2021/Vol.4-N°7: Mutations environnementales et risques sanitaires en Afrique
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ETUDE DE LA VULNERABILITE SANITAIRE LIE A L’EAU DANS LES QUARTIERS PRECAIRES DE LA VILLE D’ABECHE AU TCHAD : LE CAS DES QUARTIERS TARADONA, AGAD-MAHAMIT ET SALAMAT
STUDY OF THE HEALTH VULNERABILITY LINKED TO WATER IN PRECARIOUS NEIGHBORHOODS IN THE CITY OF ABÉCHÉ IN CHAD: THE CASE OF TARADONA, AGAD-MAHAMIT AND SALAMAT NEIGHBORHOODS

DOMBOR DJIKOLOUM Dingao
Doctorant en Géographie,
Département de Géographie
Ecole Normale Supérieure d’Abéché (Tchad)
saintaime@yahoo.fr

TIDJANI Assouni
Assistant
Ecole Normale Supérieure
Abéché
tidjani1assouni@gmail.com

ADIMATCHO Aloua
Assistant
Ecole Normale Supérieure
Abéché
adimatchoaloua@yahoo.com


Résumés



Entrée d'Index


Mots clés: Vulnérabilité | Risque | facteur | Eau | quartiers précaires | Abéché | Tchad |

Keys words: Vulnerability | Risk | factor | Water | precarious districts | Abéché | Chad |


Texte intégral




Introduction

Les villes des pays pauvres   se développent sur des cadres physiques dont le niveau d’organisation détermine les conditions de vie avec un impact sur les habitants. L’eau est essentielle à la vie et à la santé. Dans la plupart des cas, les principaux problèmes de santé sont causés par une mauvaise hygiène due à l’insuffisance d’eau et à la consommation d’eau contaminée.
Au Tchad, selon l’EDST II (Enquête Démographiques et de Santé du Tchad 2) (2004, p.12), 50,4% de la population vivant en ville utilise un puit traditionnel protégé ou non, comme source principale d’approvisionnement en eau. Moins du tiers de la population (31,3%) a accès à l’eau potable dont 11,2% utilisent l’eau de robinet et 20,1% l’eau des fontaines publiques. 11,1% de la population s’approvisionne en eau de surface (fleuve, rivière et mare). Le manque d’eau potable dans certaines régions du pays constitue d’une part un sérieux problème de santé et d’autre part favorise l’apparition de certaines maladies telles que le choléra, la fièvre typhoïde, etc.. Selon l’EIMT (Etude d’Impact sur le Marché du Travail) (2000, p. 14), la grande partie (71,3%) de la population ne dispose pas de toilettes. Seulement 24,6% de la population possèdent un système d’évacuation adéquat des excréments dont 0,2% avec une latrines moderne. Cette situation contribue au développement de nombreuses maladies telles que la diarrhée, les verminoses et la poliomyélite. Selon l’EDST II, (2004, p19), la population utilisant les latrines améliorées représente 0,1% (88,1% dans la nature ; 11,1% latrines traditionnelles) en milieu rural et 17,1% en milieu urbain/péri urbain (5,7% pour les chasses d’eau et 11,4% latrines améliorées). La faiblesse des services de santé de base provient d’une part de l’insuffisance des structures mises en place et d’autre part, de la mauvaise qualité de l’eau de boisson et de l’absence des systèmes d’assainissement individuels et collectifs. Les épidémies répétées du choléra, les maladies diarrhéiques, la fièvre typhoïde, les gales, les trachomes etc. sont les conséquences de la mauvaise qualité de l’eau et de l’absence de ces systèmes d’assainissement.
L’évacuation des ordures ménagères est un épineux problème. La situation actuelle se caractérise par l’absence d’ouvrages d’élimination de celles-ci. La prolifération des immondices en saison de pluie dégagent des odeurs nauséabondes et deviennent des lieux de propagation des maladies à origine gastro intestinales (L. B. Tchuikoua, 2010, p.158). L’évacuation des eaux usées et pluviales pose également d’énormes problèmes et expose les populations aux épidémies. Ces conditions précaires d’hygiène constituent un facteur de risque important de morbidité et de mortalité. Les résultats sont confirmés par l’EDST I et II dont les données montrent que 40 à 50% de la population urbaine consomme de l’eau de mauvaise qualité. En milieu rural 25 à 30% ont accès à l’eau potable. Il n’y a pas de différence dans la prévalence de la diarrhée chez les enfants des ménages qui consomment l’eau provenant des marigots et celles des enfants qui utilisent l’eau de robinet (22% contre 23%). Le secteur de l’assainissement en milieu rural est quasi inexistant
La vulnérabilité de la ville d’Abéché s’est progressivement faite à l’aide de son attractivité. Après la crise politico-militaire du Darfour et la création des centres Universitaires, elle devient de plus en plus un pôle attractif qui favorise l’exode rural massif sur le plan national et international. Elle est une ville cosmopolite densément peuplée. Elle va connaitre une croissance rapide de la population. Ceci va engendrer des changements de la situation de ville d’Abéché, une hausse du taux de chômage est à noter. Cette croissance favorise une anthropisation des zones écologiquement fragiles tel que les bas-fonds, les berges et lits des cours d’eau. Ces modes d’occupation vont occasionner le problème d’approvisionnement en eau. Or l’eau constitue un élément essentiel dans la vie de l’homme. Les besoins en eau s’accroissent en même temps que la population augmente. Elle est une ressource aussi précieuse que vitale. Les hommes doivent en disposer en qualité et en quantité suffisante. Malgré l’importance de l’eau et les efforts de l’Etat Tchadien, son usage n’est pas toujours sans danger. La qualité de l’eau de boisson est un problème de santé universelle. L’eau est essentielle pour la vie, mais elle peut transmettre aussi des maladies. En effet, l’eau, sous ces différentes formes (nappes, fleuves, lacs), est exposée à divers types de pollution pouvant dégrader considérablement sa qualité. Ainsi, elle devient également source de maladies. S’il est donc nécessaire d’avoir de l’eau en quantité suffisante, il est aussi souhaitable que cette eau soit saine et pure. Elle peut agir sur la santé de l’homme par sa présence et sa consommation. Les substances qu’elle transporte sont en effet susceptibles d‘être ingérées, inhalées, ou d’entrer en contact avec la peau. L’utilisation d’une eau souillée entraîne plusieurs maladies comme le choléra, la diarrhée, les affections gastro-entérites (OMS, 2013, p.21). L’objectif de cette étude est donc d’analyser la vulnérabilité sanitaire lié à l’eau à travers les facteurs d’insuffisance, de pollution et l’endommagement que cela implique. Elle se voudrait une contribution à la connaissance des risques environnementaux pour évaluer l’impact de la relation homme- milieu.

1. Matériels et méthodes

1.1. Localisation des quartiers Taradona, Agad-Mahamit et Salamat dans la ville d’Abéché

La ville d’Abéché est située dans le massif du Ouaddaï entre le 13°45’0’’ et le 14°0’0’’ de latitude Nord, et entre 20°40’0’’ et le 21°0’0’’ de longitude Est. Elle est la plus grande ville de l’est du Tchad, avec une superficie de 3600 hectares et environ 200 000 habitants. Sur le plan physique, son sol est rocheux et halomorphe avec une croûte de socle granitique à la base. Son climat ambiant est de type sahélien influencé par le déplacement du front intertropical. Les moyennes pluviométriques et thermiques sont respectivement évaluées à 500 mm/an et 36,5 °C.  La ville compte aujourd’hui une population estimée à plus de 200 000 habitants, d’après le recensement pour les élections communales de 2012. Elle est subdivisée en six (6) Arrondissements.
Les quartiers Taradona, Agad-Mahamit et Salamat sont situés dans le deuxième Arrondissement vers le centre d’Abéché (Carte n°1). Ils couvrent une superficie de 63,67 ha avec une population de 28531 habitants. Ils font partie des anciens quartiers de la ville.
Carte n°1 : Localisation de la zone d’étudeDombor
Source : Image google, SRTM et carte Administrative de la ville d’Abéché 2020

 1.2. Collecte de données

La méthodologie adoptée est multidisciplinaire et participative. Elle est orientée vers une analyse systémique et les méthodes a posteriori. Cette démarche intégrative présente de multiples avantages : Elle est explicite, et permet de représenter, de formaliser, la présence d’interactions entre les facteurs préexistant aux matérialisations spatiales du risque que représentent les diverses formes d’endommagement (Pigeon, 2002, p.466). C’est une démarche qui instaure une mono-causalité nécessaire et suffisante des facteurs. La démarche de recherche a été déclinée en plusieurs phases dont chacune mobilise des méthodes de collecte propres et implique divers acteurs.    
Les données utilisées dans cette étude proviennent d’une enquête focalisée sur les principaux problèmes de santé des habitants, la prévalence d’un certain nombre de maladies et les facteurs environnementaux permettant d’appréhender la vulnérabilité aux risques sanitaires des populations des quartiers précaires. Les informations recueillies auprès des ménages ont été ensuite complétées ou confrontées avec d’autres données provenant des Rapports Mensuels d’Activités (RMA) du Centre de Santé (CS) de Salamat. Au total 223 ménages ont été enquêtés : 86 à Taradona, 73 à Agat-Mahamit et 64 à Salamat.
L’enquête a été réalisée entre mars et septembre 2020. La méthode d’enquête est l’échantillonnage aléatoire simple. Les premiers ménages sont choisis à la limite de chaque quartier enquêté, les suivants étant retenus selon un pas de sondage de 4 maisons jusqu’à ce que l’effectif de l’échantillon cible soit atteint dans chaque quartier. Le questionnaire a porté sur les caractéristiques sociodémographiques, les conditions de l’habitat, les principaux problèmes de santé ressentis par les populations, fréquence et distribution des maladies liées à l’eau. Le questionnaire était administré au chef de ménage. Les observations directes de terrains ont été faites.
Les données sanitaires sont le nombre des personnes présentant des maladies liées à l’eau confirmées par le CS de Salamat. Le CS de salamat est la seule structure publique et fiable dans la zone d’étude.
Trois échantillons d‘eaux de pluies sont prélevés par année : D’abord, un pendant les premières pluies (juillet), ensuite un autre, au milieu de la saison de pluie (Août), et enfin, un autre à la fin de la saison pluvieuse (septembre). En outre, trois autres échantillons d’eau de pluie conservées pendant 3 jours ont été prélevés durant les même périodes.

1.3. Analyse et traitement des données

Le traitement des données est fait à partir du logiciels SPSS 10. Les données collectées ont été saisies sur SPSS puis être traitées selon des questions d’analyse. L’analyse statistique a permis de classer les maladies citées par chefs de ménages. Il a ensuite été effectué une analyse statistique descriptive simple par comparaison de pourcentages et un croisement de variables entre les données de prévalences rapportées et les facteurs de risques identifiés. Cette analyse a permis de réaliser des graphiques pour les fréquences des principaux problèmes de santé perçus et la prévalence d’un certain nombre de maladies et d’élaborer des tableaux croisés dynamiques entre les maladies et les variables associées.
Les données collectées dans le CS de Salamat, ont été saisies et traitées sur Excel. Les analyses physico-chimique et microbiologique des eaux de pluies prélevées ont été faites au Laboratoire de WASH au Bureau de l’UNICEF d’Abéché.

2. Résultats

2.1. Facteurs de vulnérabilité aux risques liés à l’eau

2.1.1. Approvisionnement et typologie des points d’eau
La ville d’Abéché est caractérisée par l’absence d’une nappe phréatique généralisée car le sous-sol rocheux est trop contraignant pour trouver sur place de l’eau en quantité suffisante (D D Dombor 2020, p.58). La ville est ravitaillée en eau par la Société Tchadienne d’eau (STE) qui à cause des contraintes physiques rencontrées en ville, a eu recours à un approvisionnement en eau potable à partir des forages situés dans la nappe alluvial de Bithéa à environ 40 km au sud d’Abéché. Les quartiers Taradona, Agat-Mahamit et Salamat à l’instar des autres quartiers de la ville sont desservis par les eaux de la STE.
Les équipements de STE de Bithéa sont installés depuis 1994 pour desservir une population d’environ 50 000 habitants Vu la vétusté des équipements, la STE est incapable de desservir la population qui a triplé aujourd’hui.
Les quartiers Taradona, Agat-Mahamit et Salamat sont approvisionnés en eau potable tous les deux jours et pendant 48 heures. L’insuffisance de la production de la STE a favorisé    l’émergence des initiatives communautaires en vue de créer des puits et des forages dans ces quartiers. De nombreux puits (Carte no 2) d’une vingtaine de mètres de profondeur ont été creusés artisanalement aux bords des ouadis. Ces puits fonctionnent qu’une partie de l’année et sont souvent taris en période sèche[1]. En période sèche, l’assèchement des nappes au bord des Ouadis est très important et n’assure pas une continuité de production pour les puits les moins profonds.
Carte n°2. Localisation des puits dans la zone d’étudeDombor
Source : Image Google, SRTM et données GPS 2020
Quelque fois les ménages associent ces modes d’approvisionnement en eau : eau du puits associée  à l’achat en détail des eaux courante de la STE (pour les ménages qui ne sont pas reliés aux eaux de la STE) et eau de la STE associée à l’eau des puits. Pendant la période de pénurie d’eau, les ménages ajoutent à cela les eaux des forages et pendant la saison de pluie, les eaux de  pluie.
Le graphique n°1 montre le nombre de ménages enquêtés utilisant les types d’eau disponibles  dans les trois quartiers. Elle montre que dans le quartier Salamat, les ménages utilisent plus les eaux de la STE que les deux autres quartiers. Les eaux de la STE sont les plus utilisées dans la zone d’étude (54,74 %). Les eaux des puits viennent en deuxième position après les eaux de la STE. On trouve plusieurs puits d’eau dans le quartiers Salamat à cause de la présence des cours d’eau temporaire Am-Kamina qui traverse le quartier du Sud vers le Nord-Ouest en passant par le Sud et Arkoum, un affluent de Am-Kamina qui le traverse au Nord (Carte n°2). Compte tenu de l’orographie de la ville d’Abéché en générale et la zone d’étude en particulier, les cours d’eau coulent en suivant le sens des zones de fracturation. On trouve dans  ces zones de fracturation, la présence de quelques petites nappes d’eau (D. D. Dombor, 2020, p 28). Les puits d’eau sont localisés dans ces zones de fracturation. Les quartiers de Taradona et Agad-Mahamit sont traversés au Sud par Arkoum affluent de Am_kamina.
Graphique n°1. Nombre des enquêtés utilisant différents types d'eau par quartiersDombor
Source : Enquêtes ménages, 2020
Beaucoup de facteurs mettent en doute la qualité des eaux consommées dans la zone d’étude. L'analyse de 12 échantillons d'eau de pluie prélevés pendant deux saisons de pluie (juillet à septembre 2019 et 2020) a permis de vérifier la qualité de l’eau de pluie utilisée par les ménages comme le montre les tableaux n°1 et n°2.
 Tableau n°1.   Analyse physico - chimique des eaux de pluie prélevées en 2019 et 2020
Dombor
Source : Résultats des analyses physico-chimiques, 2019 et 2020
 Tableau n°2. Résultats des Analyses microbiologiques des eaux de pluieDombor
Source : Résultats d'analyse, 2019 et 2020
Légende
TNC : Trop nombreux pour être compter
E1.1  Maison MAHAMAT SALEH, Agad Mahamit
E1.2 Maison IBRAHIM DJIMET, Taradona
E1.3 Maison CHERIF ADOUM, Salamat
E2.1 Maison MAHAMAT SALEH, Agad Mamit
E2.2 Maison IBRAHIM DJIMET, Taradona
E2.3 Maison CHERIF ADOUM, Salamat
Les échantillons d’eau de pluie prélevés pendant la pluie ont en majorité une température au-dessus de la normale sauf l’échantillon 3 de l’année 2020 qui avait une température de 23°C. Une température élevée ralentit le développement des bactéries et ne constitue pas de risque pour la santé. Le pH des échantillons est dans les normes sauf pour l'échantillon 2 de la première année et pour l'échantillon 1 de la deuxième année. Les valeurs respectives du pH de ces 2 échantillons sont 8,89 et 8,63. Ces valeurs excèdent légèrement la norme limite du Tchad qui est de 8,5 et tendent vers la basicité. En fait, les échantillons n'étant pas acides, les eaux de pluie prélevées n'ont aucun effet de corrosion sur les réservoirs de stockage. Les échantillons de la première et deuxième année ont en majorité une couleur qui surpasse la norme (15 mg/l).  Ceci montre que les eaux de pluie subissent des modifications dans le temps et dans l'espace. Le dépassement de la norme de couleur des eaux de pluie au Tchad est un signe de risque de pollution qui serait lié à la charge polluante de l'atmosphère. En plus de l'état de l'atmosphère, il faudrait ajouter la nature, l'état de la toiture et l'état hygiénique du récipient de collecte.
La plupart des autres paramètres sont dans les normes ; toutefois les risques de pollution par le nitrite se font remarquer. La concentration en nitrates de l'échantillon 3 de la première année dépasse celle des autres échantillons et la norme au Tchad. Ces quelques paramètres physico chimiques montrent les risques de pollution des eaux de pluie.
Les échantillons prélevés après trois jours de stockage sont en majorité pollués soit à cause de la mauvaise conservation, soit à cause de la mauvaise utilisation. La température des échantillons a diminué considérablement, ce qui permet le développement des bactéries et constitue un risque pour la santé. Le pH des échantillons est resté dans les normes, même pour l'échantillon 2 de la première année et pour l'échantillon 1 de la deuxième année. Les valeurs respectives du pH de ces 2 échantillons sont réduites à 8,1 et 7,8. Ceci montre que les eaux ont subi des modifications pendant leur stockage augmentant ainsi le risque de pollution. Les autres paramètres sont modifiés à cause d’une mauvaise hygiène. Ces paramètres physico chimiques montrent la pollution des eaux de pluie pendant le stockage.     
Sur le plan microbiologique, la présence des bactéries banales est prépondérante dans les deux séries d'échantillons prélevés.  L'échantillon 3 de la première année compte 14 bactéries banales. Seules ces valeurs sont inférieures à la valeur normale de 50 bactéries banales admises dans le cas des eaux non traitées. L'ensemble des eaux échantillonnées montre une pollution bactérienne. La recherche de germes bactériens indicateurs de pollution comme les coliformes totaux et les coliformes fécaux révèle la présence de nombreux germes dans les échantillons des deux séries, alors qu'aucun de ces germes ne doit être contenu dans les eaux. La mise en évidence de l'Escherichia Coli, bactérie fécale, indicatrice de pollution, confirme la contamination des échantillons d'eau de pluie des deux campagnes.
2.1.2. Gestion de l’eau et de l’assainissement
Plusieurs méthodes de conservation de l’eau dans un système de rareté sont adoptées par la population dans la zone d’étude. Chaque méthode dépend des familles et surtout les moyens financiers. Aussi le milieu influence-t-il les méthodes de conservation. D’une manière générale, tout ménage reçoit et conserve l’eau dans un récipient avant de l’utiliser. Nous distinguons les moyens de conservation tels que les puisards, les futs, les jarres, les bidons, les bassins etc. (Planche no1).   
Planche n°1. Les moyens de conservations d’eaux dans les ménages
Dombor
Source : Enquêtes ménages 2020
Les eaux usées domestiques quant à elles, sont déversées dans les cours des maisons, dans les rigoles ou dans les rues. Certains ménages (23,7%) les versent sur les points de décharge des ordures.  L'approvisionnement en eau potable et l'assainissement font partis des difficultés quotidiennes de la plupart des ménages (83%). Les types d'eau utilisés à Abéché sont à l’origine des problèmes de santé des ménages, faute d'une hygiène convenable.

2.2. Répercussions épidémiologiques des problèmes de l’eau

2.2.1. Etat épidémiologique des maladies liées à l’eau
Le graphique no2 montre les maladies liées à l’eau dont souffrent les populations. Ce sont :   le paludisme, les diarrhées, la fièvre typhoïde, la dysenterie etc. Bon nombre de nos enquêtés disent n'avoir pas été malades en consommant de l'eau. Ils ne font donc pas un lien entre l'eau consommée et les maladies dont ils souffrent mais ils le font beaucoup plus avec la nourriture dans le cas des maladies diarrhéiques (enquête de terrain, 2020).
Graphique n°2 : Maladies déclarées par les enquêtésDombor
Source : Enquête ménage 2020
Le tableau no3 donne des informations sur les affections relatives à l'ingestion, au contact de l’eau et traitées dans le centre de santé de Salamat. Les maladies qui y sont soignées sont le paludisme, les gastro-entérites et les diarrhées.
Tableau n°3. Liste des maladies liées à l’eau enregistrées dans le Centre de Santé de Salamat de 2016 à 2020Dombor
Source : Rapports Mensuels des Activités du CS Salamat de 2016 à 2020                       
Dans la ville Abéché en général,  la couverture des besoins de santé par une assurance est inexistante. Le coût des prestations sanitaires ne peut avoir qu’un fort impact sur le choix de leur utilisation. Cela est d’autant plus vrai que cette ville se trouve dans l’un des pays les plus pauvres de la planète (20ème avec un PIB par habitant en 2018 de 811 dollars).
Les consultations dans les centres de santé publics de la ville d’Abéché sont gratuites. La prise en charge des maladies liées à l’eau dans les trois quartiers se fait soit par consultation au Centre de Santé et/ou dans les cliniques, les cabinets de soins ou à l’hôpital provincial, soit auprès des guérisseurs traditionnels, ou par automédication. Plusieurs associent les types de consultations comme le montre le tableau n°4.
Tableau n°4. Prise en charge des malades selon les enquêtés Dombor
Source : Enquête ménage 2020
Les dépenses des ménages se font par le paiement direct des soins. Cependant la population pauvre ne disposant pas d’assez d’argent pour sa prise en charge lorsqu’un problème de santé survient, est exclu des services de santé de base. Mais les prix des analyses de laboratoire au Centre de Santé de Salamat varient selon les pathologies. Ces coûts varient entre 500 et 4000 FCFA. Il faut compter 3500 FCFA pour la numération de la formule sanguine et autant pour la détermination du taux d’hémoglobine. Parmi les autres analyses, citons la Goutte Epaisse pour la recherche du paludisme (500 FCFA), Widal pour la recherche de la typhoïde (4000 FCFA), KAOP pour rechercher les vers intestinaux (2000 FCFA). Tout comme les médicaments, le prix des analyses de laboratoire est un compromis entre le coût de revient et l’utilité médicale de l’analyse ou du médicament.
Le coût de la médecine traditionnelle fait l’objet d’appréciations divergentes. Certains pensent qu’elle est abordable, par contre, d’autres la trouvent plus onéreuse que la médecine moderne. Dans les trois quartiers, les prix et les modalités de paiement varient d’un guérisseur à un autre. Le prix est en fonction de la maladie, de la gravité, de l’étiologie, de la durée du traitement, des ingrédients demandés, du rang social du malade et de la famille et des liens sociaux que le thérapeute entretient avec ces derniers.   Les enquêtés affirment que 63 % guérisseurs ont l’habitude de ne rien exiger en cas de guérison, le patient donne ce qu’il veut. D’autres au contraire (27 %) indiquent lors du premier contact ce que le malade doit payer ou acheter pour tout le traitement et demandent une avance, la facture doit être régler   après la guérison. La nature et les circonstances de la maladie peuvent modifier ce schéma. Le traitement des maladies graves revient souvent moins cher que celui des maladies plus bénignes, car les premiers suscitent de la pitié. De plus, un succès face à un cas grave assure une bonne publicité, ce qui fera école auprès des autres patients. Au besoin, ce suivi nécessite qu’un guérisseur se déplace pour visiter un malade qui ne peut pas se déplacer.  Selon les guérisseurs de la ville d’Abéché, un traitement complet varie entre 4 000 Frs CFA et 80 000 Frs CFA. Il s’agit d’un traitement qui nécessite de pratiquer certains interdits (alimentaires, relationnels, sexuels etc.) durant le traitement et après la guérison.
Le coût de l’automédication est très différent selon qu’elle recourt à des remèdes traditionnels (600 FCFA en moyenne) ou à des médicaments de la médecine moderne (1800 FCFA en moyenne) ou encore à une combinaison des deux types de remèdes (1200 FCFA). Le coût moyen de l’automédication présente deux cas de figure bien distincts : la gratuité de la plupart des traitements à base de remèdes traditionnels et le paiement pour les traitements modernes ou mixtes. Les dépenses effectuées pour l’automédication augmentent de 500 FCFA à environ 6000 FCFA en fonction de la gravité de la maladie. Les maladies les plus graves devraient en effet conduire à une intervention plus rapide, plus massive et plus longue. Ce qui se répercute sur le volume et le coût de la consommation médicale.  Les dépenses faites par les ménages pour les soins du paludisme que ce soit dans les centres de santé, dans les cliniques traditionnelles, chez les docteurs tchoukous ou chez les guérisseurs, dépassent en moyenne 13 500 francs.
Les dépenses moyennes pour l’automédication sont plus élevées pour le traitement du paludisme grave (2500 F CFA, médiane 1200F CFA). Celui du paludisme simple est de 1500 F CFA, mais avec une faible médiane (400 F CFA). Au vu de la moyenne élevée, il ressort qu’une partie des traitements est particulièrement chère et que l’autre est gratuite (phytothérapie). Le traitement de la diarrhée par automédication revient sensiblement plus cher que la moyenne (736 F CFA). 
 
[1] Période allant de février à juin

3. Discussion

L’étude de la vulnérabilité socio-économique, environnementale et sanitaire lié à l’eau dans les quartiers précaires d’Abéché présente les facteurs et l’endommagement de la vulnérabilité.  L’insuffisance de l’eau potable pousse la population de la zone d’étude à utiliser d’autres alternatives telles que les puits (27 %) et eaux des pluies (16 %). La qualité des ressources en eau est donc compromise et réduit la possibilité de l’approvisionnement en eau potable. Sur ce même axe D. D. Dombor (2020, p.96) travaillant sur les risques sanitaires liés à l’eau à Abéché a montré que les variations pluviométriques, les apports pluviaux l’hydrogéologie et le relief créent la rareté et l’insuffisance de l’eau dans la ville d’Abéché. Ceux-ci sont renforcés par la mauvaise gestion des déchets (solides et liquides) produits. Les éléments issus de leur décomposition contribuent également à la pollution de la nappe. Les pollutions dégradent en général la qualité des ressources en eau de la ville et les rendent impropres à la consommation. Il serait donc envisageable de contrôler la qualité physico-chimique et bactériologique de l’eau que les ménages de la ville recueillent au robinet, aux puits, aux bornes fontaines, aux forages pour la boisson. Cela impacte la santé humaine dans ces trois quartiers. Plusieurs maladies liées à l’eau sont évoquées par la population et notifiées dans le Centre de Santé de Salamat. Les mutations socio-spatiales liées à l’eau ont des conséquences sur le niveau de santé des citadins. Les problèmes d’assainissement environnemental, tels que le déficit de drainage des quartiers et l’évacuation des eaux usées domestiques, observés à Abéché sont des facteurs de maladies, notamment les syndromes diarrhéiques. En effet, les eaux de mauvaise qualité hygiène contribuent pour une grande partie à la détérioration de la santé des populations (Ersey et al.,1991 p 18). Ce résultat est confirmé par les travaux réalisés par Ngendo Yongsi H.B. et al. (2007 p 142), qui a montré que toutes conditions qui dénotent un cadre de vie salubre et donc hostile au développement des micro-organismes à l’origine des diarrhées.

Conclusion

L’approvisionnement en eau potable dans les quartiers précaires d’Abéché constitue un souci majeur. La mauvaise qualité des ressources en eau réduit la possibilité de l’approvisionnement en eau potable. Les variations pluviométriques, les apports pluviaux, l’hydrogéologie et le relief créent la rareté de l’eau. Ceux-ci sont renforcés par la mauvaise gestion des déchets (solides et liquides) produits. L’accès à l’eau potable est devenu difficile. L’utilisation des eaux polluées par les ménages est à l’origine des maladies liées à l’eau telles que les diarrhées, les gastroentérites.  L’accès à l’eau potable des ménages, est un problème majeur qui nécessite des solutions pour le développement harmonieux de l’économie de la ville et du pays. La recherche de ces solutions passe nécessairement par des études approfondies. Ainsi, une étude environnementale axée sur le traitement des eaux à la source et des eaux stockées est nécessaire. Une réorientation de la politique de sensibilisation sur la potabilisation de l’eau permettrait sans doute de réduire la consommation d’eau de mauvaise qualité.

Références bibliographiques

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Pour citer cet article


Référence électronique
DOMBOR DJIKOLOUM Dingao, TIDJANI Assouni et ADIMATCHO Aloua, ETUDE DE LA VULNERABILITE SANITAIRE LIE A L���EAU DANS LES QUARTIERS PRECAIRES DE LA VILLE D���ABECHE AU TCHAD : LE CAS DES QUARTIERS TARADONA, AGAD-MAHAMIT ET SALAMAT , Revue Espace, Territoires, Sociétés et Santé ,[En ligne] 2021, mis en ligne le , consulté le 2021-12-06 09:55:32, URL: https://retssa-ci.com/index.php?page=detail&k=188