2020/Vol.3-N°5: Système alimentaire urbain et santé en Afrique
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Kossou : un pôle de production halieutique en décadence
Kossou: a decoding fisheries production center

DIARRA Ali
Enseignant-Chercheur, Maître-assistant
Département de géographie
Université jean Lorougnon Guédé, Daloa (Côte d’Ivoire)
diarraali225@yahoo.fr


Résumés



Entrée d'Index


Mots clés: Lac de Kossou | Fleuve Bandama | pêcheurs | production halieutique |

Keys words: Kossou lake | Bandama river | fishermen | fishery production |


Texte intégral




Introduction

La pêche est l’une des plus anciennes activités qui procurent à l’homme des moyens de subsistance (J. Daget, 1994, p. 17). En outre, selon Anonyme, (1993, p. 10) ;  J-C Micha et V. Franck, (2004, p. 3), le poisson représente la principale source de protéine (plus 70%) pour la population africaine. En Côte d'Ivoire, du fait de la qualité nutritive du poisson, un accent particulier a été mis sur sa production. Ainsi, en plus de l’agriculture et de l’élevage, un intérêt est accordé à la pêche sur les lacs créés par les barrages hydroélectriques. C’est le cas du lac de Kossou, aménagé sur le Bandama. Il a été l’un des principaux lieux de concentration des activités de la pêche continentale. Il constituait même une source de revenu importante pour plusieurs acteurs. Cette retenue d’eau constituait pour la région, un centre important d’approvisionnement en poisson d’eau douce, ce que confirment S. K. Da Costa et al. (2002, p. 5). Pour améliorer la production halieutique de ce plan d’eau continentale, l’on a procédé à l’introduction de plusieurs espèces aquacoles. La prolifération de celles-ci a suscité un déplacement massif de pêcheurs des pays limitrophes (A. F. Vanga, 1994, p. 8). Aujourd’hui, vu le recul de sa production, ce lac, semble perdre de sa valeur (S. K. Da Costa et Y. M. Diétoa, 2007, p. 14) à l’instar des autres régions productrices de ressources halieutiques de Côte d’Ivoire (FAO, 2008,  p. 5). Malgré l’existence d’un lac de barrage avec de grandes potentialités en produits halieutiques, le lac de Kossou enregistre une baisse accélérée au niveau de sa production (2000 à 272 tonnes entre 2002 et 2008) (Inza Kader, 2008, Journal Nord-Sud). Partant de ce constat, nous nous posons la question de savoir : Quels sont les facteurs qui entrainent la baisse de la production halieutique à Kossou et quelles en sont les conséquences ? L’objectif de cette étude est d’analyser la situation de la pêche sur le lac Kossou en montrant les causes et les conséquences de la baisse de la production halieutique.

1. Approche méthodologique

1.1. Cadre géographique

Situé dans le centre ivoirien, entre 6°58’ de latitude Nord et 5°28’de longitude Ouest le lac de Kossou (Carte n°1) s’étend sur une superficie de 1700 km2. Il est issu de la construction d’un barrage hydroélectrique sur le fleuve Bandama. Il est limité au Nord par les départements de Béoumi, Sakassou et Bouaké, au Sud par les départements de Yamoussoukro et Bouaflé ; à l’Ouest par le département de Zuénoula et au Sud-est par le département de Tiébissou.

 1.2. Données et méthodes

Cette étude a été menée sur le lac de Kossou, portant sur le problème lié à la baisse régulière de la production halieutique. La réalisation de ce travail s’est appuyée sur la recherche documentaire, un entretien et une enquête par questionnaire.
La recherche documentaire a consisté à recourir à des ouvrages et travaux antérieurs pour rechercher les informations relatives à la baisse de la production halieutique sur le lac Kossou. Notre étude s’est appuyée sur des entretiens semi-directifs qui se sont fait avec l’un des agents du Poste d’Elevage et des Ressources Halieutiques (PERH) et trois chefs de campement de pêcheurs en vue d’appréhender la situation de la pêche locale. Elle a consisté à identifier les espèces aquacoles présentes et disparues ainsi que la communauté de pêcheurs.
Quant à l’enquête par questionnaire, elle a porté sur l’ensemble des pêcheurs (60 pêcheurs) et mareyeuses (15 mareyeuses) de Kossou et s’est déroulée durant tout le mois de décembre 2019. Elle s’est articulée autour de la production halieutique et du circuit de distribution de celle-ci. Ainsi sur la base de la faible proportion des acteurs de pêche nous avons procédé à un échantillonnage exhaustif. Les questionnaires ont porté sur les différents types d’espèces de poissons mais aussi sur les difficultés que rencontrent les acteurs face à la baisse des produits halieutiques. L’enquête s’est déroulé dans trois campements de pêches à savoir Bocabo , Mahounou et Toumbokro. Le logiciel Excel version 2016 a servi pour faire ressortir les statistiques liées aux données quantitatives collectées à travers des analyses corrélationnelles et des analyses multivariées.
Les liaisons nombre de pêcheurs/production halieutique ont été effectuées au moyen du coefficient de corrélation (R) de Pearson, qui montre l’ampleur et le sens (positif ou négatif) de l’influence nombre de pêcheurs (x) sur la production halieutique (y). Il se calcule par la formule suivante :
Comme une covariance est forcément inférieure ou égale au produit des écart-types, le coefficient est compris entre -1 et 1. Un signe négatif indique que y varie en sens inverse de x et on parle alors de corrélation négative. Si le coefficient de corrélation est proche de 0, les deux variables sont linéairement indépendantes tandis qu’une liaison linéaire est d’autant plus marquée que le coefficient s’approche de 1 ou -1.
La réalisation des cartes a été rendue possible grâce au logiciel Arcgis version 10.5. Ce logiciel nous a permis aussi de faire une analyse spatiale des données obtenues

2. Résultats

2.1. Indicateurs de la baisse de la production halieutique dans le lac de Kossou

2.1.1. Forte diminution du nombre de pêcheurs sur le lac Kossou
A Kossou, l’évolution du nombre de pêcheur est intimement liée à l’évolution qualitative de la production halieutique. Cependant, ce nombre a connu une baisse progressive, depuis 2012 jusqu’à 2016 (Graphique n°1).
Le graphique ci-dessous évoque l’évolution en baisse du nombre des pêcheurs de 2012 à 2016. En effet, depuis la création du lac en 1972, cette vaste retenue d’eau connait une intense activité de pêche avec l’augmentation des pêcheurs. Cependant, les effectifs ont connu une baisse régulière ces dernières années. Les effectifs de pêcheurs sont passés de 112 en 2012 à 60 à 2016.
Cette tendance à la baisse du nombre de pêcheurs est due à l’appauvrissement du lac en ressource halieutique entrainant la migration de ces acteurs vers d’autres activités plus rentables.
2.1.2. Baisse de la production
Le graphique n°1 présente également l’évolution de la production de poisson sur le lac Kossou de 2012 à 2016. Elle se fait en trois phases distinctes. La première phase part de 2012 à 2013 où la production connait une baisse. Elle passe de 130 345 kg en 2012 à 126 726 kg en 2013. La seconde phase (2013-2014) enregistre une hausse négligeable de l’ordre 0,1%. La production passe ainsi de 126 726 kg en 2013 à 126 859 kg en 2014. Cependant, à partir de l’année 2014 jusqu’à l’année 2016, la production de poisson a considérablement baissée, passant ainsi de 126 859 Kg en 2014 à 86 965 Kg en 2016 soit une régression de 31% de la production halieutique sur le lac Kossou (Graphique n°1). Cette tendance de la production halieutique s’explique par la baisse du nombre de pêcheurs observée à partir de 2014. Ce nombre estimé en 2012 à 112 pêcheurs est passé à 88 en 2014 puis à 60 pêcheurs en 2016 (Graphique n°1).
La mise en corrélation des données de production halieutique et du nombre de pêcheurs indique une forte relation entre ces variables (R=0,89). Cette forte corrélation montre que la modification du nombre de pêcheurs a un impact négatif sur la production halieutique. Le nombre de pêcheurs est donc un facteur susceptible d’influencer la production halieutique.

2.2. Facteurs de la baisse de la production halieutique du lac de Kossou

2.2.1. Usage d’engins et de pratiques de pêche non règlementaires sur le lac
Un des grands maux de la pêche est sans conteste le pillage massif des eaux par certains pêcheurs pratiquant une pêche illégale, non déclarée et non réglementée. Cette pêche est marquée par l’utilisation d’engins prohibés notamment les barrements, les bambous, les rôniers et des filets de petites mailles inferieures à 35 mm. Aussi, il faut noter la pratique de mauvaises techniques de pêches telle que la pêche à la battue ou le tapage d’eau. Les bambous, le rônier et les bidons sont utilisés pour l’enlèvement des poissons gestants, en particulier l’espèce Chrysichthys. Ces engins et techniques de pêche contribuent à la destruction des stocks de poisson (Photo n°1). L’utilisation abusive de certains engins et la pratique de la pêche sur toute l’année ne permettent pas un bon cycle de reproduction sur le lac.
L’inventaire des engins de pêche utilisé sur le lac de Kossou a permis d’identifier six types d’engins. Il s’agit notamment des engins individuels (filets maillants, éperviers, nasses, bambou-piège et palangres) et collectifs (sennes de rivage). Les engins utilisés sont pour la plupart confectionnés avec des filets dont les mailles ne sont pas réglementaires (Photo n°2). Et pour autant, les filets maillants et les nasses constituent l’essentiel des engins de pêche sur le lac. L’usage non conventionnel des sennes de rivage et des filets de mailles non recommandé empêche le renouvellement des ressources halieutiques sur le lac.
2.2.2. Ralentissement de l’activité de pêche par des végétaux aquatiques envahissants
En dehors des mauvaises pratiques de pêche, l’avancée des végétaux flottants qui ont fait leur apparition en 2014 sur le plan d’eau du lac contribuent à ralentir l’activité de production du lac. Du fait de leur importante capacité de propagation et de régénération, ils constituent une gêne pour les activités nautiques et réduisent l’accessibilité aux zones de pêche. Aussi, les macrophytes dégradent la qualité de l’eau en interceptant la lumière (Photo n°3).
2.2.3. Pollution de l’eau due à l’orpaillage clandestin
L’une des causes de la baisse de la production halieutique sur le lac Kossou est le rejet des eaux usées dû à la recherche artisanale d’or. La recherche de cette pierre précieuse qui s’exerce sur le fleuve ou parfois même sur le lac perturbe les activités de pêche. En effet le lavage de cette pierre qui consiste à séparer l’or des alluvions (sable, argile, gravier…)  rend l’eau trouble et boueuse (Photo n°4). Aussi, le bruit (bruits des machines) occasionné par cette activité n’est pas propice à la pêche.

2.3. Impacts de la baisse de la production halieutique du lac de Kossou

2.3.1. Disparition de certaines espèces de poisson sur le lac Kossou
Autrefois, les eaux du lac de Kossou étaient riches en espèces de poissons notamment Oreochromis (tilapia) ; Chrysychtys (machoîron gris) ; Clarias (silure) ; Lates (capitaine) ; Labeo ; Synodontis (machoîron jaune) ; Heterotis (cameroun) ; Distichodus ; Pellonula ; Mormyrops. De nos jours, le lac de Kossou s’est considérablement appauvri en espèces de poisson. Il ne regorge que deux espèces de poissons qui constituent l’essentiel des captures des pêcheurs. Ce sont par ordre d’importance, le chrysichtys (machoîron gris), l’Oreochromis (tilapia) (Photo n°3). Parfois, à certaines saisons, on y retrouve le Synodontis (machoîron jaune) (Photo n°2), le Lates (capitaine), le Clarias et l’Heterotis (cameroun).                              
2.3.2. Le déclin du commerce des produits halieutiques
Au cours des cinq (5) dernières années la production de poisson par pêcheurs a baissé. En effet, dans les années antérieures l’activité de pêche était très intense avec 2 à 3 débarquements de 20 Kg en moyenne par pêcheur. Cette abondance de la production halieutique permettait au lac de Kossou d’approvisionner les marchés de plusieurs grandes villes ivoiriennes (Carte n°2).
Cependant, depuis 2017, le constat est tout autre ; la production halieutique a considérablement baissé. Les pêcheurs ne peuvent vendre actuellement que 15 kg de poissons par semaine soit 2 kg de poisson par jour. Cette baisse drastique de la production halieutique sur le lac a fortement limité le circuit commercial du poisson sur un rayon très réduit au tour de Kossou.
Ces produits autrefois commercialisés dans toute la Côte d’Ivoire sont maintenant réservés au marché local et à certaines localités voisines du lac à savoir Yamoussoukro, Bouaké, Bozi, Bouaflé ainsi que la ville d’Abidjan (Carte n°3). 
La carte ci-dessus montre qu’après la chute de la production de l’activité de pêche sur le lac de Kossou, l’accès est devenu plus difficile. La baisse de la productivité du lac induit nécessairement une limitation de son exploitation, en vue de permettre aux ressources halieutiques de se régénérer.
Les mareyeurs se chargent de l’approvisionnement du marché local et régional en produits halieutiques frais et fumé (Tableau n°1).
Le tableau°1 présente la production de poisson sur le lac de Kossou. Deux espèces de poisson constituent l’essentiel des captures depuis 2017 (Oreochromis Chrysichtys). La rareté de certaines espèces est aussi l’une des causes de la baisse de la production. La conséquence est l’augmentation du prix du poisson du lac sur le marché. Le kilogramme de poisson qui était à 500 FCFA est passé à 1000 frs FCFA/kg, 1250 FCFA frs voir 1500 frs FCFA/kg selon l’espèce capturé.
2.3.3. Impacts socio-économique de la baisse de la production halieutique
Le premier constat que l’on fait sur l’impact de la baisse de la production est l’appauvrissement des pêcheurs. En effet, dans les années antérieures, un pêcheur faisait en moyenne deux ou trois débarquements par jour avec une production moyenne comprise entre 20 Kg et 25 Kg de produit halieutique par débarquement et leurs gains mensuels pouvaient avoisiner 300 000 FCFA. Mais le constat est tout autre ces dernières années, il arrive d’observer un seul débarquement par pêcheur. Et même certains reviennent bredouille des sorties de pêche. Ainsi, le poisson pour l’alimentation des ménages de Kossou se fait très rare. Cette situation fait que bon nombre de pêcheurs ont délaissé cette activité (60 de 2012 à 2016 soit 46% d’abandon), augmentant ainsi le taux de chômage dans cette localité.
Cette situation de rareté de poisson du lac a aussi entrainé une hausse rapide des prix de produits de la pêche sur le marché. Pour exemple, l’espèce Lates qui était vendue au débarcadère dans les années 1975 au prix de 300 FCFA le kilogramme, est passé dans les années 2000 à 1000 FCFA. Aujourd’hui, il est vendu à 1500 FCFA le kilogramme (tableau°1). Enfin, la baisse de la production et l’appauvrissement du lac a accentué le phénomène de migration chez les pêcheurs, vers d’autres eaux plus riches en poissons. Ce qui ne permet pas de maitriser l’effectif des pêcheurs. D’autres pêcheurs se sont reconvertis en orpailleurs clandestins, une activité très rependue dans cette partie du pays.
Aujourd’hui, l’appauvrissement du lac a fait naître une nouvelle forme de partenariat entre pêcheurs et mareyeurs. Ce contrat consiste d’une part pour le mareyeur de fournir le matériel de travail (filets ; pirogue…) au pêcheur et d’autre part pour ce dernier à vendre l’exclusivité de sa production au premier, et très souvent à crédit. Ce système traditionnel de crédit est source de nombreuses incompréhensions et de conflits entre les acteurs. Ce système est la source de l’endettement de nombreux pêcheurs et l’abandon de leur métier.

3. Discussion

Les observations effectuées au niveau du lac de Kossou et les informations recueillis auprès des pêcheurs ont montré la baisse de production des espèces halieutiques. Cette baisse s’explique par la décroissance du nombre de pêcheurs. Cela a été signifié dans les rapports de pêche (Anonyme, 2012, p. 10). Ces rapports ont montré la présence d’une forte communauté de pêcheurs en 2012 qui par la suite a baissé du fait du faible rendement de la production halieutique. Ce phénomène a entrainé des conflits entre pêcheurs et mareyeurs et certains pêcheurs ont migré vers d’autres activités plus rentables.
Nous avons aussi l’usage de techniques et méthodes de pêche non règlementaires et non conventionnelles qui impact considérablement la production halieutique. Ce point de vue est confirmé par les travaux de S. K. Da Costa et M. Y. Dietoa, (2007, p. 6). Pour la (F.A.O 2005 p. 16) l’usage  principalement des filets maillants, des sennes, des pêcheurs qui se concentrent sur le lac de Buyo expliquent le déclin de la ressource dans la zone et la surexploitation.
Ces mêmes résultats  sont soutenus par (O.M Koita, 2017, p. 90) qui soutient qu’en Guinée la baisse de la production halieutique au niveau de la pêche artisanale  est dûe à la forte concentration des pêcheurs sur les sites de pêches, l’utilisation des engins non règlementaires pour la pêche. Cependant Il a au-delà de nos résultats obtenu en affirmant que la croissance démographique aussi jouait un rôle clé dans la baisse de la production. Car la destruction des habitats et la fuite de beaucoup d'espèces de poissons et de crustacés sont occasionnées par la coupe abusive du bois de mangrove et par la pollution.
 Leurs résultats indiquent que la baisse de la production est liée à l’utilisation abusive de certains engins et la pratique de la pêche sur toute l’année. Ainsi, le sous-équipement des autorités en charge de la gestion du lac comme le signifient B. K. Kien et al. (2018, p. 4), le manque de moyen des services en charge de la gestion de la pêche ne permet pas un contrôle et une surveillance efficace des activités de pêche. En outre (C.Chaboud et al, 2000, p. 106) démontre dans ses travaux que la sécheresse joue un rôle important dans la réduction de la production halieutique en Afrique sahélienne dans la mesure où certaines rivières de régions à peuplement dense sont désertes par les populations pour des raisons sanitaires, comme les rivières dans savane infecté par la bilharziose. Les résultats de notre étude ont aussi démontré que l’orpaillage favorisait la baisse de la production halieutique. Ces résultats sont confirmés par (F.B.Cissé, 2017, p. 41) qui affirme que la pollution  des ressources en eau par l’ 'exploitation artisanale de l’or entraîne une mortalité importante des poissons, et donc une chute du potentiel de pêche autrefois important.
Aussi, la prédominance des végétaux flottant sur le plan d’eau du lac puis la pollution de l’eau due à la pratique de l’orpaillage. Ce qui amène (C. Lévèque et al, 1999, p. 8)  à signifier que ces modifications ont rendu les conditions de la pêche sur le lac de Kossou plus difficiles. Ces résultats concordent avec ceux de (F. A. Vanga et al, 2008, p. 8) qui stipulent que cette situation résulte aussi de l’irrégularité des pluies entrainant la baisse du volume d’eau sur le lac avec des conséquences, tel que la réduction des champs pour l’activité de pêche. Enfin, la situation socio-économique des pêcheurs due à la baisse de la production halieutique reste précaire à cause de l’incertitude qui plane sur l’activité de pêche avec des conséquences sur les ressources halieutiques (F. A. Vanga, 2001, p. 4). Cette situation socio-économique est justifiée par (J.Quensière, et al, 1994, p. 425). Pour ces auteurs la  paupérisation croissante des pêcheurs dont le pouvoir d’achat a diminué de plus de cinquante pour cent depuis l’indépendance, ne résulte pas seulement de la diminution d’abondance du poisson mais également de la difficulté croissante de le vendre bien.

Conclusion

Ce travail a permis d’exposer quelques aspects de l’état de la baisse régulière de la production halieutique à Kossou. Cette baisse est liée à plusieurs facteurs dont la baisse du nombre de pêcheurs, les mauvaises pratiques de pêche, l’utilisation d’engins non conventionnels, les pollutions par l’orpaillage, l’avancée des végétaux aquatiques envahissants. Aussi, une réflexion assez avertie sur la question nous a permis de constater que cette situation de plus en plus inquiétante plonge aujourd’hui un bon nombre de pêcheurs dans la misère, et suscite l’abandon de l’activité de pêche.
La conduite d’une bonne politique de réinsertion des bases de la pêche sur le lac de Kossou nécessite une lutte efficace contre les végétaux aquatiques et l’orpaillage clandestin. Aussi, il faut définir une période de repos biologique du lac afin de permettre la régénérescence de la faune aquatique. Les propositions avancées pour être efficaces devront s’insérer dans des politiques de gestion des ressources halieutiques pour sauver l’activité halieutique à Kossou. La mise en place d’une gestion durable des ressources halieutiques exige dans ce sens que les autorités compétentes prennent des mesures strictes. Ces mesures devront permettre le respect des règles en vigueur et de l’interdiction de l’usage des filets de mailles inférieurs à 10 mm. Enfin, un plan d’aménagement prenant en compte une meilleure formation des pêcheurs afin de relancer l’économie de la pêche à Kossou s’impose.

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Pour citer cet article


Référence électronique
DIARRA Ali, Kossou : un pôle de production halieutique en décadence , Revue Espace, Territoires, Sociétés et Santé ,[En ligne] 2020, mis en ligne le 30 Juin 2020, consulté le 2020-09-20 16:17:33, URL: https://www.retssa-ci.com/index.php?page=detail&k=90