Dynamiques, spatiales,territoriales et santé en milieu urbain
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Insalubrité et maladies infectieuses dans les quartiers précaires de Yopougon Gesco-attié : cas de Judé, Mondon et Ayakro (Abidjan, Côte d'Ivoire)
Insalubrity and infectious diseases in the precarious districts of Yopougon Gesco-attié: case of Judé, Mondon and Ayakro (Abidjan, Côte d'Ivoire)

COULIBALY Moussa
Assistant
Département de Géographie
Université Peleforo Gon Coulibaly, Korhogo, Côte d’Ivoire
coulibalymoussa0179@gmail.com

TUO Péga
Maître-Assistant
Institut de Géographie Tropicale(IGT), Université Félix Houphouët-Boigny
Abidjan, Côte d’Ivoire
pega12007@yahoo.fr

AKE-AWOMON Djaliah Florence
Attachée de recherche
Institut de Géographie tropicale
Université Félix Houphouët-Boigny, Abidjan, Côte d’Ivoire
florenceawomon@yahoo.fr


Résumés



Entrée d'Index


Mots clés: Yopougon | quartiers précaires | déchets ménagers | insalubrité | maladies infectieuses |

Keys words: Yopougon | precarious districts | domestic waste | insalubrity | infectious diseases |


Texte intégral




Introduction

L’accroissement de la population urbaine en Afrique est accompagné de multiples répercussions, notamment dans le domaine de la gestion de l’environnement. L’un des problèmes majeurs dans les villes des pays africains demeure la gestion des déchets ménagers. Cela reste comme un défi environnemental pour l’ensemble des pays en développement (R. E. Gbinlo, 2010, p. 3).
En Côte d’Ivoire, comme partout en Afrique, le poids de la population urbaine ne fait que croître. Cette croissance rapide s’accompagne d’une évolution des modes de consommation qui se traduit par une augmentation des volumes de déchets ménagers. À cela, il faut ajouter une kyrielle de problèmes auxquels les populations et les dirigeants sont confrontés. Il s’agit entre autres, de la faiblesse des services de base et des infrastructures les plus élémentaires telles que l’accès à l’eau potable et à un assainissement adéquat. La gestion des déchets ménagers est l’un des indicateurs d’appréciation de la qualité du cadre de vie des populations. Elle se pose comme un véritable problème, en raison de l’insalubrité grandissante du cadre de vie d’Abidjan, des différentes mobilisations citadines et des changements successifs des acteurs de gestion (Q. C. Yao-KouassI, 2010, p. 12).
La commune de Yopougon, située à l’Ouest dans la ville d’Abidjan est la plus peuplée du district avec 1 071 000 habitants (Institut National de la Statistique-Recensement Général de la Population de l’Habitat, 2014). C’est une commune qui connaît une croissance démographique et spatiale rapide du fait de ses possibilités d’accueil et d’extension. En effet, les migrations en direction de la ville d’Abidjan ont été accentuées avec la crise militaro-politique que la Côte d’Ivoire a connu de 2002 à 2011. De ce fait, il y’a eu la création de plusieurs quartiers précaires et l’extension de ceux qui existaient. Cette situation provoque ainsi, un nouveau défi de gestion de l’environnement urbain et des déchets ménagers en particulier (Q. C. Yao-Kouassi, 2010, p. 5). Les services publics sont devenus insuffisants et n’ont pu satisfaire les besoins d’une population devenue nombreuse. La population de la ville d’Abidjan est passée de 951 216 habitants en 1975 à 1 929 079 habitants en 1988. En 1998, elle était de 2 877 948 habitants et a atteint 4 395 243 d’habitants en 2014 (INS-RGPH, 1988, 1988, 2014). Cette situation engendre une dégradation de l’environnement à travers la pollution atmosphérique de plus en plus accrue, une prolifération des déchets domestiques avec leur corollaire de rats, de mouches et de moustiques, vecteurs de maladies. La non maitrise de la dynamique urbaine et de l’accroissement démographique a favorisé le développement d’un paysage urbain très atypique, dominé de plus en plus par les quartiers précaires à habitat non planifié comme les sous-quartiers Judé, Mondon et Ayakro dans le quartier Gesco-Attié au sein de la commune de Yopougon (Carte nº1).
Carte nº1 : Localisation de la zone d’étude

Dans ces sous-quartiers précaires étudiés, la situation est amplifiée par l’absence d’infrastructures adaptées liées à une urbanisation anarchique et mal maitrisée. La prolifération dans les rues des déversoirs d’eaux usées, des dépôts sauvages d’ordures ménagères, la stagnation des eaux, associée aux sources insalubres d’approvisionnement en eau renforcent la gravité de la situation sanitaire des populations vivant dans ces quartiers précaires.
L’analyse des différents facteurs caractérisant l’environnement sanitaire relève de nombreuses insuffisances dans le système de gestion de l’assainissement des quartiers précaires, exposant ainsi les populations aux maladies liées à l’assainissement telles que le paludisme et la diarrhée (K. Dongo et al., 2008, p. 2).
Au regard de l’insalubrité des sous-quartiers étudiés, quel est l’impact de cette situation sur la santé des populations ? Cet article vise à montrer l’impact de l’insalubrité sur la santé des populations. De façon spécifique, l’étude analyse les facteurs de l’insalubrité et la fréquence des maladies infectieuses dans les sous-quartiers Judé, Mondon et Ayakro de Yopougon Gesco-Attié à Abidjan.

1. Outils et méthode

Deux techniques de collecte de données ont été utilisées : la recherche documentaire et les enquêtes de terrain. Pendant la recherche documentaire, nous avons eu recours à des données démographiques et cartographiques qui sont provenus respectivement de l’Institut National de la Statistiques (INS) et du Bureau National d’Etudes Techniques et de Développement (BNETD). Pour les enquêtes de terrain, une observation, des entretiens et une enquête par questionnaire ont été faits. L’observation de terrain a permis d’apprécier l’état de l’environnement dans lequel les populations de ces quartiers vivent quotidiennement. Les entretiens auprès des responsables communautaires ont permis de comprendre le mode d’installation des populations, les problèmes environnementaux constatés et leurs conséquences sur la santé des populations ainsi que les tentatives de réponses.
Pour mener l’enquête auprès des chefs de ménages, un échantillon de 105 chefs de ménages a été retenu. Pour déterminer la taille de l’échantillon, la formule de Fisher (N= t2 x p. (1- p) / e2) a été utilisée. L’échantillon a été répartis de façon équitable dans les trois sous-quartiers. Le facteur discriminant pour le choix des chefs de ménages à enquêter, a été le critère de proximité des zones de stagnation des eaux usées et pluviales, des dépôts sauvages d’ordures ménagères, la présence de boues de vidange et le type d’habitation.
Nous avons aussi inscrit notre enquête auprès des ménages dans le contexte d’une enquête de type population exposée (ménages situés à moins de 20 mètres des lieux insalubres) et non exposée (ménages situés au-delà de 20 mètres des lieux insalubres). Les 20 mètres ont été déterminés en fonction du niveau d’exposition aux facteurs de risque (eaux usées stagnantes, ordures ménagères, ...). Il faut savoir que dans la zone d’étude, 103 ménages, soit 98,09% des ménages enquêtés vivent à moins de 20 mètres d’une zone insalubre (eaux usées ou dépôts d’ordures ménagères). La fréquence des cas de maladies liées à l’environnement dans chaque groupe a été calculée (pendant les 30 jours ayant précédé le jour de l’enquête). Ces différentes fréquences nous ont permis de calculer le Risque Relatif (RR) et le Risque Attribuable (RA). Pour juger l’incidence des maladies dans chaque groupe, on a utilisé un indice épidémiologique appelé « Risque Relatif » qui permet de mesurer l'incidence dans des groupes de sujets soumis à des expositions différentes (L. Foucan, 2012, p. 15). Le Risque Relatif est le rapport de l'incidence du groupe exposé sur celle du groupe non exposé. Quant au Risque Attribuable, il exprime la part que prend le risque étudié dans les cas de maladies à l’exclusion des autres facteurs. C’est un outil qui est plus utile pour les besoins de la santé publique, car il est le reflet de la mesure, généralement exprimée en pourcentage, dans laquelle le risque de survenue d’une maladie est diminué lorsque l’on élimine ou que l’on contrôle une exposition particulière (L. Foucan, 2012, p. 15).
Les informations recueillies à travers la recherche documentaire et les enquêtes sur le terrain, ont subi un dépouillement manuel et informatique. Le masque de saisie a été élaboré avec le logiciel sphinx 5 pour l’analyse des données quantitatives. Le volet cartographique a été fait à l’aide des logiciels Arc GIS et Adobe Illustrator.

2. Résultats

2.1. Une mauvaise gestion des eaux usées

Les trois sous quartiers étudiés sont confrontés à une difficile gestion des eaux usées et pluviales.
2.1.1. Une insuffisance des infrastructures ou équipements d’assainissement
Le graphique nº1 présente les modes d’évacuation des eaux usées de lessives et de vaisselles dans les ménages enquêtés.

Modes d’évacuation des eaux usées de lessives et vaisselles dans la zone d’étude

Les eaux usées de ménages (vaisselles et lessives) à Ayakro, Judé et à Mondon sont généralement déversées dans la rue ou dans la cour (74% de l’effectif). Les fosses septiques et les puits perdus sont utilisés par 15 chefs de ménages, soit 14% de l’échantillon pour l’évacuation des eaux usées de ménages. Les ravins ou les rigoles servent de lieux de rejets des eaux usées pour 10 chefs de ménages, soit 10% des ménages enquêtés. Seulement 2% des ménages visités éliminent les eaux usées dans les caniveaux à ciel ouvert.
Les rues et les cours constituent les lieux de rejets des eaux usées de lessives et de vaisselles pour 91,43% des chefs de ménages d’Ayakro, 23,65% des chefs de ménages de Mondon (Photo nº1) et pour 65,71% des enquêtés de Judé (Photo nº2). En plus des rues, 25,71% des ménages de Mondon utilisent les fosses septiques ou des puits perdus pour l’évacuation des eaux usées. A Judé, 9 des chefs de ménages enquêtés déversent les eaux usées dans les ravins.
Les modes de gestion des eaux usées issues des douches des chefs de ménages enquêtés sont présentés dans le tableau nº1.

L’analyse du tableau nº1 montre que 90 chefs de ménages, soit 85,71% des chefs de ménages enquêtés évacuent les eaux usées de douches dans des fosses septiques ou des puits perdus. Mais les observations sur le terrain ont permis de constater que la plupart des fosses septiques / puits perdus sont endommagés laissant couler les eaux usées dans les rues. Aussi, certains chefs de ménages ont relié directement leurs fosses septiques/puits perdus aux caniveaux à ciel ouvert ou aux ravins. Quand bien même cette situation peut être assimilée à une évacuation des eaux usées de toilettes dans les rues, seulement 7,62% des ménages reconnaissent laisser couler leurs eaux usées de douches dans les rues. Quant aux ménages ayant orienté leurs eaux usées dans les ravins, ils représentent 6,67% des enquêtés.
2.1.2. Les caractéristiques des lieux d’aisance
Les principaux types d’installations sanitaires utilisés par les ménages des quartiers étudiés sont consignés dans le tableau nº2.

Il ressort de l’analyse du tableau nº2 que les latrines sèches sont utilisées par 93 chefs de ménages enquêtés, soit 88,57% de l’ensemble de l’échantillon. Les ménages se servant des WC avec chasse d’eau comme lieux de défécation sont au nombre de 8, ils ne représentent que 7,62% des enquêtés (Photo nº3). Les ménages (2,86%) qui ne disposent pas de lieux d’aisance sont au nombre de trois et correspondent à 2,86% des ménages enquêtés. Seulement 0,95% des chefs de ménages, a recours aux édicules publiques. À Judé, la majorité des ménages (91,43%) utilise des latrines sèches tandis qu’à Mondon et à Ayakro, ces latrines sont utilisées avec respectivement par 85,71% et 88,57% des chefs de ménages enquêtés.
Photo nº3 : Un WC sans chasse d’eau au sous-quartier Judé
Un WC sans chasse d’eau au sous-quartier JudéCliché : Coulibaly, Octobre 2017
2.1.3. Les modes d’évacuation des eaux vannes
Les ménages disposant des lieux d’aisance évacuent les eaux vannes de plusieurs manières (Graphique nº 2).
Lieux d’évacuation des eaux vannes dans les sous-quartiers étudiésL’analyse du Graphique nº2 montre que 63 chefs de ménages, soit 60% des enquêtés évacuent les eaux vannes par le biais des puits perdus. Les fosses septiques sont utilisées par 25 ménages, ce qui donne 23,81% de l’échantillon. Les puisards et les ravins constituent les lieux de rejet des eaux vannes pour respectivement 12,38% et 3,81% des ménages enquêtés.
2.1.4. Les modes de vidange des fosses septiques/puits perdus
Le graphique nº3 présente les pratiques de vidange des fosses septiques/ puits perdus dans les quartiers étudiés.
L’analyse du graphique nº3 montre que les entreprises de vidange sont les plus sollicitées par les ménages (70,48%) pour la vidange des fosses. Mais le constat dans les quartiers étudiés montre un écoulement des eaux usées provenant des fosses dans les rues même si seulement 4,76%l’ont souligné (Photo nº4). Les ménages qui ont des fosses pas encore remplies sont au nombre de 13, soit 12,38% de l’ensemble. Les services des puisatiers manuels sont loués par 10 chefs de ménages, ce qui correspond à 9,52%.
Photo nº4 : Le contenu d’une fosse ruisselant dans la rue au quartier Ayakro
Le contenu d’une fosse ruisselant dans la rue au quartier AyakroCliché : Tuo, Octobre 2017
2.1.5. Insuffisance et manque d’entretien des ouvrages de drainage
En plus de la mauvaise évacuation des eaux usées domestiques, les sous-quartiers étudiés sont confrontés à une insuffisance et au manque d’entretien des ouvrages de drainage des eaux pluviales. Aussi, les populations ne font pas une distinction entre le réseau d’évacuation des eaux usées domestiques et celui destiné au drainage des eaux pluviales. En effet, certains chefs de ménages ont directement relié leurs douches ou fosses septiques aux caniveaux à ciel ouvert. En plus, les populations jettent les ordures ménagères dans les caniveaux à ciel ouvert contribuant ainsi à leur obstruction comme le montrent les photos nº 5 et nº6.

2.2. Une gestion difficile des ordures ménagères

2.2.1. Divers modes de conditionnement des ordures ménagères dans les ménages
Les ordures ménagères, avant d’être évacuées au lieu de groupage, sont d’abord conservées par les ménages dans la cour ou devant la cour. Le graphique nº4 présente les modes de conditionnement des déchets à domicile.
Les données de la figure nº4 montrent que pour la conservation des ordures ménagères à domicile, 39% des chefs de ménages enquêtés ont recours à des sacs vides. Les seaux (31%) et sachets (18%) servent également à de récipients de stockage des déchets ménagers. Les ménages qui conservent les ordures ménagères dans les demi-fûts plastiques sont au nombre de 6, ce qui correspond à 6% des chefs de ménages enquêtés.
2.2.2. Modes d’évacuation des ordures dans les quartiers
Les différents modes d’évacuation des ordures ménagères produites dans les ménages enquêtés sont perçus à travers le graphique nº5.
Dans les trois sous-quartiers précaires de Yopougon Gesco-Attié étudiés, 46 chefs de ménages, soit 43,81% de l’échantillon louent essentiellement le service des pré-collecteurs informels. Le centre de groupage sauvage est utilisé par 32,38% des chefs de ménages. Pour les 17,14% des chefs de ménages, la collecte municipale constitue le mode d’évacuation des ordures ménagères. Les broussailles (2,86%), les rues (2,86%) et les caniveaux (0,95%) sont les lieux de rejets des ordures ménagères.
Au sous-quartier Judé, le centre de groupage sauvage d’ordures ménagères (71,43%) constitue le principal lieu d’évacuation des ordures ménagères. Dans le sous-quartier Mondon, les ménages ont recours aux pré-collecteurs informels (51,43%) et à la collecte municipale (40%) pour l’élimination des déchets ménagers tandis que les pré-collecteurs informels sont les plus sollicités (71,43%) pour l’évacuation des ordures ménagères à Ayakro.

2.3. Distance entre les ménages et les facteurs d’insalubrité

2.3.1. Une cohabitation entre les populations et les ordures ménagères
La localisation des sites de dépôts d’ordures par rapport aux lieux d’habitation a été appréciée à travers les mesures de distance présentées dans le tableau nº3.
Sur les 105 ménages enquêtés, 69 ménages soit 65,71% de l’ensemble vivent à plus de 20 mètres des ordures ménagères. Les dépôts d’ordures sont à moins de 5 mètres de 13 ménages. Les ménages situés à une distance comprise entre 6 et 10 mètres et 11 et 20 mètres sont respectivement au nombre de 12 et 11, ce qui correspond à 11,43% et 10,48% des ménages.
2.3.2. Une contigüité entre les populations et les eaux usées stagnantes
Le graphique nº6 analyse la distance entre les chefs de ménages enquêtés et les points de stagnation des eaux usées.

L’analyse du graphique nº6 montre que 51 chefs de ménages, soit (48,57% de l’échantillon vivent à moins de 5 mètres des eaux usées. À Judé, les ménages vivant à moins de 5 mètres des eaux usées sont 9, ce qui donne 25,71% des enquêtés. À Mondon, les ménages vivant à une distance comprise entre 0 et 10 mètres sont au nombre de 17 ménages, soit 48,57%. À Ayakro, plus de 91,43% des chefs de ménages résident à moins de 5 mètres des eaux usées issues des douches, des vaisselles, des lessives et des fosses septiques. Confrontées au problème crucial de gestion des eaux usées et des ordures ménagères dans leur cadre de vie, les populations de Judé, Mondon et d’Ayakro évoquent des problèmes de santé.

2.4. Les principales maladies rencontrées à Judé, Mondon et à Ayakro

2.4.1. Les maladies déclarées par les ménages
Les différentes maladies déclarées par les ménages sont mises en évidence par le graphique nº7.Le paludisme est la principale maladie déclarée par les chefs de ménages enquêtés. Il représente 65,71% des cas de maladies. Il est suivi par la diarrhée (16,19%), des Infections Respiratoires Aigües (IRA) (8,57%), la fièvre typhoïde (7,62%) et les dermatoses (6%). A Ayakro le paludisme représente 80% des pathologies dont souffrent les populations contre 60% et 57,14% à Judé et à Mondon. Les ménages enquêtés à Ayakro ont enregistré 8 cas de diarrhée, ce qui donne 22,86% des cas déclarés.
2.4.1. Les populations les plus touchées par les maladies déclarées
Les résultats de notre étude montrent que le problème de santé est modulé en fonction de l’âge (Tableau nº4).
L’analyse du tableau nº4 montre que les enfants de moins de 5 ans sont les plus touchés (45,27%) par les maladies environnementales dans notre zone d’étude. Après cette frange de la population, viennent les hommes âgés de plus de 15 ans et les enfants dont l’âge est compris entre 5 et 14 ans avec des taux respectifs de 28,47% et 26,28%.
2.5. La proximité déchets ménagers : un facteur de risque de transmission des maladies environnementales
2.5.1. L’influence de la proximité des déchets liquides sur la santé des populations
La stagnation des eaux usées auprès des habitations est propice au développement des germes de maladies. Les conséquences de ces points d’eaux usées sur la santé sont mises en relief à travers le tableau nº5.
A partir des données consignées dans le tableau nº5, sur les 105 ménages enquêtés, 74 ménages, soit 70,48% des ménages ont enregistré au moins un cas de maladies environnementales durant les 30 jours ayant précédé le jour de l’enquête. Les ménages qui n’ont pas eu de cas de maladies sur la période sont au nombre de 31, ce qui donne 29,52% de l’ensemble. A Judé, 87,5% des ménages situés à moins de 20 mètres des eaux usées ont noté des cas de maladies contre 36,87% pour les ménages situés à plus de 20 mètres. A Mondon, on constate plus de cas de maladies (84,21%) dans les ménages vivant à moins de 20 mètres des réservoirs d’eaux usées. En ce qui concerne le sous quartier Ayakro, 96,33% des ménages vivant à proximité des eaux usées ont relevé des cas de maladies par rapport à 33,33% de ceux vivant à plus de 20 mètres des déchets liquides. Les fréquences des cas de maladies dans chaque groupe ont permis de calculer le risque relatif et le risque attribuable (Tableau nº6).

Le RR calculé de Judé, Mondon et Ayakro est supérieur à 1 (association positive). Les ménages qui vivent à moins de 20 mètres des points d’eaux usées ont une probabilité respective de 2,25, 2,71 et 2,94 fois plus élevée d’enregistrer des cas de maladies que ceux situé à plus de 20 mètres des points de stagnation des eaux usées et pluviales.
Il ressort que 64% des pathologies dont souffrent les populations qui vivent à moins de 20 mètres des eaux usées à Ayakro sont attribuées à la proximité des eaux stagnantes. A Mondon, 53% des cas de maladies et à Judé, 50% des cas de pathologies seraient attribuées à la cohabitation avec les eaux usées et pluviales (Photos nº7 et nº8).
2.5.2. Les conséquences de la proximité des déchets solides sur la santé des populations
Le tableau nº7 met en relation l’état de santé des populations et la présence de déchets auprès des habitations dans les trois sous quartiers étudiés.
L’analyse du tableau nº7 montre qu’à Judé, sur les 22 ménages enquêtés vivant à moins de 20 mètres des ordures ménagères 86,36% ont eu des cas de maladies contre 13,64% n’ayant pas enregistré de cas de maladies. Dans le groupe résidant à plus de 20 mètres, on a relevé 30,77% de cas de maladies. Les ménages situés à moins de 20 mètres des déchets solides à Mondon ont noté 75% des cas de maladies contre 40,74% des cas dans le groupe situé à plus de 20 mètres. A Ayakro, tous les ménages situés à moins de 20 mètres ont eu des cas de maladies environnementales (100%). Ceux vivant à plus de 20 mètres des ordures (96,55%) ont déclaré des cas de maladies.
Ces résultats ont permis de calculer la fréquence des cas de maladies dans chaque groupe des ménages (situés à moins de 20 mètres et à plus de 20 mètres), le risque relatif et le risque attribuable à la prolifération des ordures ménagères (Tableau nº8).
Le RR calculé de Judé, Mondon et Ayakro est supérieur à 1 (association positive). Les ménages qui vivent à moins de 20 mètres des dépôts sauvages d’ordures ménagères ont une fréquence respective de 2,77 ; 1,83 et 1,03 fois plus élevée de maladies que ceux situé à plus de 20 mètres des dépotoirs d’ordures ménagères. L’étude révèle que 55% des pathologies dont souffrent les populations qui vivent à moins de 20 mètres des ordures ménagères à Judé sont attribuées à la proximité des points de groupages sauvages des ordures ménagères. A Mondon, 34% des cas de maladies et à Judé, seulement 3% des cas de pathologies seraient attribuées à la cohabitation avec les ordures ménagères.

3. Discussion

Dans notre zone d’étude, les eaux usées issues des douches sont essentiellement évacuées dans des puits perdus ou fosses septiques (85,71%). Les rues sont également utilisées par 7,62% des ménages comme lieu d’élimination des eaux usées de douche. Dans le premier mode de gestion, les propriétaires des habitations ont prévu les moyens d’évacuation des eaux usées dans les plans de construction. Dans le second cas, compte tenu de la précarité de la zone, les propriétaires des cours ne jugent pas bon la réalisation des puits perdus ou fosses septiques. Ces résultats sont similaires à ceux obtenus par O. B. Eviar et al., (2013, p. 134) à Abobo dans la ville d’Abidjan. Leur enquête a révélé que 42% des ménages raccordent leurs douches directement à un puits perdu, 32% les raccordent à des fosses septiques et 20% des ménages rejettent les eaux usées de douche dans les rues. En ce qui concerne les eaux usées de ménages (lessives et vaisselles), elles sont principalement déversées dans les rues (74%). Cette pratique est due au manque d’ouvrages d’assainissement individuel, ce qui amène les ménages à utiliser la rue comme le lieu d’évacuation des eaux usées.
Pour les types d’installation sanitaire dans les sous-quartiers étudiés, il faut savoir que les WC sans chasse d’eau (48,57%) et les latrines sèches (40%) sont les plus utilisés par les ménages. Ce qui pourrait s’expliquer par le difficile accès à l’eau potable dans ces sous-quartiers. Ces résultats diffèrent de ceux obtenus par M. Coulibaly en 2016, p. 88 à Daloa. Pour lui, sur l’ensemble des ménages enquêtés, 282 ménages correspondant à 42,2% défèquent dans des latrines aménagées et 206 ménages, soit 31,1%, ont recours aux WC avec chasse d’eau ou sans chasse d’eau. Hormis les autres types de quartiers, c’est l’évacuation des excréta par les latrines traditionnelles non aménagées qui domine à 48,6% dans les quartiers précaires.
Dans les quartiers précaires Judé, Mondon et Ayakro de Yopougon Gesco-Attié à Abidjan, plusieurs acteurs interviennent dans la vidange des fosses. Dans ces trois sous-quartiers, 70,48% des chefs de ménages ont recours aux entreprises de vidange tandis que 9,52% louent le service des puisatiers manuels. Les ménages ont plus recours aux sociétés de vidange pour éviter les conflits avec le voisinage car les puisatiers manuels dans leur procédé déversent le contenu des fosses dans un trou creusé à cet effet. La vidange manuelle expose les populations à des nuisances telles que les odeurs, les mouches car une quantité importante de boues est enfouie in situ. Ce qui pourrait entraîne par infiltration la pollution de la nappe d’eau souterraine. Contrairement à ces résultats, O. B. Eviar et al. (2013, p. 136) montrent qu’à Abobo, 64% des chefs de ménage font appel aux puisatiers contre 26% qui s’adressent aux entreprises de vidange.
En plus de la difficile gestion des eaux usées, les ménages de la zone d’étude sont confrontés aux problèmes d’évacuation des ordures ménagères. Les ordures ménagères, avant d’être évacuées sont conservées par le ménage. Les résultats de notre étude montrent que à l’échelle des sous-quartiers étudiés, les déchets solides ménagers domestiques sont conditionnés dans toutes sortes de récipients usagés (fût, seau, sac, etc.) généralement sans couvercle ou à défaut sont entreposés sur le sol. Les sacs constituent le principal récipient utilisé pour recueillir les déchets ménagers par 41,8% des ménages visités. Les seaux (31%) et les sachets (18%) servent également de matériels de conservation de déchets solides dans les ménages. Les chefs de ménage expliquent l’utilisation des sacs et des vieux matériels par le fait que ces matériels ne sont pas volés lorsqu’ils sont déposés dehors. En outre, le manque de moyens financiers constitue un frein à l’achat et à l’utilisation des sacs poubelles. En plus du vol, ce sont des récipients qui sont réutilisables. À Anyama, le mode de conditionnement le plus élevé est l’utilisation des vieux seaux par 263 chefs de ménages soit 70,70%. Les sacs sont utilisés comme des poubelles par 17,47% des ménages (D. Traoré, 2017, p. 100). Les résultats de Traoré sont similaires à ceux obtenus par P. Tuo et al. (2016, p. 204) à Daloa. Pour eux, les seaux constituent les principaux récipients utilisés pour recueillir les déchets ménagers dans 277 ménages, soit 41,8% des ménages visités. Les ordures ménagères une fois conditionnées dans les ménages sont évacuées de plusieurs manières. Les pré-collecteurs informels sont employés par 43,81% des chefs de ménages pour l’évacuation des déchets ménagers solides. Dans la zone d’étude, 32,38% des chefs de ménages enquêtés ont recours au centre de groupage sauvage. Ceux qui profitent de la collecte municipale représentent 17,14% de l’ensemble. Les ménages préfèrent les pré-collecteurs informels parce que ce système est régulier et permet d’éviter la conservation des ordures ménagères pendant longtemps dans les habitations. Ceux qui ont recours au centre de groupage sauvage de Judé ou du marché évoquent la cherté des pré-collecteurs et le passage irrégulier des camions de collecte de la mairie. A Gonzagueville, les populations (81,75%) ont recours aux bacs à ordures déposés par la mairie pour l’évacuation des ordures ménagères (M. Coulibaly, 2017, p. 113). Ce qui est différent à Anyama où les dépôts sauvages sont créés par 39,78% des chefs de ménages. Ce comportement traduit l’incivisme des populations, mais aussi à la non-prise en compte de certains quartiers dans le système de gestion des déchets par les pouvoirs publics (D. Traore, 2017, p. 102). Ce qui entraîne la prolifération des déchets ménagers à travers les quartiers comme c’est le cas de notre zone d’étude où des ménages vivent à proximité des déchets.
La prolifération des dépôts d’ordures ménagères, l’envahissement des quartiers par les eaux usées, les pollutions provoquées par l’incinération des ordures ménagères, contribuent énormément à la dégradation de l’environnement et causent de nombreux risques sanitaires à la population. Le paludisme (71%), la diarrhée (14%), la fièvre typhoïde (7%) et les dermatoses (6%) constituent les principales maladies déclarées par les ménages de Judé, Mondon et Ayakro. On peut expliquer ces résultats par la cohabitation des ménages avec les eaux usées et les ordures ménagères. Ces résultats sont similaires à ceux obtenus par P. Tuo et al., 2016, p. 209 à Daloa où le paludisme (64,08%), les infections respiratoires aigües (19,9%) et la diarrhée (6,96%) étaient les principales maladies environnementales enregistrés dans les centres de santé de la ville. Les enfants de moins de 5 ans (45,27%) paient le plus lourd tribut.
Pour montrer qu’il y a des risques sanitaires liés à l’insalubrité dans les sous-quartiers d’Ayakro, Judé et Mondon, nous avons enquêté auprès des ménages exposés et non exposés aux eaux usées et ordures ménagères. Les principaux résultats ont montré que pour les ménages vivant à proximité des points d’eaux usées et les ordures ménagères ont une probabilité plus élevée d’enregistrer des cas de maladies que ceux situés loin des points d’insalubrité. Dans la zone d’étude, les ménages qui vivent à moins de 20 mètres des points de rejets des eaux usées et des dépôts d’ordures sont les plus vulnérables aux maladies telles que le paludisme, la diarrhée... Cela signifie que la présence du facteur entraîne une augmentation de la probabilité d'apparition de la maladie. Le risque de la survenue d’une maladie est plus élevé chez les populations vivant à moins de 20 mètres (sujets exposés) que celles vivant à plus de 20 mètres (sujets non exposés). Le facteur étudié qui est la proximité de l’insalubrité est un facteur de risque.
L’hygiène environnementale des ménages enquêtés joue un rôle prépondérant dans la vulnérabilité de ces ménages aux maladies environnementales. La stagnation d’eaux grises auprès des habitats, dans les cours, les rues et les caniveaux à ciel ouvert est propice au développement des germes de maladies. Les ordures ménagères à proximité des habitations et les eaux de ruissellement et eaux usées domestiques (bain, lessive, vaisselle et vannes) qui stagnent dans les rues des quartiers par manque d’infrastructures d’assainissement tels les caniveaux et les fosses septiques constituent des lieux de vie des moustiques et autres agents pathogènes responsables des maladies telles que le paludisme, les maladies diarrhéiques, la fièvre typhoïde, etc. Ngwe et al. (2007, p. 3) montrent que l’insalubrité du milieu de vie (environnement) entraîne, entre autres conséquences, la prolifération bactérienne et microbienne, celle des vecteurs de germes, la pollution de l’air et la contamination des cours d’eau, des puits et même de la nappe phréatique. Vu leur vulnérabilité, les enfants sont fortement exposés aux risque de contamination de diarrhées. Le calcul des indices épidémiologiques (Risque Relatif et Risque Attribuable) nous a permis de mesurer l’incidence des ménages exposés ou non à l’insalubrité.

Conclusion

Les sous-quartiers Judé, Mondon et Ayakro dans la commune de Yopougon et plus précisément à Gesco-Attié sont confrontés à un problème crucial d’insalubrité. Cette situation expose les habitants à des nuisances qui portent atteintes à leur état de santé. Les problèmes de santé qui résultent de la stagnation des eaux usées dans les rues ou espaces publics et la cohabitation des populations avec les dépôts d’ordures ménagères créent un système pathogène favorable aux maladies comme le paludisme, les maladies diarrhéiques, les infections respiratoires aiguës, les dermatoses et la fièvre typhoïde. L’homme dans son milieu de vie rencontre plusieurs maladies qui sont dues soit à sa condition de vie ou soit à son cadre de vie. Cette étude a permis d’établir une relation entre l’insalubrité et les maladies infectieuses dont souffrent les populations de Judé, Mondon et Ayakro. Dans la zone d’étude, les ménages situés à moins de 20 mètres des points de stagnation des eaux usées et des dépôts d’ordures sont les plus vulnérables au paludisme, à la diarrhée, à la fièvre typhoïde et aux dermatoses. Dans cette perspective, des études similaires dans le même contexte s’imposent sur d’autres quartiers afin de confirmer les tendances observées dans les sites étudiés.

 

Références bibliographiques

COULIBALY Mamoutou., 2017, Dégradation de l’environnement et santé à Port-Bouët, Thèse de doctorat unique, Géographie, Université Félix Houphouët-Boigny, 285 p.
COULIBALY Moussa., 2016, Dégradation de l’environnement et santé à Daloa, Thèse de doctorat unique, Géographie, Université Félix Houphouët-Boigny, 348 p.
DONGO Kouassi, KOFFI KOUAME Fernand., KONE Brama., 2008, « Analyse de la situation de l’environnement sanitaire des quartiers défavorisés dans le tissu urbain de Yopougon à Abidjan, Côte d’Ivoire », Vertigo, [En ligne], Vol 8, Numéro 3, https://journals.openedition.org/vertigo/6252, DOI : 10.4000/vertigo.6252.
EVIAR Ohomon. Bernard., ATTA Koffi., GBOGBE Téré., 2013, « Stratégies de gestion des cadres et conditions de vies des populations à Abobo », Europeen scientific Journal, Vol 9, Nº29, p.128-143.
FOUCAN Lydia., 2012, Méthodologie des études épidémiologiques, 22 p.
GBINLO Roch. Edgard., 2010, Organisation et financement de la gestion des déchets ménagers dans les villes de l'Afrique Subsaharienne : le cas de la ville de Cotonou au Benin, Thèse de doctorat en sciences économiques, Ecole doctorale sciences de l’homme et de la société, Université d’Orléans, 238 p.
NGWE Emmanuel., BANZA-NSUNGU Antoine., 2007, Les déterminants sociaux environnementaux de la morbidité diarrhéique des enfants de moins de 5 ans en milieu urbain au Cameroun : les villes d’EBOLOWA et MAROUA, Rapport de Synthèse, 17 p.
TRAORE Drissa, 2017, Déchets ménagers et santé de la population en milieu urbain à Anyama, District d’Abidjan, Thèse de doctorat unique, Géographie, Université Félix Houphouët-Boigny, 252 p.
TUO Péga., COULIBALY Moussa., AKA DJALIA Florence., TAMBOURA Awa Timité., ANOH Kouassi. Paul., (2016), « Ordures ménagères, eaux usées et santé de la population dans la ville de Daloa (Centre-Ouest de la Côte d’Ivoire) », Regardsuds, Institut de Géographie Tropicale, Université Félix Houphouët-Boigny, Second numéro de 2016, p.192-213.
YAO-KOUASSI Quonan. Christian., 2010, A la recherche d’une synergie pour la gestion des déchets ménagers en Côte d’Ivoire : Cas du district d’Abidjan, Thèse de doctorat en Géographie, Université de Maine, France, 305 p.


Pour citer cet article


Référence électronique
COULIBALY Moussa, TUO Péga et AKE-AWOMON Djaliah Florence ,Insalubrité et maladies infectieuses dans les quartiers précaires de Yopougon Gesco-attié : cas de Judé, Mondon et Ayakro (Abidjan, Côte d'Ivoire) , Revue Espace Territoire Population et Santé ," [En ligne] 2018, mis en ligne le 08 Juillet 2018, consulté le 2019-06-25 04:51:03, URL: https://www.retssa-ci.com/index.php?page=detail&k=18







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