2020/Vol.3-N°5: Système alimentaire urbain et santé en Afrique
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Sécurité alimentaire et santé urbaine en Afrique Sub-saharienne : influence du mode d’alimentation sur la prévalence du diabète sucré à Abidjan (Côte d’Ivoire)
Food safety and urban health in Sub-saharan Africa: influence of the feeding mode on the occurrence of diabetes mellitus in Abidjan (Côte d’Ivoire)

BAKARY Koné
Assistant, Groupe de Recherche Espace Territoires Sociétés et Santé (GRETSSA)
Université Félix Houphouët-Boigny (Abidjan - Côte d’Ivoire)
Institut de Géographie Tropicale
konesidick@yahoo.fr


Résumés



Entrée d'Index


Mots clés: Côte d’Ivoire | Abidjan | diabète | inégalité environnementale | sécurité alimentaire |

Keys words: Côte d’Ivoire | Abidjan | diabete mellitus | environmental inequality | food security |


Texte intégral




Introduction

Le diabète sucré et la sécurité alimentaire sont des préoccupations majeures pour la communauté scientifique et pour les décideurs. Le diabète sucré est plus qu’un problème de santé publique. Il constitue un problème de  développement dans  le  monde principalement  dans les pays en développement. Sa prévalence ne cesse d’augmenter. À l’échelle mondiale, on estime à 422 millions le nombre des adultes qui vivaient avec le diabète en 2014, contre 108 millions en 1980. La prévalence mondiale du diabète (normalisée selon l’âge) a presque doublé depuis 1980, passant de 4,7 à 8,5 % de la population adulte (OMS, 2016). Le diabète a provoqué 1,5 million de morts en 2012. Une glycémie supérieure à la normale, qui accroît le risque de maladies cardiovasculaires et d’autres pathologies, a été la cause de 2,2 millions de décès supplémentaires. 43 % de ces 3,7 millions de décès concernent des personnes de moins de 70 ans. Le pourcentage des décès imputables à l’hyperglycémie ou au diabète qui surviennent avant l’âge de 70 ans est plus élevé dans les pays à revenu faible ou intermédiaire que dans les pays à revenu élevé (OMS, 2016).Les statistiques de 2000 rapportaient  200  millions  de diabétiques  et  en  prévoyaient 380 millions pour 2025 (J. R. Abodo, 2016, p. 3). Aujourd’hui, ces chiffres sont  largement dépassés. En effet, selon la huitième édition de l’Atlas du diabète de la FID (International Diabètes Federation), en 2017, le nombre de diabétiques est de 425 millions et les nouvelles estimations, pour 2045, sont de 628,6 millions de personnes (IDF,2017, p. 41).  Environ 77% des personnes vivant avec le diabète sont dans les pays en développement. Aux États-Unis et en Europe, l'on s'accorde pour dire que le diabète a une prévalence de l'ordre de 2 %. En Afrique noire, selon Lokrou et al. ; Paillet et al. cités par A. M. Wognin (2004, p. 7), sa fréquence hospitalière varie entre 1,9% et 7,05%. La Côte d’Ivoire n’échappe pas à l’épidémie. Dans ce pays, la prévalence du diabète est passée de 5,7%  avant 2000 à  9,6  %  en  2010 (J. R. Abodo, 2016, p. 3).
Pour K. V. Adouéni (1989, p. 7) le diabète sucré n'est pas une maladie. C’est un syndrome,  c'est-à-dire un regroupement de manifestations communes à des affections tout à fait différentes. A. M. Wognin (2004, p. 7) soutient que le diabète sucré est une pathologie métabolique caractérisée par un état d'hyperglycémie chronique résultant d'une utilisation défectueuse des hydrates de carbone. La glycémie est le taux de glucose contenu dans le sang. Le contrôle de la glycémie permet de déterminer si un patient est atteint d'un diabète. De façon conventionnelle, chez l'homme, la valeur maximale à jeun, admissible pour ne pas être considérée diabétique, qui était autrefois de 1,4 g/l a été ramenée à 1,26 g/l dans les années 1990. L’établissement de ce nouveau seuil repose sur des analyses statistiques. Il a été constaté qu’au-delà de ce seuil le risque de rétinopathie lié à la glucotoxicité, augmente. À jeun, on parle  d’hypoglycémie lorsque le taux est Inférieur à 0,7 g/l de sang. Entre 0,7 et 1 g/l de sang la glycémie est dite normale. Entre 1 et 1,25 g/l de sang, on parle hyperglycémie modérée. Au-delà de 1,26 g/l de sang, on parle de diabète. Après un repas on parle de diabète lorsque la glycémie dépasse  les 1,26 g/l (A. M. Wognin, 2004, p. 19). La présence du diabète sucré en Côte d’Ivoire permet de faire un certain nombre de constats.
Premièrement, on assiste à une  expansion rapide du diabète en milieu urbain. En se fondant sur  l'âge du sujet diabétique, on constate qu’aucun groupe n’est épargné. On a le diabète infantile ou de l'enfance  (0-14 ans), le diabète du sujet jeune (de 15 à 24 ans), le diabète de l'adulte (de 25 à 64 ans) et le diabète du sujet âgé (au-dessus de 65 ans).
Deuxièmement, le diabète sucré n’est ni une pathologie microbienne ni une pathologie virale. Même s’il a une relation avec l’hérédité, Il  a un lien avec l’alimentation. C’est une pathologie métabolique.
Troisièmement, le diabète sucré est présent dans toutes les communes d’Abidjan. Certaines études aboutissement à une prédominance des riches quand d’autres mettent en évidence la prédominance des pauvres. Les travailleurs ont le même mode d’alimentation.  De ces constats découle une question fondamentale : Le mode d’alimentation a-t-il une influence sur la prévalence du diabète sucré à Abidjan ?  C’est  à cette question que l’étude ambitionne d’apporter une réponse. Cette préoccupation nous amène de façon spécifique à :
- Décrire la prévalence du diabète sucré à Abidjan;
- Présenter le mode d’alimentation à Abidjan;
- Analyser la relation du mode d’alimentation et la prévalence du diabète sucré.

1. Méthodologie

1.1. Présentation de la zone de travail

L'agglomération d'Abidjan est située dans le Sud de la Côte d'Ivoire, au bord du golfe de Guinée et traversée par la lagune Ébrié. Elle s'étend sur une superficie de 57 735 ha. Ancienne capitale administrative et politique de la Côte d’Ivoire jusqu'en 1983, date de son remplacement par Yamoussoukro, elle est la ville la plus peuplée de l'Afrique de l'Ouest francophone. Elle a une population de 4 707 000 habitants qui correspond à 21% de la population ivoirienne (RGPH, 2014). Abidjan représente, à vol d'oiseau, une étendue d'une douzaine de kilomètres du Nord au Sud et d'une dizaine d'Est en Ouest. La ville d'Abidjan s'étend sur une superficie de 422 km2 alors que le district d’Abidjan s'étend sur 2 119 km2. Depuis 1978, la ville est constituée de dix divisions administratives, appelées communes : Abobo,  Adjamé,  Attécoubé, Cocody, Koumassi, Marcory, Plateau, Port-Bouët, Treichville et Yopougon. Cette division est présentée par la Carte n°1.                            carte1
La ville d’Abidjan est un espace pertinent pour cette étude. C’est avant tout un espace urbain de l’Afrique sub-saharienne. Il n’y a aucune étude sur le thème de cette étude dans la ville d’Abidjan. Abidjan offre la meilleure condition pour conduire une enquête sur les diabétiques en Côte d’Ivoire. En effet, jusqu’en 2011, la Côte d’Ivoire disposait de 04 centres de prise en charge du diabète qui sont : le Service d’Endocrinologie–Diabétologie du CHU de Yopougon, le Centre Antidiabétique d’Adjamé, le Service de Médecine Interne de l’hôpital militaire d’Abidjan et le Service de médecine Interne du CHU de Treichville (J. R. Abodo, 2016, p. 4). Tous ces centres sont situés à Abidjan. Abidjan qui concentre plusieurs modes d’alimentation permet une étude sur le mode alimentaire. Capitale économique de la Côte d’Ivoire, Abidjan offre une excellente occasion pour conduire une étude sur les travailleurs. Sa population de travailleurs est composite et repartie de la façon suivante : 43,3% de salarié non agricole, 0,2% de salarié agricole, 50,5% d’indépendant non agricole, 0,6% d’indépendant agricole et 3,4% ayant l’aide familiale (ENSETE, 2013). À Abidjan, résident  des diabétiques de tout âge, de tout genre et ayant différents niveaux de vie  sur le plan économique, social et culturel.

1.2. Données et méthodes

Au plan méthodologique, nos recherches ont connu deux phases complémentaires que sont la recherche documentaire et l’enquête de terrain. La recherche documentaire a consisté à faire une synthèse et une analyse de la littérature existante sur le sujet. Cette approche  a permis d’avoir une définition des diabètes. Elle a permis de comprendre la responsabilité des différents types de sucre dans la survenue des diabètes. C’est  ainsi que nous avons isolé le  diabète sucré  que nous avons mis en relation avec le glucose plus précisément avec les hydrates de carbone. La recherche documentaire a permis de consulter deux études sur la composition biochimique des aliments couramment consommés en Côte d’Ivoire. Elle a également donné l’occasion de consulter deux études sur la sécurité alimentaire à Abidjan et sur le système alimentaire à Abidjan.  
Après la recherche documentaire, l’enquête de terrain fut conduite auprès des ménages, des restaurants, au Centre Anti Diabétique d’Abidjan (CADA) et au CHSN (Centre Hippocrate de Santé Naturelle). Le CHSN est un centre spécialisé qui utilise l’alimentation pour le traitement des pathologies chroniques. L’enquête de terrain fut réalisée sous forme d’observation et d’entretien. Le mode d’alimentation à Abidjan a été observé dans les ménages et à l’extérieur des ménages. Il a été observé chez les Ivoiriens et chez les non Ivoiriens principalement chez les travailleurs. Avec le CADA (Centre Anti Diabétique d’Abidjan)  nous avons eu  la possibilité de parler de la répartition professionnelle des diabétiques travailleurs sur un échantillon de 200 diabétiques travailleurs. Au Centre Hippocrate de Santé Naturelle (CHSN), l’entretien a permis d’obtenir la liste des diabétiques de 2010 à 2019, le seuil de tolérance glucidique pour les personnes prédiabétiques et diabétiques que ce soit le diabète de type 1 ou de type 2. Dans ce centre, l’entretien a permis d’obtenir la répartition des diabétiques selon leur lieu de résidence et leur profession. Enfin, l’enquête a permis d’avoir  la teneur glucidique des aliments qui entrent dans la composition du système alimentaire abidjanais. Il faut souligner qu’au CHSN  qui est un centre de bromathérapie, Il y a une étude biochimique des aliments. Ce Centre nous a accompagnés pour le traitement du sujet. Son expertise nous a été d’une très grande utilité car le sujet est délicat et participe du domaine des sciences médicales. Cette méthodologie nous a permis de produire des résultats.

2. Résultats

2.1. La prévalence du diabète sucré à Abidjan

En Côte d’Ivoire, la prévalence du diabète est passée de 5,7% avant 2000 à 9,6 % en 2010 (J. R. Abodo, 2016, p. 3).  Dans la ville d'Abidjan, en 1988, la prévalence du diabète était de 4,21% (A. M. Comoé, 1988, p. 78). Aujourd’hui on peut estimer cette prévalence à 8,42%. Le diabète s’étend au milieu professionnel et à toutes les communes d’Abidjan.
2.1.1. Répartition professionnelle des diabétiques
200 travailleurs diabétiques appartenant aux secteurs privé et public ont été interrogés. La distribution des diabétiques selon le secteur d'activité, le type d'activité et l'ancienneté au travail est exposée au Tableau n°1.
tableau1
Le secteur privé représente 45% des patients contre 55% pour l'administration publique. L'éducation nationale compte 29% des patients diabétiques, le travail de bureau et le commerce, 28,5%, le domaine urgences et sécurité15,5%. Les diabétiques sont à tous les paliers d'instruction du système scolaire. 58,5% ont atteint le niveau secondaire de l'enseignement général, 27% ont effectué des études supérieures. 75% des diabétiques ont une ancienneté de 11 à 30 ans. Ce taux élevé a deux explications. Les diabétiques enfants ne sont pas des travailleurs. Les personnes âgées sont en très petit nombre à cause de la retraite. Dans l’échantillon il y a une prédominance masculine avec un sexe ratio de 4,5. Cette prédominance  masculine pourrait s’expliquer par l’inégalité d’accès à l’emploi en rapport avec le sexe.  En effet cet échantillon a pris en compte uniquement les travailleurs.
2.1.2. Répartition géographique des diabétiques  par commune
70 diabétiques ont été reçus entre 2018 et 2019 au Centre Hippocrate de Santé Naturelle. L’âge varie de 30 à 74 ans. Le sex-ratio  est en faveur des femmes 56% contre 44% pour les hommes. La distribution des diabétiques selon le lieu de résidence  est exposée au Tableau n°2.                               tableau2
Toutes les communes d’Abidjan sont affectées par le diabète. La commune riche de Cocody vient en tête avec 74% des diabétiques. Elle est suivie de la commune de Yopougon avec 10%. Les communes d’Adjamé et de Port-Bouet  viennent en dernière position avec 1%. Au regard de cet tableau on pourrait faire du diabète une pathologie de personnes socialement aisées. Si on raisonne ainsi alors comment expliquer la présence du diabète dans les quartiers pauvres ? Dans l’étude conduite au Bénin par B. Monteiro et al. (1991, p. 264) les couches avec un niveau socio-économique très élevé représentent 10,38%, le niveau socio-économique élevé 25,08%, le niveau socio-économique moyen 33,33% et le niveau socio-économique faible 31,11%. On pourrait dire que le diabète est la maladie du pauvre. Devant ces deux constats, Il est  plus logique d’avancer que riches et pauvres ont un ou plusieurs objets en commun qui sert de porte d’entrée au diabète. La prédominance féminine dans l’échantillon peut s'expliquer par la fréquence élevée de l'obésité et l’absence de sport chez la femme. Cet échantillon du CHSN ne fait pas d’exclusion.

2.2. Le mode alimentaire des travailleurs abidjanais

Le mode alimentaire a été observé dans les ménages et à l’extérieur des ménages.
2.2.1. L’alimentation dans les ménages
Une variété de plats est consommée dans les ménages. Les Photos n°1 et n°2 présentent respectivement le placali et le foutou qui font partie des mets très consommés à Abidjan.
photo1Le placali est une pâte de manioc fermentée généralement dégustée avec la sauce graine accompagnée de gombo. Le foutou se présente sous forme d’une boule. La sauce graine est faite à partir des noix de palme. Une dizaine de plats de base constituent l’essentiel de l’alimentation quotidienne abidjanaise. Le foutou (igname, banane plantain), le toh (maïs ou manioc), le riz, l’attiéké (manioc), le placali (manioc), l’attoukpou (manioc) constituent les bases les plus courantes. Le foutou  est préparé à partir de l’igname ou de la banane (mélangé  ou non à du manioc) cuit à l’eau. L’attiéké, l’attoukpou et le placali sont préparés à partir du manioc. Ces mets sont prisés par les travailleurs pour plusieurs raisons. Sur le plan culturel ces mets ont la préférence. Au plan économique, ils sont à la portée de toutes les bourses. Enfin ils sont une bonne source d’apport énergétique pour le travailleur. Les étapes de la fabrication des trois derniers mets sont présentées dans la Figure n°1.  FIGURE1Du manioc, on aboutit à l’attiéké, au placali et à l’attoukpou. Au dehors comme dans les familles, chez les Ivoiriens comme les non Ivoiriens l’alimentation est influencée par les habitudes culturelles. Il n’y a pas un modèle alimentaire abidjanais proprement dit. En effet, Il n’y a pas une différence  de nature entre les modèles ruraux et le modèle abidjanais qui est une synthèse des modèles ruraux  adaptée à la ville. Ce constat permet de comprendre que les ruraux et les abidjanais, les riches et les pauvres peuvent tous avoir le diabète sucré si jamais le diabète sucré était influencé par le mode d’alimentation. 
2.2.2. L’alimentation à l’extérieur des ménages
L’expansion démographique exige une augmentation de l’approvisionnement alimentaire. L’’agrandissement  de la ville, conjugué au rythme  de vie urbain  et à la  faiblesse  des moyens de transport, enlève aux travailleurs  et à la  population  scolaire, la  possibilité  de prendre leurs  repas à domicile. L’alimentation extérieure devient une nécessité. En 1987 une enquête exhaustive  a été conduite relativement à  l’offre alimentaire à l’extérieur des foyers à Abidjan. Les résultats sont  présentés par le Tableau n°3.     
tableau3
À partir du style d’installation et/ou du procédé de vente, on distingue cinq types de lieux de consommation. Ces installations se complètent et se font concurrence en matière d’offre alimentaire. Nous avons 1 277 restaurants en établissements fixes. Cet ensemble comprend les «maquis» tenus essentiellement par des femmes, les restaurants-bars et les «kiosques » tenus par les hommes. Nous avons un nombre important  de points de vente mobiles et d’installations beaucoup plus précaires  qui fonctionnent avec un matériel réduit.  Selon le degré de mobilité, on distingue :
- Les restaurants sur table  mobile généralement installés  le long  des artères de circulation. Ils  n’ont pas besoin d’un local de production et de vente  fixe.  
- Les espaces-restaurants qui sont des superficies aménagées par des petits vendeurs pour répondre  à un besoin alimentaire massif. Ils ont l’allure de cantines improvisées  autour des écoles, des services publics, des administrations  et des usines.
- Les restaurants spontanés qui apparaissent à une occasion particulière (chantier, festivité) et disparaissent à leur fermeture. Chaque attroupement regroupe en moyenne huit petits vendeurs.
- Enfin, les nombreux négociants ambulants qui proposent chacun une très petite quantité de nourriture. Ces vendeurs, du fait de leur grande mobilité, passent très facilement d’un quartier à un autre.
Le système alimentaire relève le défi de la disponibilité physique de l’alimentation. Partout dans la famille comme à l’extérieure de la famille l’alimentation est disponible pour quiconque a un gagne-pain. À toute heure, il y a dans la ville d’Abidjan, une offre alimentaire. Par cette distribution, la nourriture est disponible. Une enquête conduite auprès des travailleurs  de trois  unités industrielles  et de deux services publics révèle que  plus de 70% des personnes enquêtées prennent  au moins un de leurs trois  repas quotidiens  hors de leur  famille (F. Akindès, 1991, p. 170).

2.3. L’incidence du mode d’alimentation sur la prévalence du diabète sucré

2.3.1. Teneur en hydrate de carbone des principaux aliments
Une dizaine de plats de base constituent l’essentiel de l’alimentation quotidienne à Abidjan. Le foutou (igname, banane plantain), le toh (mais ou manioc) le riz, l’attiéké (manioc), le placali (manioc) constituent les bases les plus courantes. Tous ces aliments sont composés essentiellement de sucre plus précisément d’hydrate de carbone comme l’indique le Tableau n° 4.       tableau4
Les proportions en glucide pour 100 grammes sont fortes et dépassent 50%. L’attiéké vient en tête de liste avec  96,10%,  suivi du placali (95,90%)  et de l’attoukpou (95,68%). Tous ces aliments sont des dérivés du manioc qui est très riches en hydrate carbone. L’igname suit avec 63,11%. Le cabatoh  avec 59,99% vient en dernière position  après le riz (57,55%). L’élément de base de l’alimentation de tous les Ivoiriens ramène aux hydrates de carbone. Les aliments changent de nom du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest en Côte d’Ivoire mais qualitativement ils sont identiques. Cette caractéristique commune n’est pas sans danger. K. H Yebouet et al (2017, p. 11190)  après leur étude sur  la « valeur nutritive et propriétés organoleptiques de l’attiéké, de l’attoukpou et du placali, trois mets à base de manioc, couramment consommés en Côte d’Ivoire » attirent l’attention en ces termes « La forte teneur en glucide des mets à base de manioc étudiés ouvre une lucarne sur la prévalence à l’obésité et au diabète. D’où l’intérêt de la détermination de l’index et de la charge glycémique de ces mets ». Fondamentalement, les Ivoiriens, qu’il soit riches ou pauvres, ne sont pas différents sur le plan alimentaire. Ils sont tous des consommateurs d’hydrate de carbone.
2.3.2. Le seuil de tolérance glucidique pour le diabétique
Le seuil de tolérance glucidique pour le diabétique ne dépasse pas 40 grammes par jour (CHSN 2019). Cette assertion est défendue par le Docteur Atkins qui est le concepteur d’un régime hypoglucidique. R. Atkins (1976, p. 148) écrit : « L’expérience que j’ai acquise auprès de milliers de patients m’a permis de constater que le seuil critique se situe aux alentours de 40 grammes d’hydrate de carbone par jour et parfois moins ».
Il explique le choix des 60 grammes d’hydrate de carbone par jour présent dans tous les régimes en ces termes : « La plus part des régimes  vous invites à réduire la quantité d’hydrate de carbone que vous absorbez à soixante grammes de carbone par jour. Il y a une raison à cela. Quand un corps n’absorbe que soixante grammes d’hydrate de carbone, il ne rejette pas de corps cétonique. Les médecins qui ont établi ces régimes considéraient la présence de ces corps  cétoniques comme indésirables» R. Atkins, (1976, p. 21).
2.3.3. L’influence du mode d’alimentation sur la prévalence du diabète à Abidjan
Pour apprécier l’influence du mode d’alimentation sur la prévalence du diabète à Abidjan, il faut abandonner les outils classiques que sont les notions de calories, d’index glycémique et de charge glycémique. Il faut utiliser l’outil du seuil de tolérance glucidique. Le seuil de tolérance glucidique pour le diabétique ne dépasse pas 40 grammes par jour (CHSN, 2019). Le mode alimentaire abidjanais ainsi que tous les régimes qu’on prescrit aux diabétiques et aux personnes obèses ont la même spécificité qui constitue leur faute. Ils pèchent tous par le fait qu’ils renferment plus de 60 grammes de glucide par repas soit plus de 180 grammes pour les trois repas journaliers. Avec un tel mode d’alimentation, le seuil de tolérance glucidique est largement dépassé. Cela donne un excès de 140 grammes par jour, soit  trois fois et demi la quantité acceptable pour un diabétique. Il en résulte que le mode alimentaire met le diabétique en situation d’excès de glucide. Dans un tel milieu le diabétique est en insécurité alimentaire car son alimentation ne lui permet pas de mener une vie saine et active. Que le mode alimentaire abidjanais soit un poison pour le diabétique  se trouve confirmé par le fait que le diabétique de type 1  ou de type 2 est sevré de son mode alimentaire dès sa prise en charge. On construit pour lui un régime alimentaire qui est un véritable  mur de protection pour lui contre les ravages de la pathologie.
Les régimes alimentaires proposés arrivent au même résultat. En effet, dans la construction des régimes pour les diabétiques, il y a des insuffisances qui expliquent l’inefficacité des régimes. La confection des différents régimes obéit à plusieurs règles. Elle doit tenir compte du type de diabète, de l'activité du diabétique  (profession du diabétique) de son indice de masse corporelle et de ses habitudes alimentaires. La règle scientifiquement admise est  la suivante. L'apport énergétique journalier  est assuré  à 50% par des aliments glucidiques, 20% des aliments protéiques et 30% des aliments lipidiques avec un rapport acide gras insaturé sur acide gras saturé supérieur ou égal à 0,8 (J. L. Kambou, 1997, p. 82). Le Tableau n°5 présente  la proportion d’hydrate de carbone dans le régime alimentaire du diabétique et le surplus néfaste au diabétique.
tableau5
Le surplus journalier selon le type de diabète va de 80 à 260 grammes par jours. Une telle construction renferme les causes de l’échec du traitement alimentaire du diabète. Elle ouvre la porte à la nécessité de l’insulinothérapie. Le diabète sucré est une pathologie alimentaire. La réponse appropriée est alimentaire. Au total, le mode alimentaire à Abidjan participe à la survenue  et au maintien de l’état diabétique. Il influence très négativement la prévalence du diabète à Abidjan.

3. Discussion

L’étude montre une  prédominance féminine  dans l'échantillon  (56%).  Cette prédominance féminine  est  aussi  retrouvée  au Burkina Faso (59%)  avec  A. Ouédraogo (2002, p. 53) et avec J.L. Kambou (1998, p. 75) 53,85 %. Au  Nigeria Akanji trouve 54% (J. L. Kambou, 1998, p. 75). Les données de J. Abodo  (2000, p. 114)  vont dans le même sens : 55% d'hommes et 45% de femmes, le sex-ratio est de 1,19.  Dans le monde, il y a plus de femmes atteintes par le diabète que d'hommes. Le sex-ratio varie de 3/1 à 4/1 en faveur des femmes (A. M. Wognin, 2004, p. 12). Tous ces  résultats ne concordent pas avec ceux de la littérature ivoirienne. En Côte d'Ivoire Béda et al, ainsi que Lokrou et al. ont montré que la proportion des malades de sexe masculin variait de 67 à 100% (J. Abodo, 2000, p. 114).  A. M. Wognin (2004, p. 74)   donne  164 hommes et 36 femmes avec un sex-ratio de 4,5 en faveur des hommes. A.F. Tchicaya et al,  (2007, p. 50) trouvent 82% pour les hommes et 18% pour les femmes.
L'âge moyen dans la série est de 52 ans. Ce résultat se rapproche de ceux de Ouédraogo (50,67 ans) ; de Kabré et Tieno au Burkina-Faso. Il y a une augmentation  progressive  de  la  fréquence  du  diabète avec  l'âge,  avec  un maximum  entre  40  et  60  ans. Ces  résultats  sont  constatés  également  par J.L. Kambou  ainsi que  GRAS et al. qui  trouvent  dans leur série que  90 % des diabétiques ont  plus de 40 ans (A. Ouédraogo, 2002, p. 53). La baisse de la fréquence du diabète après  60 ans  peut s'expliquer par  la  baisse  de l'espérance de vie.
La répartition professionnelle des diabétiques atteste que, sur le plan économique, les diabétiques n’ont pas un problème d’accès à l’alimentation. La grande majorité  des  patients  (74%) ont  un  niveau socio-économique  très  élevé. Ils viennent du quartier nanti de Cocody. Le même constat est fait au Burkina Faso par A. Ouédraogo (2002, p. 54).  Cette prédominance des personnes socialement aisées s’explique par le choix de l’espace de l’enquête. En effet, le CHSN est une clinique  qui, pour des raisons économiques, reçoit en majorité ceux qui sont fortunés. La situation est différente au CADA qui n’est pas fréquenté par les personnes fortunées. En Côte d’Ivoire LOKROU cité par J.L. Kambou (1997, p. 77) trouve que la majorité des patients (60,20%) ont un niveau socio-économique faible. Ce constat est une mise en évidence d’une limite de notre approche méthodologique. La méthode utilisée par cette étude ne reflète pas de façon absolue le niveau socio-économique des diabétiques à Abidjan. Pour connaitre le rapport  entre riche et pauvre dans l’effectif des diabétiques, il faut conduire une enquête de terrain dans les ménages et hors des institutions de santé. Notre étude n’a pas opté pour cette démarche. C’est une faiblesse. Quand on se contente de structures privées de santé, les pauvres sont exclus. Les riches l’emportent en nombre. Les riches ne fréquentent pas les structures publiques. Les pauvres sont présents en grand nombre. Il faut un recensement des diabétiques. Une telle opération nécessite une consultation de toute la population suivie d’une classification. La question de savoir si le diabète est une pathologie de riche ou de pauvre a été résolue dans cet article en dehors d’une enquête dans les ménages. 
Le mode alimentaire à Abidjan n’a pas connu de bouleversement. Il reste lié aux habitudes culturelles de sorte qu’il n’y a pas un modèle abidjanais. G. Gourade et al. (1989, p. 34) qui ont conduit une étude sur le système alimentaire  dans la crise arrivent aux mêmes résultats. Ces auteurs écrivent : « Il n’existe pas de modèle alimentaire urbain proprement dit mais des modèles proches des modèles ruraux». Le mode alimentaire à Abidjan ne permet pas aux diabétiques de mener une vie saine et active. On ne peut pas parler de sécurité alimentaire. En effet, tous les aliments du mode alimentaire abidjanais sont composés essentiellement de sucre plus précisément d’hydrate de carbone. Les travaux de K. H Yebouet et al (2017, p. 11187) sur l’attiéké, l’attoukpou et le placali confirment cette forte teneur en Hydrate de carbone.  Ceux de T. Dally et al. (2010, p. 2085)  sur le cabatoh, le  foutou igname et le  riz cuit  arrivent à la même conclusion.
Pour construire une opinion relativement à l’influence du mode d’alimentation sur la prévalence du diabète à Abidjan, cet article abandonne les notions de calories, d’index glycémique et de charge glycémique pour parler de seuil glucidique. Le mode alimentaire à Abidjan construit l’excès de glucide qui est néfaste pour le diabétique.  A. Ouédraogo (2002, p. 62) fait le même constat au Burkina Faso où selon son étude, les patients diabétiques consomment en moyenne 165 grammes de glucide par jour. Si le Docteur R. Atkins (1976, p. 62) parle « d’empoisonnement aux hydrates de carbones », les Médecins du CHSN vont autrement loin dans leur propos. « On sera désarmé devant l’obésité et le diabète tant qu’on ne sortira pas du compte des calories pour poser le problème en termes de métabolisme des glucides ». Dans cette étude la connaissance des aliments s’est faite avec le concours du CHSN qui est une structure spécialisée et qui en a l’expertise. C’est une force de l’approche méthodologique qui confirme l’importance de l’approche interdisciplinaire des phénomènes. Proposer la prise en compte du seuil glucidique dans la prise en charge du diabète sucré, revient à proposer la construction, pour le diabétique, d’un régime alimentaire avec 40 gramme de glucide tout en résolvant le problème de production de corps cétoniques. Depuis A. BOUCHARDAI en 1839, on sait que seuls les aliments glucidiques sont susceptibles d'augmenter significativement la glycémie (J.L. Kambou, 1997, p. 19). Il est donc naturel que le choix quantitatif et qualitatif des glucides absorbés soit, sinon l'unique objet de l'attention des diabétologues, du moins un élément capital. Deux questions s’imposent: Combien de gramme d’hydrate de carbone dans l'alimentation du diabétique et lesquels? Il s’agit de laisser l’aliment et pour mettre le diabétique au centre du protocole thérapeutique. Il est question d’apprécier la capacité d’absorption journalière de glucide lent (complexe) ou rapide (simple) du diabétique. Les diabétologues se sont éloignés de ce principe de base pour des raisons diverses. L’éloignement n’a pas résolu le problème. Ils se sont lancés dans la catégorisation des sucres sans succès. Aujourd’hui, on soutient que cette approche est fausse et que ce qui conditionne la rapidité d'intervention d'un glucide sur la glycémie, c'est la nature du bol alimentaire (liquide plus rapide que les solides) et la prise isolée plus rapide ou au contraire mixte du repas (J. L. Kambou, 199, p. 20). Au total, le mode alimentaire à Abidjan participe à la survenue  et au maintien de l’état diabétique.

Conclusion

Le diabète sucré est une pathologie métabolique caractérisée par un état d'hyperglycémie chronique résultant d'une utilisation défectueuse des hydrates de carbone. Contrôler la glycémie permet de déterminer si le patient est atteint d'un diabète. A jeun, on parle d’hypoglycémie quand le taux est Inférieur à 0.7g/l de sang. Entre 0.7 et 1 g/l de sang la glycémie est dite normale. Entre 1 et 1.25g/l de sang, on parle hyperglycémie modérée. Au-delà de 1.26g/l de sang, on parle de diabète. Après un repas on parle de diabète lorsque la glycémie dépasse les 1.26g/l. Le seuil de tolérance glucidique pour le diabétique est de 40 grammes par jour. Au-delà de ce seuil le taux de sucre dans le sang est affecté. L’alimentation à Abidjan se fonde sur des aliments à base d’hydrates de carbone. La proportion en glucide dans ces aliments est forte  et dépasse  50% : Attiéké (96,10%), Attoukpou (95,68%), Placali (95,90%) ; Cabatoh (59,99%) ; igname (63,11%) ; Riz (57,55%). Le mode alimentaire abidjanais apporte pour les trois repas quotidiens plus de 180 grammes par jour. Cela constitue un excès de 140 grammes de glucide par jour soit  trois fois et demie la quantité acceptable. Il en résulte que le mode d’alimentation  abidjanais met le diabétique en situation d’excès de glucide. L’étude conclue que le mode alimentaire à  Abidjan a une influence sur  la prévalence du diabète.  Elle propose la prise en compte du seuil glucidique dans la prise en charge du diabète sucré et préconise la construction pour le diabétique un régime alimentaire avec 40 gramme de glucide tout en résolvant le problème de production de corps  cétoniques. L’étude ouvre une sérieuse piste de recherche pour prévenir le diabète et pour réaliser une bonne prise en charge du diabétique.

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Pour citer cet article


Référence électronique
BAKARY Koné, Sécurité alimentaire et santé urbaine en Afrique Sub-saharienne : influence du mode d’alimentation sur la prévalence du diabète sucré à Abidjan (Côte d’Ivoire) , Revue Espace, Territoires, Sociétés et Santé ,[En ligne] 2020, mis en ligne le 30 Juin 2020, consulté le 2020-12-03 18:06:24, URL: https://www.retssa-ci.com/index.php?page=detail&k=94