2019/Vol.2-N°4: Éducation, santé et bien-être en Afrique
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Stratégies d’insertion spatiale et socio-culturelle des étudiants africains en France : Cas de Poitiers
Strategies for the spatial and social-cultural insertion of African students in France: Cases of Poitiers

GOHOUROU Florent
Chercheur associé, Maître-assistant, Docteur en Géographie
Laboratoire MIGRINTER (UMR 7301- Université de Poitiers - France)
Université Jean Lorougnon Guédé (Daloa - Côte d’Ivoire)
fgohourou@yahoo.com


Résumés



Entrée d'Index


Mots clés: Fance | Potiers | étudiants africains | insertion spatiale | insertion sociale | insertion culturelle |

Keys words: Fance | Potiers | African students | spatial insertion | social insertion | cultural insertion |


Texte intégral




Introduction

Après les indépendances des États africains, l’enseignement supérieur en Afrique a fortement connu une décadence. La substitution de l’ère des universités coloniales à celle des universités de l’indépendance a créé un fossé sur le champ académique et universitaire. La nationalisation, voire l’autonomisation des entités universitaires depuis les indépendances révèle une utopie et une illusion car celles-ci par leur gestion et leur fonctionnement ne correspondent pas aux exigences du développement (B. Makosso, 2006, p. 69). Cette crise de l’éducation en Afrique est le résultat de plusieurs facteurs conjugués ; d’abord, les crises sociopolitiques et militaires à répétition qui contraignent parfois à la fermeture de certaines universités (Côte d’Ivoire, Somalie, Libéria, etc.). Ensuite, les grèves intempestives d’enseignants et d’étudiants dans les universités qui découlent des faiblesses institutionnelles et structurelles, du vilipendage des structures, de l’application de mauvais systèmes de formation et enfin la prépondérance du chômage qui résulte de l’inadéquation entre les domaines de formation et les offres d’emploi (Campus France, 2017 p. 4).
Cette réalité du système universitaire a créé un boom migratoire d’étudiants africains vers d’autres continents notamment l’Europe (E. Terrier, 2009, p. 70). Bien que, les politiques universitaires africaines œuvrent pour le rayonnement des universités africaines à travers la mise en place de nouveaux outils de formation (salles informatiques, dispositifs numériques, etc.) et le renforcement des programmes calqués sur le système européen (système LMD), la poussée migratoire des étudiants africains vers la France connait une fréquence importante. De plus en plus, les étudiants africains à travers l’organisme public Campus France, des bourses de coopération et des ambitions personnelles s’activent dans le changement de parcours universitaire en France. En 2017, sur 323 933 étudiants étrangers inscrits en France métropolitaine, la communauté d’étudiants africains est de 142 608 (soit 44,02 %). Ces étudiants africains s’orientent massivement vers les universités de la région parisienne (Paris, Créteil et Versailles) qui accueillent 38,2% d’entre eux, contre 27% de l’ensemble de la population étudiante (Campus France, 2017, p. 3). A l’exception de Paris, les effectifs les plus importants se trouvaient, dans les académies du Sud et de l’Ouest de la France comme Toulouse, Montpellier, Aix-Marseille et Rennes. Ce sont dans ces mêmes académies que les effectifs diminuèrent de 1955 à 1962 (F. Guimont, 1997, p. 17). Une politique volontariste était donc à l’œuvre, non seulement à Paris, mais également en province, pour répartir dans toutes les académies les foyers traditionnels des étudiants africains. Ainsi, depuis ce rééquilibrage, la présence des étudiants africains est devenue une des caractéristiques de Poitou-Charentes et sa capitale régionale ; Poitiers.
Dans la ville de Poitiers, la question de la présence de ces étudiants africains, leur fixation et leur insertion au corps social s'impose désormais comme un thème coutumier aux recherches sociales ou historiques. En effet, ces trente dernières années, selon les autorités locales, le contexte de crise économique a favorisé la montée en épingle des caractéristiques les plus marquantes des conceptions qui semblent prévaloir actuellement à propos de l’immigration, de la présence des étudiants africains sur le sol poitevin. Les milieux politiciens et médias ne tarissent d’ailleurs pas de représentations réductrices quant au regard qu’ils portent sur leur migration, ou quant à leur hypothétique mal insertion et à leur marginalisation croissante de la sphère sociale. La contradiction frappante entre la réalité objective et les clichés répandus amènent à s'interroger sur la légitimité de ces réflexions. Notre intérêt pour la question de la présence des étudiants africains de Poitiers fait aussi écho à la carence de connaissance et de travaux géographiques mis en œuvre autour de ce thème à Poitou-Charentes et sa capitale urbaine Poitiers en particulier. L’article se veut être un bouclier pour les étudiants africains et leurs familles qui s’interrogent et restent souvent dans le doute au regard des nombreuses propagandes sur l’image de l’étudiant africain en Europe. Enfin, cette réflexion vise à donner les raisons de la forte migration des étudiants africains vers Poitiers et à comprendre leurs stratégies d’insertion dans la société locale. L'étude s’articule autour de trois dimensions. La première est descriptive et elle s'attache à une présentation de l'histoire et des dynamiques actuelles de la migration d'étudiants africains vers Poitiers. La seconde présente, les facteurs à l’origine de cette migration estudiantine. Enfin, la dernière met en lumière, la diversité des modes d'insertion de ces étudiants à la société poitevine et à l'espace tel qu'il est vécu, tel qu'il est perçu dans le quotidien comme à long terme.

1. Matériels et Méthodes               

1.1. Présentation de la zone d’étude

Poitiers est une ville de l’Ouest de la France située dans le département de la Vienne, en région Nouvelle-Aquitaine (Carte n° 1). En 2017, l’Université de Poitiers accueillait près de  28 000 étudiants, ce qui en fait de Poitiers, la ville où le rapport étudiants/habitant est le plus élevé de France. Le nombre d’étudiants de nationalité étrangère qui y étudie est de 4 231, ce qui représente 15,6 % des effectifs. L’ensemble des continents est représenté au travers de cette population. Le continent africain est celui d’où sont originaires la majorité des étudiants étrangers, puisqu’il concentre 58% des inscrits de nationalité étrangère ; soit 2 453 étudiants (SEEP, 2017, p. 32)[1].
Carte n° 1 : Localisation de la zone d’étude

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1.2. Techniques de collecte de données

Notre contribution s’inscrit dans le cadre du programme de recherche intitulé « Migrations dans le Golfe de Guinée » financé par le service des Relations internationales de l’Université de Poitiers, avec un cofinancement des Universités Jean Lorougnon Guédé de Daloa (Côte d’Ivoire) et de Douala (Cameroun). Ce programme dont nous sommes l'un des membres actifs, vise notamment à renforcer la coopération dans le champ de la recherche, de la formation, et de la documentation, en facilitant la mobilité des chercheurs et des étudiants entre les trois institutions.
Les recherches sur le terrain pour cette étude ont été faites de décembre 2018 à janvier 2019, pendant notre accueil en tant que chercheur invité au sein du laboratoire des Migrations Internationales, Espaces et Sociétés (MIGRINTER) de l’Université de Poitiers (CNRS - UMR 7301). Le choix de l’académie de Poitiers dans le cadre de cette étude répond à un critère assez simple ; la ville de Poitiers est la première ville universitaire de France. Aussi, les étudiants africains y représentent 58 % des étudiants étrangers (SEEP, 2017, p. 32). Ainsi, pour comprendre réellement le paradoxe entre l’image projetée par certains politiciens et médias sur les étudiants africains et la réalité objective du terrain, la méthode d’étude repose sur une analyse mixte (qualitative et quantitative) qui s’appuie essentiellement sur deux grandes techniques de collecte de données ; à savoir la recherche documentaire et l’enquête de terrain. Face au manque d’écrits sur cette question dans la ville de Poitiers et au vu de l’absence de travaux en géographie abordant ce thème, nous nous sommes plongés dans une approche pluridisciplinaire à partir des lectures d’ouvrages de sociologie, d’histoire, de communication et de science de l’éducation effectuées dans les différentes bibliothèques de Poitiers. Ces différentes lectures nous ont permis d’établir l’état des connaissances sur la vie des étudiants en Europe et en France plus singulièrement. Quant à l’enquête de terrain, elle a consisté pour nous à faire des entretiens auprès des délégués et responsables de l’Université de Poitiers, des services du Centre Régional des Œuvres Universitaires et Scolaires (CROUS), de Campus France, des associations d’étudiants africains. A travers ces entretiens, nous avons pu obtenir des documents utiles procurant des données statistiques et chiffrées (évolution, bilan, répartition, etc.).
Pour consolider ces données de littérature et afin de produire nos propres informations indispensables du fait de la rareté de documents se rapportant aux stratégies d'insertion spatiale et socio-culturelle d'étudiants africains résidant dans la ville de Poitiers, une enquête par questionnaire s’en est suivie auprès de 200 étudiants africains de l’agglomération de Poitiers (toutes nationalités confondues). Au regard de nos moyens de recherche, l’option de l’enquête par échantillonnage non probabiliste a été retenue (échantillonnage accidentel). Les questionnaires ont été attribués aux étudiants dans leurs résidences et sur leurs lieux de formation. Les questions posées visaient à identifier les raisons de leur venue à Poitiers, leurs formations, leurs pratiques résidentielles et socio-culturelles. Ce questionnement appuyé par une observation directe a consisté à suivre de près le comportement des étudiants africains. Les restaurants universitaires, les sites de manifestations associatives, les bibliothèques, les résidences universitaires et les centres commerciaux étaient notamment pour nous des lieux de prédilection pour collecter des informations utiles pour nos travaux car les étudiants africains fréquentent ces espaces en grand nombre.
Les données recueillies à la sortie de l’enquête par questionnaire ont été d’abord soumises à un contrôle de qualité. Ensuite, elles ont été saisies et traitées sur le logiciel SPSS afin de faire ressortir les tendances centrales, les paramètres de dispersion et les indicateurs de position pour être enfin analysés et interprétés. À partir de ces informations, des tableaux et graphiques ont été réalisés. Les logiciels Arcmap 10.7 (SIG) et Zetero ont servi respectivement à réaliser les cartes et gérer les données bibliographiques. 
 
[1] SEEP : Service des Études, de l’Évaluation et du Pilotage - Annuaire statistique de l’Université de Poitiers.

2.  Résultats

2.1. Les étudiants africains dans l’immigration picto-charentaise et locale 

L’inscription des étudiants africains dans la problématique de notre travail apparaît à la lumière de l’articulation des échelles nationale, régionale (Nouvelle-Aquitaine) et locale. Il s'agira d'abord de mettre en évidence les originalités et les contrastes de l'implantation spatiale de ces étudiants africains dans l'agglomération poitevine. Nous décrirons ensuite, leurs caractéristiques sociales selon l'appartenance nationale et les espaces de résidence.
2.1.1. Poitou-Charentes et la ville de Poitiers, des territoires attractifs pour les étudiants africains
A l’heure actuelle, Poitou-Charentes est dans son ensemble très attractif pour les étudiants africains. L’analyse de leur présence dans l’académie de Poitiers montre une tendance similaire à celle qu’on observe à l’échelle nationale. Pendant que, nationalement, le nombre d’étudiants africains inscrits en 2016-2017, représente 43 % des étudiants étrangers, on observe dans les sites de formation de Poitou-Charentes (Poitiers, Angoulême-Segonzac, Niort-Ménigoute, Châtellerault, Charente-Maritime), une proportion égale à 58 % des étrangers ; soit 2 453 étudiants africains (SEEP, 2017, p. 32). Ces derniers représentent donc un peu plus de 9 % de l’ensemble des 27 146 étudiants inscrits à l’Université de Poitiers.
Le site de formation de l’Université de Poitiers (Campus/CHU, Centre-ville, Futuroscope) en comptait 932 étudiants africains ; soit plus de 52 % des étudiants africains de Poitou-Charentes. L’ancienne capitale régionale se place ainsi au premier rang des aires urbaines d’accueil des étudiants africains devant respectivement la Rochelle (4 étudiants), Angoulême (25 étudiants), Niort (57 étudiants) et Châtellerault (2 étudiants). Ainsi, le site de Poitiers se distingue de la plupart des autres sites de l’académie dont les effectifs augmentent essentiellement avec le flux de nouveaux bacheliers. En effet, selon les données de SEEP de l’Université de Poitiers (2017, p. 30), en 2017, avec 3 991 étudiants inscrits en 1ère année dans l’académie de Poitiers, la Vienne a accueilli 38,8 % des étudiants, suivis par les Deux-Sèvres (18,4 %), Charente-Maritime (15,6 %) et la Charente (14,7 %). Malgré la domination du département de la Vienne, on assiste à Poitiers, à une diminution du nombre d’étudiants étrangers dans certaines filières de formation en raison de l’ouverture à l’étranger de plusieurs sites de formation de l’Université de Poitiers (1126 étudiants inscrits en 2016), notamment en Égypte (454 étudiants), à Madagascar (117 étudiants), au Cameroun (23 étudiants), et en Iles Maurice (45 étudiants). A la rentrée de 2017, c’est en Droit, Économie et Gestion (1 653 étudiants), Sciences Techniques et Santé (455 étudiants), et Sciences Humaines et Sociales (184 étudiantes), que l’on enregistre les plus forts effectifs d’étudiants africains inscrits à l’Université de Poitiers. Viennent ensuite, les domaines de la Santé (79 étudiants) et des Arts, Lettres et Langues (79 étudiants) comme en témoigne le tableau n°1 suivant.
Tableau n°1: Effectifs des étudiants africains par origine et domaine

tableau1

Le choix du domaine de formation varie selon l’origine géographique des étudiants. Ainsi, les étudiants Malgaches (144), Ivoiriens (126) et Camerounais (112) sont plus attirés par le Droit, Économie et Gestion. Quant aux Sciences Techniques et Santé, elles attiraient davantage les étudiants Malgaches (141), Algériens (56) et Sénégalais (40).
Ce qui retient surtout l’attention dans les caractéristiques internes du groupe, c’est que les étudiants africains connaissent une implantation disparate ; majoritairement ils sont implantés dans l’ancienne capitale régionale ; Poitiers.
2.1.2. Une distribution spatiale inégale des étudiants africains : la primauté de la commune de Poitiers 
Selon nos enquêtes dans l’agglomération de Poitiers, les étudiants africains sont installés de manière très disparate. La commune de Poitiers constitue un espace de forte concentration pour ces étudiants. En effet, ils y sont au nombre de 181 ; soit 90,5 % des étudiants enquêtés (Carte n°2). Ils sont plus nombreux dans les quartiers de Beaulieu (25 étudiants) et les Trois-cités (34 étudiants) et de la Gibauderie où ils sont 49 étudiants. A côté de ces quartiers où ils sont plus implantés, le Centre-ville et les Couronneries sont relativement concernés par leur implantation que le reste de l’agglomération puisqu’ils y sont respectivement 14 et 17.    
Carte n°2 : Répartition des 200 étudiants enquêtés dans l’agglomération de Poitiers

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De manière générale, comme l’indique le graphique n°1 ci-dessous, les étudiants africains résident dans les logements moins coûteux (180 euros / mois en moyenne) qu’on trouve majoritairement dans les quartiers populaires de la commune de Poitiers (Beaulieu, Gibauderie, Les Trois-cités). Ainsi, ils sont plus nombreux dans les logements personnels hors chambres étudiantes (81 étudiants) et dans les résidences universitaires Descartes, Rabelais, Francine poitevin et Jules Caisso qui accueillent 66 étudiants.
Graphique n°1 : Répartition des 200 étudiants enquêtés par type de logements

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A l’inverse, dans tout le reste de l’agglomération, depuis le Centre-ville jusqu’au Pont neuf en passant par Poitiers Ouest, Porteau, Migné-Auxances ou encore Biard, l’habitat relève plus souvent du marché privé du logement, qu’il soit collectif ou individuel. Il s’agit fréquemment d’espaces bien considérés par l’ensemble de la population, où le cadre de vie est relativement plus agréable, le paysage urbain plus esthétique. Par ailleurs, ces quartiers ou communes sont plus souvent ceux où les coûts de logement sont plus élevés, en location (700 euros / mois en moyenne) comme en propriété (200 000 euros en moyenne). Ils abritent plus fréquemment des ménages aisés, appartenant aux classes sociales moyennes ou supérieures. Or, les étudiants africains sont plus volontiers des personnes qui perçoivent des aides parentales, des bourses ou des revenus émanant de « petits boulots ». La seconde remarque consiste dans la surreprésentation de ces étudiants au sein des quartiers les mieux équipés aux plans administratif et domestique. C’est le cas de la Gibauderie, Beaulieu, avec le campus universitaire et les supermarchés Géant casino, Neto, et Leclerc. Toutes ces observations laissent à supposer l’existence d’une concentration différentielle des étudiants à l’intérieur de l’agglomération de Poitiers sur des critères sociaux et d’équipements. On peut dès lors parler d’implantation hétérogène des étudiants africains à l’intérieur de l’agglomération poitevine : la commune de Poitiers fait en effet figure de zone de localisation privilégiée de ces étudiants et les communes de Fontaine-le-Compte, Vouneuil-sous-Biard, Migné-Auxances, Montamisé, et Mignaloux-Beauvoir constituent des zones sous-représentées. Les étudiants africains installés dans l’agglomération de Poitiers auraient pu continuer leurs études dans une autre université française. Pourquoi ont-ils choisi celle de Poitiers ?

2.2. Les facteurs explicatifs de l’arrivée massive des étudiants africains à l’Université de Poitiers 

Face à la poussée migratoire des étudiants africains vers l’académie de Poitiers, les mobiles avancés par les 200 étudiants africains enquêtés tournent autour de cinq catégories d’arguments (Graphique n°2).
                         Graphique n°2 : Raisons du choix de l’Université de Poitiers (UP)

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2.2.1. L’espace académique poitevin : un site de reconnaissance identitaire pour l’étudiant africain ?
En se rassurant de la présence d’un proche dans la ville d’accueil, les nouveaux étudiants africains qui arrivent à Poitiers sont informés par leurs pairs des difficultés éventuelles qu’ils pourraient rencontrer dès les premiers jours en France. Ils comptent donc sur la présence d’une tierce personne pour alléger leur souffrance pendant les premiers moments dans l’agglomération. Pour les uns, il s’agit des membres de leur famille et donc de la possibilité d’être pris en charge et de disposer à l’arrivée d’un logement et pourquoi pas de vêtements d’hiver et de la nourriture. C’est très souvent le cas des étudiants non boursiers (65 %). Pour d’autres, la présence d’un ami, d’une connaissance par personne interposée, a eu un impact crucial dans leur choix (57 %). Elle constitue pour ces derniers, un moyen pour avoir des informations sur les jobs étudiants disponibles dans la ville et de se sentir en sécurité avec leur statut d’étudiants non boursiers. En réalité, la majorité des étudiants africains pensent aussi que l’Université de Poitiers est le site par excellence pour faire ses études, mais aussi pour élargir son réseau de connaissance (se faire de bons amis). Nous avons pu constater après le dépouillement des questionnaires que pour ces derniers, la présence d’un compatriote est un atout et une aubaine pour étudier (s’ils sont dans la même filière) mais aussi pour mieux s’insérer à travers le tutorat. Les nouveaux arrivants qui considèrent les anciens étudiants comme des tuteurs, les sollicitent notamment lors de leurs différentes démarches et procédures à suivre pour finaliser leurs inscriptions universitaires.
Au vu des conditions d’insertion et d’intégration qui paraissent difficiles, la présence d’un ami africain est très fondamentale. D’ailleurs, plus de la moitié des étudiants (52 %) mentionnent que la présence préalable des étudiants africains à influencer le choix de l’Université de Poitiers. Au regard de ce qui précède, il semble que les critères ethnico-sociaux interviennent dans le choix de l’Université de Poitiers par les étudiants africains. 
2.2.2. Le réseau de connaissance et le volet administratif comme propulseurs d’une migration estudiantine à Poitiers  
A travers le graphique n°2, on observe que 15 % des étudiants africains évoquent la raison administrative dans le choix de l’Université de Poitiers. En effet, dans ce cas, l’étudiant et ses parents n’ont pas eu d’alternative. Le choix de l’Université de Poitiers a révélé d’une imposition. Cependant, cette contrainte d’ordre administrative se présente sous diverses formes. Elle peut être du ressort de l’existence de conventions d’échanges interuniversitaires ou de l’acception en dernière instance par l’Université de Poitiers d’inscrire l’étudiant postulant à venir en France. 11 % des étudiants, mettent en avant l’image de marque de l’Université de Poitiers. En fait, parfois le choix de l’université est lié au fait qu’une autorité de leurs pays d’origine a étudié à Poitiers : « j’ai choisi l’Université de Poitiers car beaucoup de nos hommes politiques ont fréquenté à Poitiers. Par exemple, notre ancien Président de la République, M. Henri Konan BEDIE était étudiant ici (étudiant ivoirien). 9 % d’entre eux justifient leur présence à Poitiers par « la volonté des parents ». C’est dans le discours des étudiantes que l’on entend le plus souvent ce type de propos. En effet, les parents, avant de laisser partir leur fille pour une destination étrangère, se rassurent de l’existence d’un parent ou d’un ami dans le pays ou ville d’accueil pour que la migration se déroule dans de bonnes conditions. Ainsi, l’on est tenté de dire que l’opportunité pour une étudiante africaine de venir faire ses études en France est le plus souvent conditionnée à la présence d’un membre de famille ou d’un ami capable d’exercer un contrôle et/ou d’être le gage de sa conduite : « je suis venue étudier à Poitiers car le meilleur ami de mon père vit à Poitiers. » (étudiante togolaise). 52 % des étudiants déclarent, l’existence d’un réseau de connaissance à Poitiers. Ce chiffre montre clairement que la présence d’un parent qu’il soit éloigné ou pas, d’un ami ou tout simplement d’une personne interposée, dans la ville a été pour la majorité des étudiants un élément déterminant dans leur choix de l’Université de Poitiers. Enfin, le réseau de connaissance a parfois joué un rôle instrumental sans la mesure où il leur a permis d’obtenir ou de faciliter l’obtention d’une inscription à l’Université de Poitiers. Dans ce dernier cas, l’intermédiaire n’est pas obligatoirement un compatriote, il peut s’agir d’un enseignant français ayant des liens privilégiés avec l’université du pays d’origine de l’étudiant : « mon inscription à Poitiers a été facilitée par l’un de mes enseignants d’Abidjan qui fut l’un des anciens étudiants de l’actuel Directeur de notre département » (étudiant ivoirien). Enfin, seulement 13 % des réponses relèvent d’une diversité de catégorie. Après leur arrivée et installation à Poitiers, ces étudiants de par leurs actions et activités s’insèrent progressivement dans la société poitevine voire française.  

2.3. Une place atypique dans la société locale comme dans la « communauté » immigrée

L'inégale implantation géographique des étudiants africains à l'échelle nationale et l'érection de l'Université de Poitiers comme pôle essentiel de concentration des étudiants africains de l'académie, nous invitent enfin à présumer d'une structuration forte des réseaux socio-culturels africains à l'échelle locale ; la commune Poitiers.
2.3.1. Réseaux communautaires et solidarités au sein des étudiants africains de Poitiers
Comme ailleurs, la dimension communautaire de la vie sociale des étudiants africains de l'Université de Poitiers est une composante structurante des stratégies sociales individuelles et collectives qu'ils mettent en œuvre. Observations et matériaux d'enquêtes montrent à quel point l'étudiant africain demeure acteur de formes de solidarités communautaires qui fonctionnent le plus souvent selon une dimension « ethnico-nationale ». On remarque l'existence de ces liens parmi les étudiants africains (même s'ils sont adaptés aux conditions de la vie de ces derniers) autant que parmi les plus âgés, chez les filles comme chez les garçons, parmi les étudiants d'Afrique de l'Ouest comme parmi ceux du Centre...
Les liens d’amitié et de parenté semblent en constituer la trame forte ; on envisage la famille au sens large et l'accueil (65 % des étudiants), l'hébergement (57 % des étudiants), les visites régulières (88 % des étudiants), mais aussi pour 75 % des étudiants l'entraide financière constante bien évidemment avec les membres de la famille demeurés en Afrique, (quand c'est le cas) constituent des formes courantes voire quotidiennes de la vie de ces étudiants africains. Pour 46 % des étudiants, les caisses de solidarités ou les tontines sont d'autres moyens actifs de faire vivre la solidarité à l'intérieur des groupes d'étudiants.
Pour près de 75 % des étudiants rencontrés, ces formes de solidarité constituent l'ordinaire de la vie de tout étudiant africain et sont envisagées comme une forme de devoir envers sa famille. Pour certains responsables associatifs, elles ne peuvent matériellement s'articuler avec des difficultés économiques récurrentes à un grand nombre d'étudiants. De ces solidarités africaines, les associations sont une forme particulièrement répandue et vivace.
2.3.2. Un dynamisme associatif intense et multidimensionnel
Les étudiants africains de l'Université de Poitiers sont parvenus, en plusieurs années à créer un tissu associatif très hétérogène, aux projets et aux activités diverses et dynamiques.
Ce mouvement associatif semble être en voie de structuration et de reconnaissance institutionnelle croissante ; sa fonction sociale et citoyenne est de plus en plus reconnue par les autorités universitaires et acteurs socio-politiques locaux (Mairie). Son projet apparaît, en outre, en phase d'évolution qualitative. Initialement, la plupart des structures associatives répondaient à une demande « identitaire » d'étudiants d'Afrique et se voulaient fréquemment des espaces d'expression d'une culture d'origine mise en minorité. La pléthore d'associations dites « des Étudiants Ivoiriens de Poitiers », « des Étudiants Maliens de Poitiers », et d'autres structures constituées sur des bases ethnico-nationales en témoignent encore. Aujourd’hui, de plus en plus de projets choisissent d'orienter leurs activités vers la participation à la vie locale, l'action sociale ou éducative et quelquefois le codéveloppement. Dès lors, l'origine géographique des militants constitue beaucoup moins un critère de regroupement. L’africanité ou plus simplement intérêt pour les peuples et les cultures d'Afrique sont davantage avancés comme éléments fédérateurs au sein des associations rencontrées.
Dans tous les cas, l'action associative a permis aux étudiants africains de s'affirmer comme des acteurs publics et visibles de la vie locale ; la présence de ses militants et sympathisants est devenue chose instituée au cours des manifestations socio-culturelles locales.
La discontinuité dans l'emprise géographique du mouvement associatif africain dans la ville de Poitiers constitue cependant, un premier indice du soutien différentiel des autorités universitaires à son action.
2.3.3. Politiques universitaires et participation des étudiants africains à la vie socio-culturelle locale
Nous ne nous intéresserons qu'aux étudiants africains des sites de Poitiers et de Niort tant la présence de ces étudiants dans les autres sites (Angoulême, La Rochelle) de l'académie de Poitiers est anecdotique.
Reconnaissance et participation de ces étudiants africains à la vie de leur ville de résidence n'ont en effet rien d'égal selon que l'on se trouve à Niort ou à Poitiers. En effet, selon les autorités universitaires de l’académie de Poitiers, depuis de nombreuses d'années, Poitiers et Niort s’opposent sur les terrains social et politique. Alors que les autorités universitaires de Niort s'attachaient quasi-exclusivement à leur image de capitale française des assurances et des préventions, celles de Poitiers, majoritairement cultivaient un projet affirmé de mixité sociale et culturelle en accueillant de nombreux étudiants étrangers (notamment Africains). Dès lors, la politique universitaire poitevine à l'égard des étudiants étrangers s'est conçue dans un souci de prise en compte accrue de l'importance numérique et de la diversité de ceux-ci.  A l'Université de Poitiers, les autorités ont ainsi développé une position très active en matière d'intégration des étudiants étrangers, axée sur l'encouragement à la citoyenneté et à la responsabilisation des étudiants étrangers, sur la reconnaissance valorisante des identités nationales et culturelles et les rencontres interculturelles, qui devraient permettre selon nous, le recul des tensions et des incompréhensions.
Les étudiants étrangers originaires d'Afrique noire ont notamment largement profité des opportunités offertes par ces autorités en matière de soutiens financiers, de mises à dispositions de locaux ou d'expression publique. Ils sont ainsi très présents au sein du paysage social de l'Université de Poitiers, visibles dans l'espace local, sur les places comme dans les espaces publics qui constituent autant de lieux de rencontres, dans les associations de quartiers, au cours des événements culturels locaux et ils participent particulièrement activement à la Fête annuelle des Communautés. Ils sont en revanche beaucoup moins « visibles » à Niort où les formes d'expression culturelle ou religieuse des étudiants africains demeurent cantonnées à l'espace privé ; les associations sont rares et leurs actions sont peu mises en lumière, et il existe finalement assez peu de moments d'expression publique pour les étudiants africains dans la commune de Niort. Ceux-ci ont ainsi largement « déserté » cette commune. Par contre, celle de Poitiers constitue pour eux, un espace largement plus attractif.

3. Discussion

Les résultats des investigations obtenues auprès des étudiants africains et des services de l’Université de Poitiers ne peuvent à eux seuls expliquer le choix accru de l’Université de Poitiers par les étudiants africains. Ceci étant, la discussion de nos résultats va s’articuler autour de trois points d’analyse. Ces points de discussion se focaliseront sur les facteurs explicatifs du choix primordial de l’Université de Poitiers à partir du modèle de Push-Pull que L. Julia (2012, p.12) subdivise en trois entités ; les facteurs Push (qui expliquent la volonté de l’étudiant de migrer et la décision de partir), les facteurs Pull (qui expliquent surtout le choix de la destination) et les facteurs contraignants (qui déterminent la capacité de migrer).   

3.1. L’Université de Poitiers : un eldorado académique pour les étudiants africains (facteurs push) 

En dépit de nombreuses innovations mises en place aujourd’hui dans les universités africaines, la migration des étudiants africains est dynamique et en pleine expansion. Si au départ, la plupart des problèmes universitaires et structurels ainsi que les conditions précaires ont été pointés du doigt dans la dynamique migratoire estudiantine (B. Makosso, 2006, p. 70-73, E. Terrier, 2009, p. 73-74), la réalité actuelle de l’Université de Poitiers semble démontrer le contraire. En effet, au-delà de ces facteurs, il faut souligner que l’Université de Poitiers est aujourd’hui ancrée dans la perception des étudiants africains, et plusieurs éléments explicatifs décrivent ce fait. En réalité, l’analogie existante entre le vécu des étudiants africains déjà installés dans la ville de Poitiers et la perception de ceux qui résident encore en Afrique et qui préparent un projet migratoire vers Poitiers laisse transparaitre aux yeux de l’Afrique (étudiants et leurs parents), une ville universitaire qui facilite l’intégration des étudiants à travers la rupture du stress, de l’autisme et de l’isolement au regard du dynamisme communautaire dont fait preuve les étudiants africains de Poitiers. En outre, cette université est perçue comme une référence à cause de certaines icônes africaines qui y ont fait leurs parcours universitaires comme en témoignent les étudiants ivoiriens qui évoquent fréquemment les cas de Messieurs Henri Konan Bédié (ancien Président de la Côte d’Ivoire) et Amara Essy (Diplomate et ancien ministre ivoirien). Les étudiants algériens mentionnent eux aussi, l’exemple de M. Boudraâ Bel Abbès (l’un des pères de la chirurgie algérienne). Quant aux étudiants tunisiens, ils évoquent l’image de M. Salah el Mahdi (Musicologue et compositeur de l’hymne nationale tunisienne). Ces différents étudiants qui ambitionnent de devenir de grandes personnalités dans leurs pays d’origine s’identifient à ces personnages et voient l’Université de Poitiers comme la structure par excellence pour accomplir leur désir et leur destinée. Enfin, pour certains étudiants qui envisagent ardemment contribuer au développement de leurs pays d’origine, leur motivation dans le choix de l’Université de Poitiers est aussi liée au fait que certains anciens étudiants africains de Poitiers sont revenus dans leur pays d’origine comme enseignants-chercheurs et sont activement engagés dans la mise en place de nombreuses conventions et coopérations universitaires ainsi que la création de laboratoires de recherche. Ces enseignants sont vus et reconnus comme des modèles et des exemples à suivre et l’Université de Poitiers est dorénavant vue comme une structure qui en dehors du savoir scientifique, inculque des valeurs sociales, du nationalisme et de la reconnaissance authentique de ses origines.                

3.2. Une sorte d’africanisation de l’Université de Poitiers (facteurs Push)

Comparativement aux autres universités françaises, l’Université de Poitiers occupe une place de choix chez les étudiants africains qui désirent continuer leurs études en Europe. Un tel réalisme trouve son fondement dans la facilité d’intégration de ces étudiants par la politique universitaire de Poitiers qui aide ces derniers, face aux problèmes qu’ils rencontrent. Ces difficultés sont notamment relatives au manque de jobs étudiants, à l’éloignement des grandes agglomérations et des espaces dynamiques, au manque d’espaces récréatifs et d’échange (La tour Effel, musées, etc.), à l’absence d’évènements culturels, au manque d’activités de découverte et de détente (équipes de football de Marseille, de Paris Saint Germain, etc.), à la tentative d’augmentation des frais d’inscription pour les étudiants africains. L’aide et l’encouragement des étudiants africains par les autorités universitaires donnent l’impression que l’Université de Poitiers est « franco-africaine ». D‘ailleurs, le système de délocalisation des unités de formation de l’Université de Poitiers dans certains pays africains (Madagascar, Égypte, Cameroun, etc.) confirme globalement cette idée d’université africaine en France perçue par les étudiants africains. Cependant, E. Terrier (2009, p. 73) rappelle que les migrations pour études n’ont pas la même signification et ne représentent pas les mêmes enjeux selon le continent d’origine. A Poitiers, la répartition de la population d’étudiants africains laisse transparaitre une domination des étudiants d’Afrique du Nord (47%), viennent ensuite ceux d’Afrique de l’Ouest (26%), Australe (14%) et enfin, d’Afrique Centrale (13%). D’emblée, cette répartition donne l’impression que les pays colonisés par la France (Afrique du Nord et de l’Ouest) sont les plus engagés dans les migrations d’études vers Poitiers. Cette hypothèse soulève dans le fond, un questionnement sur les facteurs réels du choix de l’Université de Poitiers par les étudiants africains. A travers l’argumentaire qui ressort des travaux de E. Terrier (2009, p. 73-75) selon lequel la migration internationale pour études des étudiants d’Amérique du Nord et d’Europe présents en France correspond plutôt à un séjour linguistique (la maîtrise de la langue française) et de découvertes culturelles (la découverte d’un autre pays et la rencontre de nouveaux amis), on remarque que les facteurs de ce phénomène sont fonction des pays d’origine. Cette relativité spatiale et de diversité des facteurs de mobilités étudiantes nécessite le renouvellement des approches sur la question en ce sens que la littérature sur ce thème s’est essentiellement centrée sur les facteurs qui influencent la décision de poursuivre des études supérieures à l’étranger (facteur Push) ainsi que le choix du pays de destination et de l’institution d’éducation supérieure à destination (facteur Pull), selon  K. Lama et al. (2013, p. 305-306). Sur la base de ce principe, dorénavant les facteurs dits contraignant doivent être davantage pris en compte dans les études sur les migrations étudiantes.

3.3. L’Université de Poitiers au cœur de l’internalisation de l’étude supérieure (facteurs contraignants) 

Dans les années 1980, l'enseignement supérieur est devenu un élément moteur de l'organisation de la société moderne et a acquis une importance extrême aussi bien dans les pays en voie de développement (PVD) que dans les pays développés de sorte que plus le développement socio-économique est tributaire du savoir et plus, il doit s'appuyer sur des personnels et des cadres hautement qualifiés (B. C.  Alfonso, 1995, p. 9). Ainsi, selon le Livre Blanc de la CUDAE[2] (2010, p. 22), dans un monde toujours plus interdépendant et interconnecté, l’Afrique et l’Europe doivent travailler ensemble pour relever des défis communs sur plusieurs questions d’actualité et de développement durable (changement climatique, questions énergétiques, sécuritaires et migratoires, etc.). Une telle perspective, recommande la réciprocité dans la mobilité des étudiants. En ce sens, l’accroissement des étudiants étrangers dans les universités françaises constitue l’une des dimensions de développement de l’enseignement supérieure (Y. Elimbi, 2012, p. 1), et les initiatives d’attraction d’étudiants étrangers s’inscrivent dans l’ère de la compétition accrue entre les universités qui cherchent à tout prix à récupérer les meilleurs étudiants de par le monde (L. Julia, 2012,  p. 3). C’est dans cette optique que l’Université de Poitiers s’est fortement engagée dans les accords de coopérations internationales. En 2017, elle totalisait 881 coopérations avec 553 universités dans 77 pays (dont 48 accords avec les pays africains). A cela s’ajoute, l’octroi de nombreuses bourses universitaires et les accords d’admission à l’université par le biais de l’organisme public Campus France. Enfin, le 21 décembre 2018, l’Université de Poitiers a annoncé par son conseil d’administration avoir adopté une motion contre la hausse des droits d’inscription pour les étudiants extracommunautaires telle qu’elle est prévue par une réforme du gouvernement pour freiner d’une certaine façon, l’immigration de ces étudiants dans les universités françaises. Par cette position, l’Université de Poitiers montre son attachement à l’ouverture de l’École à tous les étudiants sans distinction de nationalité et ouvre davantage ses portes aux étudiants africains qui souhaitent poursuivre leurs études en France ; ce qui justifie la poussée migratoire des étudiants africains vers Poitiers. Par ailleurs, à travers les travaux de N. Cattan (2004, p. 15-26), sur la mobilité étudiante et le genre, on comprend que la mobilité internationale des étudiants dans le cas de Poitiers permet de se réinterroger profondément et de remettre en question les représentations du phénomène migratoire qui est perçu essentiellement comme un mouvement masculin ou tout au moins comme n’étant pas lié au genre. En effet, N. Cattan (2004, p. 15-16) a montré que la migration étudiante en Europe est plus féminine que masculine, alors qu’à l’inverse, nos données d’enquêtes ont montré que la migration poitevine des étudiants africains est plus masculine que féminine. Un point de contradiction qui nécessite une analyse plus approfondie et une ouverture sur le rapport entre la migration étudiante et la question du genre dans le champ de la géographie.                   
En conséquence, de telles analyses pour les géographes auront des implications fortes en termes de politiques publiques et de développement car celles-ci devraient mieux tenir compte des inégalités d’accès à l’enseignement supérieur liées à la classe sociale et au genre.
 
[2] Coopération Universitaire pour le Développement entre l’Afrique et l’Europe.

Conclusion

De l'examen de l'intégration sociale des étudiants africains de Poitiers, il apparaît que cet espace constitue un pôle primordial dans le regroupement de ces étudiants. En effet, Poitiers est une ville moyenne, très largement dévolue aux logements sociaux, aux résidences universitaires et regroupant essentiellement des services administratifs et sociaux de base. Aussi, l'activité associative estudiantine courante s'y organise, de même que l'ensemble de manifestations ponctuelles (réunions régulières, concerts, bals, fêtes...) et y attire tous les étudiants africains, investis ou sympathisants. Les autorités universitaires et municipales, par leurs actions et volontés permanentes d'encourager la participation des étudiants étrangers à la vie sociale, organisent des évènements attractifs. Le point d'orgue de la politique municipale par exemple est le dispositif « Poit'étrangers » qui a pour objectif de faciliter les rencontres entre familles poitevines et étudiants internationaux le temps d’une soirée, d’un week-end, d’une visite, d’une promenade. Mais, il en existe d'autres comme les « Welcom desk » installés à la gare de la Société Nationale des Chemins de Fer Français (SNCF), à la Maison des étudiants et à l'office de tourisme pour accueillir les étudiants étrangers. Enfin, l'importance numérique des étudiants africains à Poitiers y favorise les rencontres régulières, amicales ou familiales. Les réseaux sociaux africains s'appuient sur la commune de Poitiers où chacun a un ami ou de la famille qu'il visite régulièrement. Les liens des étudiants africains à leur culture d'origine semblent demeurer forts et même après une longue période de vie dans l'agglomération poitevine. Dans tous les cas, toutes nos conclusions sont empiriques et subjectifs mais il nous semble qu'elles peuvent donner à comprendre toute la dimension humaine de l'immigration, nourrie d'ambiguïté identitaire et remaniement culturels, « ici » et de « là-bas » parce que, l'immigration oblige à de nouveaux rapports aux autres et  bouleverse immanquablement la relation à soi.

Références bibliographiques 

ALFONSO Borrero Cabal, 1995, L’Université aujourd’hui : Éléments de réflexion, Centre de recherche pour le développement internationale, Éditions UNESCO, Paris.  
Campus France, 2017, Les Notes, Hors-Série, n°16.
CATTAN Nadine, 2004, « Genre et mobilité des étudiants en Europe », Espace, populations, Sociétés, 2004-1, p. 15-27.
Coopération Universitaire pour le Développement entre l’Afrique et l’Europe, 2010, Accès à la réussite – Pour renforcer la confiance et les échanges entre l’Europe et l’Afrique, Livre blanc, 24 p.
ELIMBI Yann, 2012, « Le parcours des étudiants étrangers africains en France », Mémoire de Master, Université Paris 1, Panthéon-Sorbonne, 111 p.
GOHOUROU Florent et YAO-KOUASSI Quonan  Christian, 2017, « Les migrants africains en Côte d’Ivoire : pratiques d’insertion des Sénégalais d’Abidjan », In « GEOTROPE », n°2, Abidjan, p. 173-179.
GOHOUROU Florent, 2013, Migrations internationales et territorialisations : les Français dans la ville d’Abidjan (Côte d’Ivoire), Thèse de Doctorat, Géographie, Université de Poitiers, 382 p.
GUIMONT Fabienne, 1997, Les étudiants africains en France : 1950-1965, Paris,  l’Harmattan, Études africaines.
JULIA Leis, 2012, Migration d’étudiants en Afrique de l’Ouest : Quel rôle pour les pôles universitaires régionaux ? Perspectives des étudiants Togolais au Sénégal, Mémoire de Master, Université de Tubingen, 109 p.
LAMA Kabbanji, ANTONINA Levatino et FOFO Ametepe, 2013, « Migrations internationales étudiantes ghanéennes et sénégalaises : caractéristiques et déterminants », Cahiers québécois de démographie, Volume n°42, n°2, p. 303-333.
MAKOSSO Bethuel, 2006, « La crise de l’enseignement supérieur en Afrique francophone : Une analyse pour les cas du Burkina Faso, du Cameroun, du Congo et de la Côte d’Ivoire », JHEA/RESA, Vol n°1, p. 60-86.
MENESR-DGESIP/DGRI-SIES, 2016, Note d’information enseignement supérieur et recherche, n° 16.10.
Service des Études, de l’Évaluation et du Pilotage, 2017, « Annuaire statistique », Université de Poitiers, 64 p.
TERRIER Eugénie, 2009, « Les migrations internationales pour études : facteurs de mobilité et inégalités nord-sud », Armand Colin, L'Information géographique, Vol. 73, p. 69-75.


Pour citer cet article


Référence électronique
, Stratégies d’insertion spatiale et socio-culturelle des étudiants africains en France : Cas de Poitiers , Revue Espace, Territoires, Sociétés et Santé ,[En ligne] 2019, mis en ligne le 30 Décembre 2019, consulté le 2020-02-17 06:20:58, URL: https://retssa-ci.com/index.php?page=detail&k=57







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