites immorales.
Tableau n°13 : Répartition des enquêtés non dépistés selon les comportements de stigmatisation et discrimination de la conjointetableau13
Source : Données de l’enquête, 2019
Le tableau n°14 montre que tous les enquêtés non dépistés disent ne pas être en mesure de supporter la présence du virus dans leur organisme ; ils ont peur de perturber le cours normal de leur vie et ils ont peur de vivre avec une maladie chronique. Cependant, 42% des enquêtés ont peur de ne pas pouvoir vivre longtemps. Même si les enquêtés évoquent moins l’angoisse de la mort en cas d’infection au VIH, ils sont tous perturbés par le fait de devoir vivre avec une maladie chronique s’il advenait que le résultat de leur test de sérologie soit positif. Certes, on soigne le sida mais on ne le guérit pas. Comme le souligne un enquêté : « rien qu’à penser au fait que je vais devoir avaler des comprimés tous les jours en cas de séropositivité me rend déjà malade ».
Tableau n°14 : Répartition des conjoints non dépistés selon leur attitude face au Sida

tableau14

Source : Données de l’enquête, 2019

2.6. Analyse des corrélations entre les variables

Dans cette rubrique, il est question de corréler les variables afin de dégager le lien qui existe entre elles.
2.6.1. Corrélations entre variables sociodémographiques et adhésion au dépistage
L’âge est une variable sociodémographique importante dans cette étude. En corrélant cette variable avec l’adhésion au dépistage du VIH ; le résultat nous montre que dans la tranche d’âge 15-24ans, aucun conjoint n’a fait son test de dépistage ; par contre la proportion des conjoints qui ont fait leur test est de 87,5% entre 25-34ans ; 46,9% dans la tranche 35 et 44ans ; et 50% pour ceux qui ont au moins 45 ans. Ce qui nous permet de dire que dans notre échantillon, l’adhésion des conjoints au dépistage reste mitigée. Bien que la tranche d’âge 25-34 ans adhèrent plus au dépistage, c’est encore dans cette tranche qu’on retrouve plus de conjoints qui n’ont pas été dépistés. La forte proportion de 25 à 34 ans s’explique par le fait que c’est la tranche d’âge la plus sexuellement active. Etant jeunes et sexuellement actifs, les hommes de cette tranche d’âge peuvent se reprocher certaines conduites sexuelles à risque et ne pas se soumettre au test de dépistage au VIH. Quant à ceux âgés de 45 ans et plus, ils n’ont pas fait leur test parce qu’ils s’estiment sages et comme le résultat de leur femme était négatif, le leur serait aussi négatif. Le test de khi-deux relève quant à lui une différence non significative car p=0,085>0,05. Ce qui signifie qu’il n’existe pas de lien entre l’âge et la participation au dépistage comme le montre le graphique n°1.
Graphique n°1 : Croisement des variables âge et l’adhésion au dépistage

GRAPHIQU1

x2=6,555 ; ddl=3 ; p=0,087 
Source : Données de l’enquête, 2019
Dans le graphique n°2 ci-dessous, on constate que parmi les conjoints qui ont fait leur test de dépistage, 60% ne sont pas instruits ; 57,1% ont le niveau primaire ; 50% ont le niveau secondaire ; et 42% ont le niveau supérieur. Ce qui nous permet de dire que dans notre échantillon d’étude, la participation des conjoints au dépistage diminue lorsque leur niveau d’instruction augmente. Le test de khi-deux montre une différence non significative car la p-valeur (ici p=0,893) est supérieure au seuil de 0,05%. Ainsi, on conclut qu’il n’existe pas de lien entre l’adhésion des conjoints au dépistage et le niveau d’instruction.
Graphique n°2 : Répartition des conjoints selon leur niveau d’instruction et la participation au dépistage

GRAPHIQUE2

             x2=0,893 ; ddl=3 ; p=0,827
Source : Données de l’enquête, 2019
L’analyse du graphique n°3 diagramme montre que, pour un homme qui travaille dans le secteur formel, la probabilité pour qu’il accompagne sa femme en CPN est de 22,2% ; alors qu’elle est de 8,3% pour ceux du secteur informel ; par contre pour ceux qui n’ont pas de profession, la probabilité est de 50%.  Nous pouvons donc dire que dans notre échantillon, la participation des conjoints en CPN dépend du secteur d’activité auquel ils appartiennent. La p-valeur du test de khi-deux ici p=0,037 étant inférieure à 0,05 (seuil), indique que le test est significatif. Il existe donc un lien entre les deux variables. Les hommes travaillant dans le secteur sont plus enclins de se faire dépister au VIH que ceux travaillant dans le secteur formel.
Graphique n°3 : Répartition des conjoints selon leur activité professionnelle et leur présence des conjoints en CPN

graphique3

x2=6,597 ; ddl=2 ; p=0,037
Source : Données de l’enquête, 2019
2.6.2. Corrélations entre variables connaissance et adhésion au dépistage
La corrélation entre les variables « niveau de connaissance sur la PTME et ses avantages » et « la participation au dépistage » montre que 76,9%  de ceux qui savent qu’un homme qui ne participe pas court le risque de se faire contaminer par sa femme si elle est positive ont fait leur test ; 39,4%   de ceux qui estiment qu’il n’y a aucun risque de contamination seulement ont fait ; 75% de ce qui ne savent s’il y a ou non un danger ont eux aussi fait leur test. Ce qui nous permet de dire que dans l’échantillon, il existe un lien entre les deux variables. Le test statistique de khi-deux montre dans le graphique n°4, une différence significative avec une p. value égale à 0,04. On en déduit que la participation des conjoints au dépistage varie en fonction de la connaissance du risque encouru.
Graphique n° 4 : croisement entre le variable « niveau de connaissance sur la PTME et ses avantages » et « la participation au dépistage »graphique4
x2=6,184 ; ddl=2 ; p=0,045
Source : Données de l’enquête, 2019
Le test statistique dans le graphique n°5, laisse voir que 60,5% des enquêtés qui connaissent la notion de sérodifférence ont fait leur test de dépistage ; alors que seulement 25% de ceux qui ne connaissent pas la sérodifférence ont fait leur test. Ce qui montre qu’il existe une relation entre la connaissance de la sérodifférence et la participation au dépistage dans notre échantillon. Le test de khi-deux significatif nous conduit à conclure que dans la population d’étude, la participation des conjoints au dépistage varie en fonction de leur connaissance de la sérodifférence.
Graphique n° 5 : Croisement entre la sérodifférence et la participation au dépistage
GRAPHIQUE5
x2 =4,612 ; ddl=1 ; p=0,032
Source : Données de l’enquête, 2019
A travers le graphique n°6 ci-dessous, on constate que tous les conjoints qui n’ont pas fait leur test de dépistages sont ceux qui estiment que le temps d’attente est trop long. Ce qui veut dire que dans notre échantillon, il y a une relation entre le temps d’attente et la participation au dépistage.  Le test de khi-deux montre une différence significative car la p-valeur ici p=0,043 est inférieur à 0,05. Donc dans la population, la participation des conjoints au dépistage est d’autant plus élevée que le temps d’attente est court.
Les statistiques du croisement entre « appréciation de l’accueil du personnel soignant » et leur « participation au dépistage » donne les résultats suivants : x2=4,327 ; ddl=1 ; p=0,038. On observe une différence significative puisque la p-valeur ici p=0,038<0,05. On peut dire avec certitude que l’accueil du personnel soignant est défavorable à la participation des conjoints au dépistage.  De même, le croisement entre « l’appréciation du lieu d’attente » et « la participation au dépistage » donne les résultats suivants : x2=7,361 ; ddl=2 ; p=0,025.
Le test de khi-deux montre une différence significative (car la p-valeur p=0,025<0,05). On conclut que dans la population enquêtée, plus le lieu d’attente n’est pas satisfaisant (séparée selon le genre), plus la participation des conjoints est élevée.
 Graphique n°6 : Croisement entre les variables « accueil » et « la participation au dépistage »

graphique6

(x2=6,294 ; ddl=2 ; p=0,043)
Source : Données de l’enquête, 2019

3. Discussion

3.1. Les profils des partenaires des femmes venues en CPN

Les caractéristiques sociodémographiques des partenaires interrogés montrent que la majorité des hommes interrogés est jeune et donc sexuellement active (Tableau n°1). En faisant le croisement entre l’âge et la participation des conjoints à la PTME (graphique n°1), nous constatons que dans l’échantillon, la participation des conjoints à la PTME augmente avec l’âge. Cependant, le test de khi-deux de Pearson montre qu’il n’existe aucune relation entre l’âge et la participation des hommes à la PTME. La variable « niveau d’instruction » quant à elle, nous a permis d’analyser l’influence de l’instruction sur la participation des conjoints à la PTME. Notons que le niveau d’instruction des conjoints est moyen (Tableau n°2). Cette   réalité a été relevée par E. Dolou (2013, p.60) où il dit que l’augmentation de la participation des conjoints à la PTME en fonction à l’âge est une relation fortuite puisque les tests statistiques n’établissaient aucun lien.
Le croisement entre les deux variables nous donne le graphique n°2. L’analyse de ce       graphique a permis de constater que dans l’échantillon, la participation des conjoints diminue lorsque le niveau d’étude augmente. Ceci peut s’expliquer par le fait que l’éducation a développé chez les hommes l’esprit d’analyse et l’esprit critique, si bien qu’ils mesurent les avantages et inconvénients avant de décider s’il faut participer ou non ; c’est ce que Max Weber appelle action rationnelle « en finalité », c’est-à-dire que l’individu évalue les avantages et inconvénients de son acte avant de décider s’il faut adopter ou ne pas adopter un comportement ; et pour Raymond Boudon, il s’agit de la rationalité cognitive ou « raisons        cognitives ». Ceci est corroboré par M. BÂ (2012, pp.20-21) qui relève que la plupart des refus du test de dépistage du VIH/sida sont venus de femmes d’un bon niveau d’instruction. Par contre le test de khi-deux donne une différence non significative, indiquant qu’il n’existe pas de lien entre les deux variables dans la population d’étude.
La variable « profession » pour sa part a permis de vérifier les différentes occupations des conjoints, afin de savoir si et leur temps libre leur permet-il d’accompagner leurs femmes en CPN. Ainsi, à travers le tableau n°3, on constate que la plupart des conjoints ont une profession, qui est peu favorable à leur participation à la PTME. En analysant le graphique n°4, on constate que dans l’échantillon, la participation des conjoints en CPN diminue du secteur formel au sans professions en passant par le secteur informel. Ce qui prouve que dans l’échantillon, la profession influence la participation des conjoints à la PTME.
Le test de khi-deux étant significatif, on en déduit que dans la population, l’activité professionnelle des conjoints les empêche d’accompagner leur femme en CPN. Ce qui s’explique par le fait que, les conjoints qui travaillent dans le secteur formel sont tenus à respecter les horaires de travail, et pour pouvoir accompagner leurs femmes il faut demander une permission qui est difficilement accordé le plus souvent ; ainsi, sachant que le temps d’attente est trop long (Tableau n°9), ils sont très peu motivés. Pour ceux du secteur informel où il y a plus de flexibilité en ce qui concerne le respect des heures de travail, ils éprouvent quand même plus de difficultés que ceux qui n’ont pas de profession.

3.2. Connaissance et participation à la PTME

Historiquement, les fondements structurels et conceptuels des programmes de PTME ont focalisé l’attention sur la femme et n’ont pas favorisé la construction d’une approche conjugale et/ou familiale de la PTME. En outre, les services de conseil, d’éducation ou de soutien en matière de PTME ont été définis pour s’assurer que les femmes aient suffisamment d’information pour prendre des décisions personnelles et utiliser chacune des interventions de PTME sans avoir besoin de l’accord de leur partenaire (J. Orne-Gliemann, 2009, p.119). Ceci dit, les hommes n’ont suffisamment d’information sur les services de conseil, d’éducation ou de soutien en matière de PTME
Dans cette étude que nous menons, même si la totalité de l’échantillon a une meilleure connaissance de la sérodifférence et des risques encourus par les hommes qui ne participent pas à la PTME, il ressort que les hommes non dépistés ignorent l’importance de faire le test de dépistage à la PTME (Tableau 6).
Les données du terrain nous montrent que le niveau de connaissance des enquêtés est élevé (Tableaux n°4, 5), et donc leur faible participation ne pas peut pas être imputé à l’insuffisance de connaissances. Ce qui montre que, avoir un bon niveau de connaissance sur la PTME et ses avantages ne suffit pas pour adhérer au dépistage. Certes, la majorité des enquêtés a été dépistée mais ce dépistage n’a pas été fait dans un Centre de consultation prénatale c’est-à-dire dans le cadre d’une PTME.
En effet, il semble que les efforts pour impliquer les hommes sont plus efficaces lorsque des informations sur le VIH et la PTME sont données directement aux hommes, en dehors du contexte spécifique des services de santé prénatale ou materno-infantile, que les hommes perçoivent souvent comme étant le royaume exclusif des femmes (N. Rutenberg, C. Baek, S. Kalibala, J. Rosen, 2003, p.115)
Lorsque nous faisons la corrélation entre la connaissance du risque encouru par les hommes qui n’adhèrent pas et la participation au dépistage (graphique n°4) le test de khi-deux significatif nous indique que la connaissance du risque encouru par les conjoints favorise la participation des conjoints à la PTME. Ceci est vrai d’autant plus que si les conjoints savaient tous qu’ils risquent de se faire contaminer s’ils n’adhèrent pas à la PTME, ils allaient         participer.  De la même manière, le croisement entre les variables « connaissance de la sérodifférence » et « participation à la PTME » donne à travers le test de khi-deux une différence significative (Graphique n°5). Ce qui veut dire que la méconnaissance de la sérodifférence peut conduire les hommes à penser que leur résultat serait identique à celui de leur partenaire et douter de la nécessité de se faire dépister. Ces résultats sont identiques à ceux d’E.J. Falnes et al., (2011, p.78).
Il nous est donné de constater que la connaissance n’influence pas nécessairement la participation à la PTME ; d’où la nécessité de scruter l’accueil réservé par les soignants et ses implications sur la PTME.

3.2. L’accueil et ses effets sur l’implication des hommes à la PTME

En matière de la santé en général et de la PTME en particulier, l’accueil est un élément fondamental dans la rétention des patients dans les formations sanitaires. Qui parle de l’accueil parle entre autres, du temps et du lieu d’attente, du dialogue entre soignant et soigné. La participation des hommes au dépistage est conditionnée par leur satisfaction vis-à-vis des trois éléments.
En se basant sur le tableau n°7, on voit que les conjoints sont insatisfaits du temps d’attente qu’ils estiment trop long. On peut constater que dans la population, la participation des conjoints diminue lorsque le temps d’attente s’allonge. Le tableau n°8 quant à lui indique que les enquêtés ne sont pas satisfaits de l’attitude du personnel soignant en l’occurrence les sages-femmes, puisqu’ils estiment que lorsqu’ils manifestent leur mécontentement par rapport au temps d’attente trop long (qui dure parfois des heures), ils sont victimes de maladresse de la part des sages-femmes. La corrélation entre les deux variables montre que dans l’échantillon, l’attitude du personnel soignant n’est pas favorable à leur participation à la PTME. Le test de khi-deux étant significatif, nous concluons que dans l’échantillon, la participation des hommes à la PTME augmente lorsque l’accueil réservé aux soignés est bon. Les mêmes résultats sont trouvés par (S. Theuring et al. 2000 et (M. Reece et al. 2010, p.82), qui déclarent que les membres du personnel soignant ont des attitudes négatives et que ces derniers manquent de courtoisie élémentaire.
Le tableau n°9 quant à lui, nous montre que on constate la majorité des enquêtés sont moins satisfaits du lieu d’attente et estiment qu’ils seraient mieux à l’aise s’il était prévu deux salles séparées à cet effet, dont l’une pour les femmes et l’autre pour les hommes. La corrélation entre le lieu d’attente et la participation nous indique que dans notre échantillon, le lieu d’attente influence le comportement des hommes face à la PTME. Le test de khi-deux étant aussi significatif, on en déduit que les hommes seraient plus à l’aise et plus motivés à participer s’ils étaient accueillis dans une salle séparée du lieu où sont accueillies leurs femmes. Au regard de ces différentes observations, nous pouvons conclure que l’hypothèse selon laquelle l’accueil réservé aux patients a un impact négatif sur leur participation à la PTME est confirmée dans notre recherche.
Un entretien avec le personnel soignant au sujet du temps d’attente révèle que le personnel soignant est conscient qu’il fait attendre trop longtemps les patients, mais ils estiment que ce n’est pas de leur volonté ; car chaque matin, tout le personnel de la maternité se réunit en présence du médecin chef de service pour la passation de service entre l’équipe de garde et celui du jour. Au cours de cette réunion, l’équipe de garde fait le rapport des activités réalisées en l’absence du médecin ou des surveillants de services afin de régler les incorrections pour l’amélioration de la qualité des prestations. De plus, le personnel soignant soulève le problème d’insuffisance du personnel qui fait que le peu qui est présent est débordé par le travail. Nous pensons donc que, même si ces actes ne sont pas justes aux yeux de l’opinion générale, ils peuvent être compris, car c’est pour la qualité des prestations. Les résultats auxquels nous somme parvenu s’apparentent à ceux des travaux réalisés par (E.Tadesse, 2004, p. 53) qui montrent que le personnel soignant était réticent à encourager la participation des hommes aux CPN. Par ailleurs, en plus des facteurs susmentionnés, n’est-il pas nécessaire de questionner la dimension psychosociale ? 

3.4. Impact psychosocial du dépistage

La totalité des conjoints non dépistés enquêtés (Tableau n°13) sont réticents au test de dépistage parce que si celui-ci était positif, leur femme retirera ou diminuera l’affection à leur égard. Nos résultats vont dans le même sens que K. L. Tousso (2014, p. 42) qui relève que les conjoints refusent de faire le test de dépistage du VIH afin d’éviter le divorce qu’un résultat positif engendrera. De même, O. Mafuta KimbayI (2018, p.27) précise que la venue de la PTME est perçue pour certaines bénéficiaires, comme déstabilisateur et séparateur des couples.
Concernant l’étiquetage du conjoint par sa femme d’avoir été infidèle, la majorité des partenaires ont avancé cette raison. Partant de leur femme, tout l’entourage parlera mal d’eux en cas de résultats positif est une allusion faite à cette stigmatisation et cette discrimination relevées chez les enquêtés de M. Kilimtetou (2010, p.57) pour être réticents au test de dépistage. Ces partenaires non dépistés préféreraient vivre ignorants de leur statut sérologique que de se savoir infectés donc de vivre avec le virus dans leur corps c’est-à-dire, vivre avec une maladie chronique. Ce résultat se rapproche aussi de celui des travaux d’A.Tousso (2003, p.46) qui montre que les raisons évoquées par ses enquêtés pour expliquer leur réticence au test de dépistage du VIH étaient entre autres, une conscience quasi permanente de la mort, les difficultés de vivre dans l’attente d’une mort prochaine, la peur de ne pas pouvoir vivre longtemps, l’inquiétude désormais suite à une maladie chronique.
Ce sentiment de stigmatisation et de discrimination a également été relevé par O. Mafuta Kimbayi (2018, p.30). Selon lui, les bénéficiaires disent et les prestataires rapportent que les dires, le comportement et l’attitude qu’affiche l’entourage pourraient constituer des obstacles dans le service de PTME, ce qui fait qu’elles fréquentent clandestinement ce service, avec risque de refus ou d’abandon. Certaines bénéficiaires perçoivent la PTME comme un isoloir (quarantaine), elles disent avoir la peur d'être rejetées (mises à l’écart) par la société et ne veulent pas partager leur expérience ou informer les autres de leurs statuts sérologiques. Elles fréquentent alors secrètement le service de PTME. M.M. De Paoli, R. Manongi, et K.I. Klepp, 2004, p.118), confirment nos résultats en soulignant que la peur du manque de soutien du partenaire et des réactions négatives au sein de la communauté sont également  apparues comme des contraintes récurrentes en Tanzanie.

Conclusion

La transmission du VIH/SIDA de la mère à l’enfant s’avère un problème tant médical, social que psychologique. Pour réduire les cas de contamination entre la mère et l’enfant, les pays du monde sous l’impulsion de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) ont instauré dans leurs systèmes de santé reproductive et infantile un programme de prévention de la transmission mère-enfant du VIH/SIDA. Dans cette optique, le Togo crée et augmente le nombre de centres de santé qui offrent les services PTME sur toute l’étendue du territoire. L’objectif primordial de ce programme consiste à amener les femmes enceintes et leurs conjoints à faire leur test de dépistage afin d’identifier les couples infectés pour une prise en charge précoce. Au départ focalisé sur la femme, le programme PTME a involontairement mis à l’écart les hommes.
En constatant que la prise de décision par les femmes au sujet de leurs grossesses et de leur santé était profondément influencée par leurs conjoints, les regards sont tournés vers les hommes. Malheureusement, ces derniers éprouvent des difficultés à adhérer efficacement au programme et de bénéficier de ses services malgré les avantages inhérents. Cette recherche a penché sur les dessous de la réticence des hommes au dépistage dans la PTME dans la commune Kozah 1 à Kara. Il ressort que de la faible participation des partenaires sexuels masculins à la PTME est un phénomène multifactoriel. Le manque de temps, la méconnaissance de l’importance de la PTM et de ses avantages, l’accueil dans les formations sanitaires, la peur d’une maladie chronique ainsi que la stigmatisation et discrimination de la part des conjointes et la société dans l’ensemble peuvent constituer des obstacles au dépistage du VIH/sida dans la PTME. 

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Pour citer cet article


Référence électronique
KANATI Lardja, TCHAGBELE Abasse et GAFO S��ibatou,Des hommes et le d��pistage du VIH/SIDA dans le programme de pr��vention de la transmission m��re-enfant dans la commune Kozah 1 au Togo les raisons de la r��ticence , Revue Espace, Territoires, Sociétés et Santé ," [En ligne] 2020, mis en ligne le 31 Decembre 2020, consulté le 2021-12-06 10:44:21, URL: https://retssa-ci.com/index.php?page=detail&k=125