2020/Vol.3-N°5: Système alimentaire urbain et santé en Afrique
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Afflux des refugiés Centrafricains et accroissement de l’insécurité alimentaire à Maro (sud du Tchad). Quelles conséquences sur la santé ?
The inflow of Central African refugees and increased food insecurity in Maro (south of Tchad). What health consequences?

GUIRYAM Richard
Master en Géographie
Département de géographie et aménagement du territoire
Université de Dschang-Cameroun
rguiryam@yahoo.fr

LEMOUOGUE Joséphine
Enseignante-Chercheure, Chargé de Cours
Département de géographie et aménagement du territoire, Secrétaire Permanente au Centre d’Études et de Recherche en Espace Art et Humanité (CEREAH)
Université de Dschang-Cameroun
joséchrist5@yahoo.fr

BOUYO KWIN Jim Narem
Enseignante-Chercheure, Maître Assistante
Département de géographie et aménagement du territoire
Université de D’jamena-Tchad


KAHOU NZOUYEM Jasmine Laurelle
Doctorante en Géographie
Département de géographie et aménagement du territoire
Université de Dschang-Cameroun


Résumés



Entrée d'Index


Mots clés: Accroissement de la population | insécurité alimentaire | réfugiés centrafricains | santé | Maro-Sud du Tchad |

Keys words: Population growth | food insecurity | central African refugees | health | Maro-South of Chad |


Texte intégral




Introduction

Selon le rapport sur le développement humain de 2015 du Programme des Nations-Unies pour le Développement (PNUD), le Tchad est classé au 170ème rang sur 177 pays dans l’Indice de Développement Humain (IDH). La pauvreté, en hausse depuis les années 2000, touche 58% de la population sur les 11,2 millions d’habitants. En 2006, le Produit Intérieur Brut (PIB) par habitant était de 250 dollars et 54% de la population vivaient sous le seuil de pauvreté de un dollar par jour. Ces chiffres ont évolué positivement avec le PIB  de 874 dollars par habitant et l’Indice de Développement Humain (IDH) de 0,40 en 2017. Toutefois, près de la moitié de la population (47%) vit toujours en-dessous du seuil de pauvreté (BM, 2018 p. 11, PNUD, 2016, p. 25). Ces indicateurs expriment une pauvreté ambiante. La population s’accroît de façon continue et les besoins avec du fait de la migration forcée sous-jacente à la crise socio-politique et ethnico-religieuse en cours en République centrafricaine. Les centrafricains et tchadiens y résidant trouvent refuge dans  les pays voisins (Y. Weyns et al, 2014, p. 56). La problématique des migrations présente un intérêt scientifique irréfutable en lien avec les défis auxquels le monde fait face (F. Watang Ziéba, 2013, p. 1 ; E. Chauvin et C. Seignobos, 2013, p. 120 ; P. Kamdem, 2016, p. 2). La dynamique démographique et la pression sur les ressources, les vulnérabilités multiformes, l’accès des migrants aux soins de santé, à l’eau potable, à l’éducation, au logement et de plus en plus, le problème de l’insécurité alimentaire découlent souvent de l’arrivée de migrants. (P. Ahidjo, 2015, p. 4;  B. Lysaniuk, et M. Tabeaud, 2015, p. 233 ; P. D. Fall, 2016, p. 15 ; S. Sadjo Labe et al. 2018, p. 20).  Maro, ville chef-lieu du département de la Grande Sido, frontalière à la République Centrafricaine, connait une forte influence migratoire. Elle a en 2009 une population de 14 888 habitants (INSEED, 2014, p. 20), et abrite en 2016 dans sa périphérie, un camp de réfugiés centrafricains de 18 991 âmes (HCR, 2016) et un site de tchadiens migrants de retour[1] de la Centrafrique abritant 17 162 âmes (OIM, 2016, p. 111). Cette ville, n’est pas préparée à l’augmentation brusque de ses habitants. De plus, elle subit des catastrophes naturelles multiples qui impactent sa production agricole. Elle ne parvient plus à satisfaire les besoins alimentaires de sa population. En conséquence, la situation d’insécurité alimentaire s’y est dégénérée en malnutrition. Plusieurs maladies nutritionnelles se signalent aussi bien chez les autochtones que parmi les réfugiés. En décembre 2017, 16 cas de Malnutrition Aigüe Modéré (MAM) et 26 cas de Malnutrition Aigüe Sévère (MAS) y avaient été enregistrés.
L’objectif de cet article est d’analyser les facteurs de l’insécurité alimentaire et nutritionnelle, et leurs conséquences sanitaires dans la ville de Maro. Sa structure présente tour à tour la méthodologie du travail, les résultats des données analysées, leurs discussions et les conclusions.
[1] Les migrants de retour sont les tchadiens qui reviennent dans leur pays après avoir quitté ce dernier pour s’installer en RCA, pour des raisons de sécurité, la recherche d’emploi ou encore pour les études (R. Guiryam, 2018 p37 ; J. Lémouogué, 2019 p.138).

1. Données et Méthodes

1.1. Localisation et description de la zone d’étude

Ville chef-lieu du département de la Grande Sido, Maro est située dans la province du Moyen Chari, à l’extrême sud du Tchad. La ville de Maro est située à 20 km de la frontière tchado-centrafricaine et éloignée de la préfecture de Sarh (chef-lieu de la région) de 105 km sur l’axe reliant N’Djamena à Bangui. Elle est du fait de cette proximité, une terre de prédilection des réfugiés centrafricains. Le département est bordé au Nord par le département de Barh Koh, au Sud par la République Centrafricaine, à l?Est par le département de Lac Iro et à l’Ouest par la Région de Mandoul. Maro est située dans la zone intertropicale entre 8°39’ et 8°47’ de latitude Nord et à 18°76’ et 18°78’ de longitude Est (carte 1).                                        
Le premier Recensement Général de la Population du Tchad de 1993 (RGPH 1) révélait une population de 2 721 habitants à Maro essentiellement originaire de la localité. Elle a augmenté très vite suite à son accroissement naturel et également aux migrations internes  portant sa taille à 14 888 habitants lors du deuxième Recensement Général de la Population (RGPH 2) du Tchad en 2009 (INSEED, 2014, p. 22). En effet, il y a eu des vagues de nouveaux réfugiés de 2007 à 2009 et des flux de plus en plus importants entre 2013 et 2014 (INSEED, 2014, p. 19). Suite à la migration générée par la crise centrafricaine, cette population a connu une augmentation du simple au triple (OIM, 2014, p. 131 ; HCR, 2016, p. 2 ; R. Guiryam, 2018, p. 51). Précisément, la population de Maro en 2016 était de 19 585 autochtones, 18 991 réfugiés centrafricains et 17 162 tchadiens migrants de retour,  donnant un total de 55 738 habitants. En 2017, elle s’élève à 50 578 habitants répartis respectivement entre 20 309 autochtones, 20 479 réfugiés centrafricains et 9 790 migrants de retour (OIM, 2014, p. 131 ; HCR, 2016, p. 2). La situation nutritionnelle est digne d’intérêt d’analyse, en rapport avec le grand bond démographique  observé à Maro.

1.2. Données

La méthodologie utilisée pour atteindre l’objectif de cette recherche est fondée sur la combinaison des démarches empiriques et celles de terrain. Cette démarche mixte a permis d’une part, de collecter les données via des lectures orientées par les concepts clés de la problématique à savoir, migration, accroissement de la population, insécurité alimentaire et santé. À l’issue de ces lectures, les données de l’INSEED, de l’ADES, du PAM, du District de santé et celles du HCR ont été utilisées dans ce travail.
Les enquêtes de terrain semi-directives ont été également effectuées à l’aide d’un questionnaire, du 27 février au 30 mars 2018, auprès des échantillons de 100 ménages de réfugiés, 50 ménages de migrants de retour et de 100 ménages d’autochtones résidant dans différents quartiers ou blocs de Maro. Le choix est porté sur ces trois catégories de la population parce qu’elles ont en partage le même territoire. Elles y sont toutes plus ou moins soumises à la présomption de l’exposition à l’insécurité alimentaire, consécutive à l’accroissement de la population. Compte tenu du temps et des ressources limités pour conduire l’enquête sur une longue période et sur des échantillons plus grands, en plus du caractère dispersé des populations cibles, les échantillons d’enquête ne respectent pas la rigueur de la représentativité des populations mères qui sont de 20309 autochtones, 20 479 de réfugiés et 9 790 migrants de retour (INSEED, 2014, p. 191). Ils permettent toutefois de lire les caractéristiques et les conséquences de l’insécurité alimentaire sur le terrain. Le questionnaire d’enquête était structuré principalement autour des caractéristiques démographiques des populations cibles, du risque et de la vulnérabilité liés à l’insécurité alimentaire à Maro puis ses spécificités et enfin ses conséquences sanitaires dans les ménages.
Des interviews menés avec des personnes ressources, choisis qui en fonction de leur maîtrise du milieu, qui en fonction de leur implication dans la dynamique dans la prise en charge socio-administrative de la population, l’intégration et l’insertion sociale des réfugiés centrafricains, ont également ponctué l’étude. Il s’agissait des responsables de l’Agence pour le Développement Economique et Social (ADES), et du Programme Alimentaire Mondial (PAM), du chef de District de santé de Maro, de deux chefs de cantons et du maire de la ville de Maro. Des échanges directs ont été menés pendant lesquels des informations complémentaires sur la zone d’étude, la démographie et les malnutris ont été fournies. Enfin les observations de terrain ont permis d’apprécier entre autre, les pratiques alimentaires locales, les manifestations de l’insécurité alimentaire et les malades victimes de la malnutrition. Des photos ont été prises à l’issue de ces observations.

1.3. Méthodes

Les ménages enquêtés ont été choisis par la méthode « boule de neige », qui repose sur la référence par des sujets initiaux enquêtés, vers d’autres individus de la population cible, pour générer des sujets complémentaires constituant ainsi progressivement l’échantillon de l’étude.
La technique d’enquête utilisée est l’entretien structurée à l’aide d’un questionnaire unique avec des questions fermées se rapportant aux concepts clés suscités. Il fut administré directement aux chefs de ménages. Les informations issues du questionnaire ont été traitées et analysées suivant la méthode quantitative. Les logiciels Excel et DIVA-GIS ont été utilisés à cet effet. Les figures et les tableaux subséquemment élaborés ont été analysés et exploités pour la rédaction de cette publication. Les données de lectures et des interviews ont été par ailleurs traitées et analysées suivant la méthode qualitative. Elles ont fait l’objet d’analyse de contenu. Les résultats obtenus des différentes analyses laissent transparaître une croissance démographique exponentielle de Maro d’une part, l’exposition de cette population à l’insécurité alimentaire et  la malnutrition d’autre part.

2. Résultats

2.1. Croissance exponentielle de la population de Maro

La ville de Maro, a une population qui connaît une augmentation considérable suite à l’afflux des réfugiés centrafricains et des migrants tchadiens de retour depuis 2003 (INSEED, 2014, p 191 ; OIM, 2014, p. 131 ; HCR, 2016, p. 2 ; R. Guiryam, 2018, p. 50-51), (Tableau n°1).             
Sur le tableau n°1, la population de Maro a augmenté de plus de 300% en huit ans, passant de 14 888 habitants en 2009 à plus de 51 041 habitants en 2017. Elle est désormais composée des Tchadiens, des réfugiés centrafricains et des tchadiens migrants de retour de la RCA. Cette croissance exponentielle de la population de Maro est  liée à la crise centrafricaine.
La RCA est depuis le début des années 2000, le théâtre d’une crise socio-politique et religieuse, qui met à mal la sécurité des personnes. Ces dernières se réfugient dans les pays voisins (E. Chauvin et C. Seignobos, 2013, p. 123). Le Tchad a accueilli  plusieurs réfugiés centrafricains. Ils entrent dans ce pays par le sud, grâce à leur frontière commune. Maro fait partie de cette zone frontalière en partage par les deux pays. On peut bien voir sur la carte n°1 ci-dessus, d’une part, la localisation de Maro non loin de la frontière de ces deux pays et, les flèches matérialisant les flux des  mouvements de populations de la RCA vers Maro d’autre part. Du fait de cet afflux de réfugiés et de l’accroissement exponentiel de la population, on est en droit de questionner son impact sur l’utilisation des ressources en général et sur les possibilités d’accès à la ressource alimentaire en particulier dans cet article.

2.2. De l’insécurité alimentaire à la malnutrition à Maro

L’insécurité alimentaire à Maro se caractérise par l’indisponibilité des denrées alimentaires et les difficultés d’accès à ces ressources qui conduisent ipso facto à la malnutrition.
2.2.1. L’insécurité alimentaire à Maro
L’insécurité alimentaire a été définie par le Fond des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture en 2017, comme : « absence d'un accès sûr à une quantité suffisante d'aliments salubres et nutritifs propres à une croissance et à un développement normaux ainsi qu'à une vie saine», (FAO et al, 2017, p. 117). De la même source, on retient que l'insécurité alimentaire peut être « due à l'indisponibilité d'aliments, à un pouvoir d'achat insuffisant, à une distribution inadaptée ou à une utilisation inadéquate des denrées alimentaires au niveau des ménages. L'insécurité alimentaire, les mauvaises conditions de santé et d'hygiène et les mauvaises habitudes en matière de soins et d'alimentation sont les principaux facteurs conduisant à un cadre nutritionnel médiocre. L'insécurité alimentaire peut être chronique, saisonnière ou passagère» (FAO et al, 2017, p. 117-118). Autrement dit, il ressort du Sommet Mondial de l’Alimentation (SMA) de 2009 que la sécurité alimentaire est assurée «lorsque chacun a, à tout moment, la possibilité physique, sociale et économique de se procurer une nourriture suffisante, salubre et nutritive lui permettant de satisfaire ses besoins et préférences alimentaires pour mener une vie saine et active. Suivant cette définition, on peut distinguer quatre dimensions de la sécurité alimentaire: disponibilité des aliments, accès économique et matériel aux aliments, utilisation des aliments et stabilité dans le temps » (FAO et al, 2017, p. 118). Aussi, elle est définie par la FAO et l’OMS au Sommet mondial de l’alimentation de 1996, comme étant une situation devant « permettre à tous les individus d’accéder à tout moment aux aliments salubres et nutritifs dont ils ont besoin pour mener une vie saine et active », (K. Rideout, 2009, p. 4). Elle est caractérisée par la disponibilité de la ressource alimentaire, son accessibilité, son utilisation, sa stabilité, et sa qualité.
En adéquation avec les définitions susmentionnées relatives à la sécurité/insécurité alimentaire, l’analyse de l’insécurité alimentaire à Maro s’appuie sur l’indisponibilité des denrées alimentaires, les difficultés d’accès permanent aux denrées alimentaires en qualité et en quantité, comme étant ses principales dimensions.
2.2.1.1. Une disponibilité des denrées alimentaires non garantie
L’indisponibilité des denrées alimentaires sur les marchés est une dimension remarquable de l’insécurité alimentaire à Maro. Elle y est observée entre mi-juin et le début du mois de septembre par 98% de ménages réfugiés. Cette période correspond au moment de l’année où les producteurs ont épuisé leurs réserves de céréales alors que les cultures ne sont pas prêtes pour la récolte. Il est donc difficile pour les ménages d’assurer la continuité de l’approvisionnement en aliments. Seul 2% de réfugiés centrafricains, 4% de migrants de retour et 22% d’autochtones ne souffrent pas du problème d’indisponibilité des denrées alimentaires car, ils possèdent des réserves toute l’année. L’insécurité alimentaire en cette période de l’année s’explique également par le fait que les denrées alimentaires n’existent quasiment plus sur les marchés locaux. En effet, les semences mises en terre ne sont pas encore en maturité alors que les quantités de denrées stockées par les commerçants sont considérablement réduites ou épuisées en cette période de l’année (mi-juin et le début du mois de septembre). Le pic de la rareté des denrées alimentaires sur les marchés et dans les ménages s’observe aux mois de juillet et août de chaque année. Pendant cette période, les prix de quelques denrées trouvées sur le marché augmentent d’une manière exponentielle. Par conséquent, les migrants dépourvus de moyens d’existence connaissent en ce moment d’énormes difficultés d’accès à l’alimentation.
2.2.1.2. Difficultés d’accès aux denrées alimentaires par achat
La variation spontanée des prix des denrées alimentaires du simple au double voire au triple en un temps record, renforce l’inquiétude quant à l’accessibilité continue aux aliments par les ménages, qu’ils soient de réfugiés, de migrants de retour ou des autochtones de Maro. À titre d’exemple, le sorgho est la céréale la plus consommée par les populations. Il est récolté entre les mois de septembre et décembre. En cette période de récolte, le prix d’une mesure  de coro[2], équivalant à deux kilogrammes et demi de sorgho est de 250 francs CFA sur les marchés locaux. Tandis que le prix de cette même quantité de sorgho varie entre 500 et 750 francs CFA hors saison. Dès lors, cette inflation du prix ne garantit pas la stabilité de l’accès à cette denrée par toutes les catégories socio-économiques de ménages. Les ménages de migrants et ceux de certains paysans, incapables de débourser régulièrement une telle somme pour acheter les denrées alimentaires, sont par conséquent exposés à l’insécurité alimentaire. Cette situation est d’autant plus grave car, l’assistance apportée aux réfugiés centrafricains et aux migrants tchadiens de retour par les humanitaires n’est plus constituée des vivres alimentaires (céréales, légumineuses et l’huile) et non alimentaires (savons, bâches pour les abris, vêtements, …).
Les organisations non gouvernementales assistent les réfugiés depuis leur arrivée au Tchad en 2003. Compte tenu du statut particulier des réfugiés centrafricains et des tchadiens de retour à Maro, contrairement au statut de la population autochtone, ils sont assistés par les organisations non gouvernementales d’envergure internationale comme le Programme Alimentaire Mondial (PAM) qui leur offrait les moyens d’existence (vivres et non vivres). Le Fond des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO) offrait les compléments alimentaires aux enfants malnutries ainsi que des formations aux mères relatives aux pratiques nutritionnelles en général (R. Guiryam, 2018, p. 100). Cependant, depuis décembre 2017, l’assistance aux réfugiés désormais financière, est d’un montant de 5 500 francs CFA le mois par réfugié et migrant tchadien de retour. Aussi, cette nouvelle formule d’aide n’est pas un contrepoids à l’insécurité alimentaire chez les réfugiés et migrants de retour qui font déjà face au problème d’indisponibilité des denrées alimentaires, observée à la fois dans les champs et sur les marchés. Il existe des cas de figures où soit tout le ménage, soit certains membres d’un ménage, ne sont pas des cibles pour l’aide du coup, les sommes d’argent reçues par ménage demeurent davantage insuffisantes pour tous. Il s’ensuit par conséquent le problème de l’inadéquation entre l’offre et la demande des denrées alimentaires sur les marchés alors que les pouvoirs d’achat des ménages réfugiés, des migrants de retour et des autochtones restent très faibles (R. Guiryam, 2018, p. 77). Pourtant, il faut ajouter aux dépenses réelles d’achat des denrées alimentaires, les frais de déplacement pour ceux qui résident à plusieurs kilomètres du marché (INSEED, 2014, p. ; J. N. Bouyo Kwin, 2016, p. 69 ; R. Guiryam, 2018, p. 61). De ce qui précède, malgré l’assistance (aides) nationale et internationale, l’insécurité alimentaire persiste et des cas de malnutrition sont régulièrement enregistrés à Maro.

2.2.2. Vers une malnutrition à Maro

On entend par malnutrition « les carences, les excès ou les déséquilibres dans l’apport énergétique et/ou nutritionnel d’une personne », (OMS, 2016, p. 1). La malnutrition est appréciée dans le cadre de cet article à travers une alimentation insuffisante qualitativement et quantitativement, ayant des implications  sur la santé.
2.2.2.1. Une alimentation insuffisante en quantité et en qualité à Maro
Les préférences alimentaires des habitants de Maro (autochtones, réfugiés et migrants de retour) sont portées sur les céréales (sorgho, maïs) et les tubercules (manioc, patate), les légumes et légumineuses (gombo frais ou séché, oseille (feuilles et fruits frais ou séché), le haricot (feuilles et grains frais ou séché), etc.), le poisson frais, séché ou fumé et la viande, et la pâte d’arachide. Toutefois, la composition des repas de 40% de ménages pendant une semaine était essentiellement à base des céréales, dont principalement le couscous  accompagné d’une sauce de gombo avec ou sans poisson et/ou viande, consommé six jours sur sept. On note une alternance entre des repas faits à base des céréales et des tubercules dans 60% de ménages sur la semaine. Les légumes (en dehors du gombo utilisé dans les sauces) et les fruits ne sont en revanche pas du tout consommés sur toute la semaine dans 80% de ménages.
En outre, en moyenne 79% de ménages toutes catégories confondues, ont affirmé être obligés de ramener le nombre de repas journaliers à un seul (graphique n°1), en fonction des saisons, et de l’état du stock des vivres restant. 
                                       
Le graphique n°1 ci-dessus, décrit les fréquences de répas journaliers dans les ménages par catégories à Maro. Il en ressort que 98% de ménages réfugiés enquêtés, mangent une seule fois par jour. Ce pourcentage est de 64% pour les ménages des tchadiens migrants de retour et de 74%, pour les ménages d’autochtones.
Le fait de manger une fois par jour n’est pas une question de choix ou de principe mais, il traduit plutôt le manque de ressources de la part des responsables des ménages pour assurer à leurs familles, une alimentation tant quantitative que qualitative. Cette pratique entre dans le registre de ce que M. Ndiaye, appelle « mécanisme de survie » qui est l’ensemble des « stratégies auxquelles les ménages ont recours pour faire face à des déficits dans leur consommation alimentaire », M. Ndiaye, (2014, p. 13). L’INSEED et le PAM (2014 p. 11) présente le Score de Consommation Alimentaire (SCA), qui est un standard d’appréciation des habitudes alimentaires, dont les valeurs varient de ≤ 28 à ≥ 42, exprimant le niveau de nutrition des ménages au Tchad. Ce standard traduit une alimentation très incomplète donc non équilibrée à la borne inférieure ou une alimentation plus ou moins équilibrée lorsqu’on évolue progressivement vers la borne supérieure. À l’issue des analyses, les ménages de Maro soumis à l’étude présentent un SCA inférieur à 28. Ce résultat traduit une consommation quasi nulle de tous les produits autres que les céréales et les tubercules consommés au minimum six jours par semaine, la consommation des protéines animales, des fruits et du lait étant nulle. Ainsi, le Score de Consommation Alimentaire (SCA) est un indicateur composite de mesure de vulnérabilité socioéconomique développé par lINEED et le PAM, (2014, p. 11) et M. Ndiaye, (2014, p. 7). Il démontre le risque d’insécurité alimentaire exprimé par les difficultés des ménages à varier les types d’aliments et à avoir plusieurs repas par jour. Il reflète la quantité (kcal) et qualité (nutriments - importance nutritionnelle) de l’alimentation des ménages.
En effet, les éléments nutritifs qui entrent dans l’alimentation humaine sont composés de cinq catégories : les protéines, les hydrates de carbone ou glucides, les lipides, les vitamines et les sels minéraux. Chaque élément des cinq catégories intervient dans l’organisme de l’Homme pour la satisfaction d’un besoin biologique (INSEED et PAM, 2014, p. 14 ; M. Ndiaye, 2014, p. 5 ; R. Guiryam, 2018, p. 84). Ces éléments sont complémentaires et l’absence, la carence ou l’excès de l’un d’eux ne peut pas être compensé par les autres et, par conséquent, a des répercussions sur l’organisme.
2.2.2.2. Une malnutrition avérée à Maro
La malnutrition est définie par FAO en 2017 comme une « condition physiologique anormale provoquée par une consommation inadéquate, déséquilibrée ou excessive de macronutriments et/ou de micronutriments. La malnutrition englobe la dénutrition et la surnutrition, ainsi que les carences en micronutriments » (FAO, 2017, p. 174). Elle se décline en fonction du niveau de gravité, en Malnutrition Aigüe Modéré (MAM) et en Malnutrition Aigüe Sévère (MAS).
Les cas de Malnutrition Aigüe Modérée et de Malnutrition Aigüe Sévère sont légions à Maro. Toutes les catégories démographiques en sont victimes mais, les personnes âgées de zéro à cinq ans, les femmes enceintes ou allaitantes et les personnes de troisième âge le sont davantage. D’après le rapport mensuel de l’Unité Nutritionnelle de l’Agence pour le Développement Economique et Social (ADES) du mois de décembre 2017, 16 cas de MAM et 26 cas de MAS avaient été enregistrés ; soit un total de 42 cas de malnutrition enregistrés en un mois. Il a été relevé ensuite 38,1% de MAM et 61,9% de MAS, chez les enfants âgés d’au plus 59 mois en mars 2018, dans le District de Santé de Maro (Planche photographique n°1).    
La photo A présente les enfants atteints de la Malnutrition Aigüe Modérée. Sur la photo B, on peut voir un enfant atteint de la Malnutrition Aigüe Sévère, couché sur un lit d’hôpital. On y constate visiblement, l’état d’amaigrissement avancé de cet enfant.  
Les enfants des familles des réfugiés, des migrants de retour et même des autochtones de Maro, sont victimes d’une alimentation non équilibrée qui les rend très vulnérables aux maladies liées à la malnutrition. D’après l’Assistant Nutritionnel de l’Agence pour le Développement Economique et Social responsable du service nutritionnel au camp des réfugiés centrafricains Belom, en la personne de Monsieur Rosaire Ngarnadjim, « le moment du pic de la malnutrition au camp correspond aux mois de mai, juin, juillet et août, car à cette période de l’année, il y a un manque criard de nourriture ; les enfants âgés de 0-59 mois en sont les principales victimes ». Selon les archives du District de Santé et les révélations de l’Assistant Nutritionnel de l’Agence pour l’ADES, ces cas de malnutrition se manifestent par :
- la carence du calcium pour la fortification des os chez plus de 40% d’enfants.
- le kwashiorkor qui est dû à une alimentation dépourvue de protéine, de vitamines et de calories chez 20% d’enfants malnutris;
- le problème de vision causé par le manque de la vitamine A pour dix pourcent d’enfants et d’adultes malnutris ;
- l’anémie causée par une alimentation qui manque de fer est observée chez 25% de patients ;
- les maladies liées au manque d’assainissement des aliments ingurgités (diarrhée, choléra, fièvre typhoïde,…) observées chez 35% de patients.
Les enfants réfugiés, ceux des migrants de retour ainsi que ceux des autochtones souffrants de malnutrition sont pris en charge par l’Unité Nutritionnelle Thérapeutique (UNT) et l’Unité Nutritionnelle Ambulatoire (UNA) qui leur donnent une supplémentation alimentaire énergétique constituée des Aliments Thérapeutiques Prêt à Emploi (ATPE), le lait thérapeutique F75 qui sert à stabiliser le métabolisme de l’enfant souffrant de malnutrition en phase aiguë et le lait thérapeutique F100 pour la phase de réhabilitation.
[2] Appellation en langue locale du récipient de mesure

3. Discussion

Traiter de la problématique de l’insécurité alimentaire à Maro peut susciter des polémiques  en raison de sa localisation dans la zone climatique naturellement favorable à la production agricole, comparativement à celles du même pays plutôt arides. En effet, l’insécurité alimentaire temporaire ou chronique touche 44% de la population tchadienne. Le PNUE (2011) mentionne que la ressource alimentaire se trouve désormais très insuffisante au Tchad, en relevant dans le même ordre d’idées que, ce pays connait un déficit de production céréalier depuis quelques années. Cette situation est due selon nombre d’auteurs, aux difficiles conditions climatiques et aux catastrophes naturelles, qui se manifestent par des vagues d’inondations et des sécheresses qui détruisent les cultures et conduisent les populations vers les épisodes de faim (PNUE, 2011, p. 46-47). Les zones les plus vulnérables sont celles du Centre, de l’Est et du Nord du Tchad. Ce sont des zones d’élevage transhumant, de cultures pluviales ou de décrues qui concentrent l’incidence de l’insécurité alimentaire sévère la plus élevée, atteignant 15 à 20% de la population. De plus, la reprise en 2019 des attentats terroristes et les attaques armées perpétrées par les islamistes de Boko Haram dans les villes et les villages de province du lac ont instauré un climat d’insécurité, préjudiciable au bon déroulement des différentes activités agro-sylvo-pastorales. Malgré la réponse humanitaire en cours, les populations sont toujours sérieusement touchées par la crise alimentaire et nutritionnelle parce qu'elles n'ont pas pu reprendre leurs activités agricoles permettant de couvrir leurs besoins (J. N. Bouyo Kwin, 2019, p. 10, J. N. Bouyo Kwin, et A Tatoloum, 2018, p. 15). L’afflux de réfugiés au sud allonge toutefois la liste des régions concernées par le risque d’insécurité alimentaire, dont Maro, située pourtant à l’extrême sud du pays, au climat plus favorable à l’agriculture que ceux des zones précédemment citées.
Au regard du nombre de bouches à nourrir, de la ressource alimentaire limitée et de la modicité de la ressource financière pour s’en procurer, l’insécurité alimentaire est prégnante à Maro. L’on y observe d’ailleurs régulièrement, le basculement de la situation d’insécurité alimentaire, vers la malnutrition déclinée en MAM et MAS dans certains ménages. Le pic de la manifestation de cette malnutrition coïncide bien avec la période de l’année où les populations rencontrent plus de difficultés pour accéder aux denrées alimentaires, du fait de leur rareté et de leurs coûts élevés. Il ressort des observations faites dans cet article que la population de Maro ayant augmenté de façon exponentielle, rend difficile l’accès aux ressources alimentaires. Le moins que l’on puisse dire pour justifier cet état des choses c’est que l’explosion démographique y génère une augmentation des besoins à satisfaire et une pression sur ces ressources, exercée par une population composée désormais non plus seulement d’autochtones, mais aussi de réfugiés et de migrants de retour. L’exposition de la population à l’insécurité alimentaire, puis, à la malnutrition dans les zones d’accueil des réfugiés du fait du déséquilibre entre l’offre et la demande en denrées alimentaires, a également été observée dans les camps de réfugiés au Cameroun (J. Lémouogué, 2019a, p. 147). En effet, la situation nutritionnelle se complexifie d’avantage avec l’accroissement du nombre de bouches à approvisionner, suite à l’arrivée des réfugiés plutôt démunis et dépendants de la générosité des humanitaires.
De plus, la localité de Maro bien que favorisée par sa situation dans la zone climatique soudanienne, est durement frappée de plein fouet par les changements climatiques qui y impactent indubitablement les activités agricoles. Aussi, selon le responsable de l’Office Nationale de Développement Rural (ONDR) rencontré sur le terrain, les rendements agricoles y sont de plus en plus faibles depuis le début des années 2000, à cause de l’infertilité du sol et de la dévastation des champs par les bétails des éleveurs (R. Guiryam, 2018, p. 71). Ces contraintes naturelles, sont exacerbées par celles conjoncturelles et culturelles. La forte spécialisation traditionnelle des systèmes agricoles induit la nécessité d’échanges entre produits agricoles et animaux : les plus pauvres qui doivent acheter leurs aliments sont les plus vulnérables aux fluctuations des marchés. Par conséquent, la composition du plat dans un ménage est fonction du type d’aliment produit par ce ménage et de ses possibilités d’accès à la ressource alimentaire. Les ménages les plus aisés sont ceux qui ont le plus fort taux d’autoconsommation. Les repas de la grande majorité ne contiennent que très peu de légumes et de fruits, pourtant nécessaires pour leurs apports en vitamines et minéraux.
Il est à relever qu’au-delà de l’insécurité alimentaire, l’accroissement brusque et important de la population sur un territoire pose le problème de survie, si les mesures d’accompagnement ne suivent pas (K. Rideout, 2009, p. 12 ; P. D. Fall, 2016, p. 15 ; OXFAM, 2016, p. 6 ; FLM, 2017, p. 5 ; J. Lémouogué et al, 2019 p. 65-66). Cette survie passe indiscutablement par la disponibilité des ressources alimentaires adéquates pour la nutrition et bien d’autres moyens d’existences comme le logement, les soins de santé, etc. (J. Lémouogué, 2019a, p. 142). C’est pourquoi l’augmentation explosive de la population sur un espace est généralement suivie de la pression sur les ressources. Cette réalité a été relevée dans les travaux de P. Ahidjo, (2015, p. 4) et de S. Sadjo Labe et al. (2018, p. 20), qui ont démontré chacun, la pression des réfugiés sur les ressources de certaines zones d’accueil au Cameroun. La même idée est entretenue par P. Kamdem, (2016, p. 1, p. 16), J. Lémouogué, (2019a, p. 144), qui relèvent la vulnérabilité des populations réfugiées et hôtes, face à l’insuffisance des ressources et services disponibles dans certaines zones. Aussi, selon PAM (2019), la pression démographique occasionnée par l’afflux massif des personnes déplacées et des réfugiés dans la commune de Bol a favorisé le partage des ressources et la dégradation des conditions de vie de la population hôte (J. N. Bouyo Kwin, et A Tatoloum, 2018, p. 861).

Conclusion     

L’article repose sur un travail méthodologique, malgré quelques limites liées à l’indisponibilité de certaines données. L’absence des informations chiffrées sur la situation nutritionnelle avant l’arrivée des réfugiés dans la zone d’étude, ne nous a pas permis de faire une analyse diachronique de tous les aspects du l’insécurité alimentaire, notamment la malnutrition. Néanmoins, les données de l’ADES et les témoignages des populations sur la question, nous ont permis de compléter les informations obtenues par l’enquête par questionnaire et les interviews, afin de faire la démonstration du lien entre la croissance exponentielle de la population de Maro reposant sur le croît naturel et l’afflux de migrants (réfugiés centrafricains et tchadiens migrants de retour de la RCA) et l’insécurité alimentaire.
Nous pensons en revanche que cette absence de données d’avant 2013[3], justifierait bien que le problème de malnutrition dans la zone attire depuis peu de temps, l’attention des organismes nationaux ou internationaux en la matière. L’État et le PAM qui travaillent conjointement pour apporter des solutions aux localités les plus touchées par l’insécurité alimentaire, ne se sont pas penchés sur la localité de Maro car, elle ne faisait probablement pas partie des zones les plus sinistrées. C’est après l’installation des réfugiés dans la zone, que plusieurs missions d’évaluation de la sécurité alimentaire s’y sont multipliées et ont produit des rapports publiés sur les sites internet. Si cette assertion est avérée, alors, nous sommes en droit de dire que la malnutrition est liée à l’afflux des réfugiés à Maro. Au cas contraire, l‘insécurité alimentaire serait attribuée aux perturbations connues par des facteurs naturels du milieu, qui impactent la production agricole tel que constatées par le PNUE et la FAO.
Par ailleurs, bien que la méthode « boule de neige » utilisée pour la collecte des données pour cet article ait permis de réduire considérablement les coûts de la recherche et la durée d’enquête, elle a diminué la probabilité que l’échantillon représente une bonne session transversale de la population cible. C’est aussi pour cette raison, outre les grandes tailles des populations mères, que les échantillons des populations enquêtées (réfugiés, tchadiens migrants de retour, autochtones) ne sont pas représentatifs de ces populations mères. Toutefois, cette non représentativité n’a pas impacté la véracité des informations reçues et appréciées, en fonction de notre connaissance du terrain d’étude. Ce qui a permis néanmoins de construire le raisonnement scientifique et d’atteindre l’objectif de la recherche.
Il ressort de nos investigations que l’insécurité alimentaire est multifactorielle à Maro. Toutefois, les facteurs naturels et démographiques sont les plus marquants. Elle a été aggravée ces dernières années par un accroissement exponentiel de sa population dû à l’afflux de demandeurs d’asile venant des pays voisins à l’instar des centrafricains, ainsi qu’au retour des tchadiens jadis ayant migré en RCA. L’insécurité alimentaire est alors la conséquence du déséquilibre entre l’offre et la demande en denrées alimentaires, créé par l’augmentation de la population à Maro.
Une population réfugiée toujours plus nombreuse, exerce une forte pression sur les ressources alimentaires de Maro déjà insuffisantes. Il ressort des enquêtes que 98% de ménages réfugiés, 64% de ménages retournés et 74% de ménages autochtones ont un seul repas par jour. Il en découle une situation d’insécurité alimentaire caractérisée par le difficile accès à l’alimentation, qui traduit à son tour l’insuffisance alimentaire en quantité et en qualité. Cette situation bascule rapidement en malnutrition en fonction des saisons et des catégories socio-économiques et démographiques des ménages. Les personnes âgées de zéro à cinq ans sont plus exposées ; elles le sont davantage lorsqu’elles sont issues des familles les plus démunies. Un total de 42 cas de malnutrition est enregistré en un mois, dont 38,1 % de cas de MAM et 61,9 % de cas de MAS. Cette situation persiste malgré la prise en charge des réfugiés et tchadiens par l’État et les ONGs.
À la recherche des solutions durables pour réduire l’effet de l’insécurité alimentaire chez les réfugiés centrafricains, le HCR et l’Etat tchadien agissent sur la vulnérabilité socioéconomique dans leur politique de prise en charge et d’encadrement des réfugiés. Ces acteurs humanitaires préconisent l’autonomisation socioéconomique des réfugiés, pour réduire leur vulnérabilité. Ils intègrent pour ce faire des formations et le soutien à la pratique des activités économiques, afin de renforcer leur capacité à pouvoir se prendre en charge. Il a donc été mis sur pied à cet effet, la politique des Activités Génératrices de Revenus (AGR) par le HCR et ses partenaires. Toutefois, les perspectives de réduction significative du risque d’insécurité alimentaire ou de ses effets, résident dans le renforcement de l’accompagnement des populations par les programmes d’insertion des réfugiés et migrants de retour, déjà conduits par l’État et les ONGs. En revanche, le retour de la paix dans la sous-région Afrique centrale ne serait-il pas fondamental comme solution à la cause principale de l’insécurité alimentaire à Maro ?
[3] Les premiers flux importants des réfugiés centrafricains et des Tchadiens migrants de retour sont arrivées à Maro en 2013.

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Pour citer cet article


Référence électronique
GUIRYAM Richard, LEMOUOGUE Joséphine, BOUYO KWIN Jim Narem et KAHOU NZOUYEM Jasmine Laurelle, Afflux des refugiés Centrafricains et accroissement de l’insécurité alimentaire à Maro (sud du Tchad). Quelles conséquences sur la santé ?a=Territoires,Mobilités et Santé , Revue Espace, Territoires, Sociétés et Santé ,[En ligne] 2020, mis en ligne le 30 Juin 2020, consulté le 2020-12-03 18:04:12, URL: https://www.retssa-ci.com/index.php?page=detail&k=83